Les artistes raniment la fierté francophone

À l’occasion du Mois de la francophonie, les artistes, qu’ils viennent de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Saskatchewan ou du Nouveau-Brunswick, défendent le français. À leur manière, ils contribuent à forger l’identité des francophones à travers le Canada.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Guitare en bandoulière, Anique Granger emporte sa langue française aux quatre coins du pays. Avec ses chansons à texte, l’artiste originaire de la Saskatchewan est en première ligne du militantisme francophone.

«Il faut reconnaître la couleur de tous les accents pour qu’Acadiens et Franco-Canadiens soient fiers de leurs langues», plaide la Fransaskoise, de passage à Charlottetown pour l’ouverture des Rendez-Vous de la Francophonie. «Nous, les artistes, nous pouvons aider à ranimer cette fierté».

Dans son dernier album Le ruban de la cassette, la chanteuse ne cesse d’explorer le français, de jouer avec la musique des mots pour nous livrer qui nous sommes.

Habitant à Montréal depuis vingt ans, Anique Granger ressent elle-même ce qu’on appelle l’insécurité linguistique. Autrement dit, un sentiment d’infériorité et d’incompétence lorsqu’elle prend la parole. «C’est un véritable enjeu. Nous, les francophones hors Québec, on a toujours peur de se faire juger, de ne pas être acceptés, confie la chanteuse. Le pire, c’est quand on nous corrige.»

Souvent, les Québécois ne reconnaissent pas son accent. «Ils me prennent pour une anglophone. Ce n’est pas méchant, mais c’est blessant», glisse la Fransaskoise.

«Je suis Acadienne avec mon accent»

Un sentiment partagé par une autre chanteuse francophone : Sandra Le Couteur, de passage à l’Île-du-Prince-Édouard le samedi 29 février. L’artiste néo-brunswickoise assure vivre de l’insécurité linguistique «presque tous les jours», que ce soit chez elle au Nouveau-Brunswick, au Québec voisin ou en France.

«Quand je vais à l’hôpital ou dans les magasins près de chez moi, on me parle anglais, regrette-t-elle. Mais je réponds toujours en français.» Avant de poursuivre, agacée : «Pour les Québécois, je suis Chiac, pour les Français, je suis Québécoise.» Et de trancher : «Non, je suis Acadienne, avec mon accent».

À ses yeux, les artistes ont un rôle important à jouer pour «protéger» le français, son «premier amour plus que jamais menacé». Le sentiment francophobe grandissant au Nouveau-Brunswick préoccupe en effet Sandra Le Couteur.

«L’anglais prend le dessus, les anglophones estiment qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre le français, que ça ne leur sert à rien», déplore la chanteuse qui cite en exemple Blaine Higgs, premier ministre unilingue anglophone du Nouveau-Brunswick. Dans la seule province officiellement bilingue du Canada, le chef du gouvernement ne peut pas s’adresser à ses citoyens francophones dans leur langue. Une première en trente ans.

Les nouveaux arrivants, une chance 

Caroline Bernard, chanteuse et musicienne du groupe traditionnel Gadelle, s’inquiète également de l’avenir de la langue française à l’Île-du-Prince-Édouard. «J’ai peur qu’on la perde», reconnaît-elle. À travers sa musique, la Prince-Édouardienne, mère de trois enfants, veut transmettre «la fierté de la culture acadienne» à la jeune génération.

«Le français, c’est là d’où on vient, ce sont nos origines, notre histoire», affirme la jeune femme qui vit en région Évangéline.

À ses côtés, Anique Granger reste optimiste. Elle l’assure, la francophonie canadienne, certes malmenée, est aujourd’hui nourrie par les nouveaux arrivants. «Grâce à eux, nos écoles de langue française grandissent avec toujours plus d’enfants», se félicite la chanteuse.

La fracture du pays entre Canada anglais et Canada français? Sans doute. Mais la Fransaskoise croit avant tout dans «les liens entre les deux communautés» et veut «créer des ponts».

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BP :

  • Anique Granger : «Il faut reconnaître la couleur de tous les accents pour qu’Acadiens et Franco-Canadiens soient fiers de leurs langues», plaide la chanteuse fransaskoise Anique Granger.
  • Caroline Bernard : Caroline Bernard, Acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, veut transmettre «la fierté de la culture acadienne» à la jeune génération.
  • Sandra Le Couteur : Sandra Le Couteur s'inquiète du sentiment francophobe grandissant au Nouveau-Brunswick. (Crédits : Marine Ernoult)
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  • Date de création 5 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 5 mars, 2020
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