Les 75 000 PME ontariennes subissent les effets néfastes de la pandémie

Un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), publié en janvier, révélait que 53 % des petites et moyennes entreprises (PME) avaient été affectées de manière négative par la pandémie de la COVID-19. Le prolongement des mesures de confinement risque de fragiliser davantage les PME.

Diana Ombe — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Selon les résultats de ce sondage, près de 41 % des entreprises ontariennes estiment avoir fait des mises à pied supplémentaires récemment à cause des mesures de confinement et des nouvelles restrictions gouvernementales.

Pour le vice-président des affaires nationales à la FCEI, Jasmin Guénette, les premiers impacts des restrictions sur les PME sont d’ordre économique. Les fermetures prolongées des services non essentiels et le ralentissement des ventes ont eu pour conséquence la fermeture de plusieurs entreprises.

« Présentement en Ontario, il y a seulement 37 % des PME qui sont complètement ouvertes et elles génèrent seulement 18 % de leurs revenus normaux. Donc, il y a un grand nombre de PME qui sont encore fermées et celles qui sont ouvertes génèrent très peu de revenus. Ainsi, l’un des dangers de la pandémie est un nombre de fermetures [définitives] importantes. Pour l’Ontario seulement, on parle de 75 000 PME qui sont à risque, soit 800 000 emplois », explique M. Guénette.

Une situation stressante pour beaucoup d’entrepreneurs comme la fondatrice de Kimdja Event Planning et présidente du Regroupement Affaires Femmes (RAF), Catias Céméus.

« J’ai une compagnie de gestion événementielle. Depuis le début de la pandémie, on est un des secteurs qui tarde à rouvrir. Les restaurants ont pu ouvrir pour recevoir des gens, mais nous, pour les rassemblements et surtout pour les gros regroupements, on n’a pas eu cette chance. C’est sûr que ça nous atteint », déplore-t-elle.

Une adaptation nécessaire à la survie des entreprises

Pour faire face au déficit créé par le prolongement des mesures sanitaires, plusieurs de secteurs ont dû se réinventer pour générer des revenus. Une adaptation, souvent coûteuse, qui n’est pas à la portée de toutes les entreprises.

« C’est certain qu’il y a bon nombre d’entreprises qui ont pris un virage plus numérique depuis le début de la pandémie. Pour certaines, la situation est un déclencheur qui les pousse à changer la façon dont elles vont servir leurs clientèles ou à modifier les procédés de communication avec les fournisseurs. Cependant, toutes les entreprises ne seront pas capables de s’adapter », précise M. Guénette.

Selon le sondage sur la cybersécurité de la FCEI, près du deux-tiers des entreprises estiment ne pas avoir modifié leurs gammes d’activités commerciales en ligne. M. Guénette souligne qu’une partie des compagnies possédait au préalable un site web transactionnel, tandis que les autres ne pouvaient pas en créer, à cause de la nature de leurs activités.

« Par exemple, si vous êtes un manufacturier de meubles et que vous les envoyez dans les magasins et que ce sont ces derniers qui les vendent, vous n’allez pas nécessairement avoir un site web transactionnel, puisque vous fournissez aux magasins et non aux particuliers. Dès lors, si les magasins sont ouverts, vous avez une plus grande marge de profit. Dans le cas contraire, vous avez moins de revenus », explique le vice-président de la FCEI.

Dans le cas de Catias Céméus, elle fait partie des rares entrepreneurs qui ont dû adapter leurs services pour faire face à cette nouvelle réalité sans obtenir l’appui du gouvernement.

« Après un an, nous nous sommes adaptés en faisant évoluer notre offre de services. On offre beaucoup de services en gestion d’événements virtuels et hybrides (dans les cas où l’on peut accueillir quelques personnes) », explique-t-elle.

« Les programmes d’aide gouvernementaux ont été mis en place rapidement avec de bonnes intentions. Il y a un très grand nombre d’entreprises qui réussissent à rester en vie grâce à ces programmes. Par contre, il y a plusieurs entreprises qui ne peuvent recevoir l’aide du gouvernement fédéral pour toutes sortes de raisons. De plus, malgré les aides offertes par les provinces, plus la pandémie s’étire, plus les programmes ont de la difficulté à bien couvrir les besoins financiers des entreprises », décrit M. Guénette.

Cette situation a été vécue par bien des PME, dont celle de Mme Céméus. À cause de sa structure et de son chiffre d’affaires limité, elle n’a pas pu recevoir d’appui gouvernemental, ce qui l’a poussée à reconfigurer sa compagnie.

« Je suis une petite entreprise et j’étais en phase de croissance. Mon entreprise est tombée entre deux chaises. Je ne suis pas assez grande pour avoir des subventions et pas assez petite pour recevoir d’autres formes de support. Ainsi, le fait de n’avoir pas eu d’argent m’a empêchée de progresser », explique-t-elle.

Pour Jasmin Guénette, un autre enjeu avec ces programmes est qu’ils sont souvent offerts sous forme de prêts. Cette situation a tendance à alourdir l’endettement des PME, les empêchant ainsi de payer leurs créanciers.

Des solutions durables pour soutenir les PME

Selon la FCEI, la première piste de solution serait de changer les prêts gouvernementaux en subventions. Ici, l’objectif serait de réduire la charge financière des entrepreneurs et de retarder leurs délais de paiement.

« Nous demandons qu’une plus grande portion de ces prêts vienne avec une partie du financement sous forme de subventions. Déjà, il y a plusieurs entreprises qui se sont endettées pour rester ouvertes et avoir une petite clientèle. En ajoutant des aides sous forme de prêts, cela rend leur survie difficile », explique Jasmin Guénette.

Une autre solution reste la réouverture graduelle de l’économie sur l’ensemble du territoire. Dans ce contexte, la reprise des activités commerciales va permettre aux compagnies de générer des revenus et de subsister sur de plus longues périodes.

« Si le gouvernement décide de mettre en place des programmes pour stimuler l’emploi ou la consommation, ils devront être développés uniquement lorsque les PME pourront rouvrir. La relance économique passe par la mise en place de conditions propices à la réouverture des   PME », conclut M. Guénette.

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La fondatrice de Kimdja Event Planning et présidente du Regroupement Affaires Femmes, Catias Céméus. (Crédit : Courtoisie)

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  • Date de création 15 février, 2021
  • Dernière mise à jour 15 février, 2021
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