Le retour au bercail fait bondir le marché immobilier à Terre-Neuve-et-Labrador

Depuis le début de la pandémie, des Terre-Neuviens et Labradoriens «expatriés» choisissent de revenir dans leur province d'origine pour une durée souvent indéterminée. Ce phénomène a des conséquences sur le marché immobilier de Terre-Neuve-et-Labrador.

Coline Tisserand

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Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Le printemps dernier, un couple originaire de Terre-Neuve a décidé de revenir s'installer ici en raison de la meilleure qualité de vie. Ils ont acheté une maison afin de (re)faire leurs racines ici,», raconte Conor Stack, courtier immobilier chez Royal LePage Property Consultants à St. John's.

Depuis l'été dernier, Conor Stack - à qui il reste un peu de français de ses années en immersion  - a aidé plusieurs personnes de retour à Terre-Neuve-et-Labrador en raison de la pandémie à trouver un logement. Si certains décident d'acheter, d'autres louent quelque chose pour une durée indéterminée.

Location pour durée indéterminée

«La plupart de ceux que j'accompagne ont choisi de louer via Airbnb. Ils louent pour un mois et continuent de prolonger leur location mois après mois,» explique le courtier immobilier.

Les exemptions pour pouvoir entrer dans la province leur sont accordées pour différentes raisons, telles un décès dans leur famille ou encore le besoin d’aide de leurs parents/grands-parents pour s’occuper de leurs enfants. Certains ont décidé de s’installer ici définitivement et n’ont pas besoin d’exemption. D’autres sont arrivés avant les restrictions de voyage en mars 2020.

Leur point commun? Ces Terre-Neuviens-et-Labradoriens expatriés ailleurs au Canada ou dans le monde sont rentrés au bercail pour pouvoir se rapprocher de leur famille et profiter de la situation - qui était jusqu’à encore récemment privilégiée - de Terre-Neuve-et-Labrador. Moins de cas, moins de restrictions, tout en ayant une proximité avec leur famille, et un accès direct à la nature.

Installés dans des logements Airbnb meublés et tout équipés, ces «expats» qui sont revenus l'été dernier ou avant Noël décident donc de prolonger leurs séjours - et du même coup leur location - de mois en mois, voyant que la situation ne s'améliore pas là où ils résident normalement. Cette situation pourrait perdurer tant que leur travail leur permet de continuer à travailler à distance.

Rester pour toujours?

Parmi ces Terre-Neuviens et Labradoriens de retour, plusieurs ont choisi de fuir les grandes villes comme San Francisco, Toronto, ou encore Montréal. «Ce ne sont pas exclusivement que ces personnes, mais j'en ai rencontré beaucoup (parmi ses clients). Dans les grandes villes, ces gens se retrouvent souvent confinés dans des petits appartements», détaille Conor Stack.

À St. John's, l'agent précise qu'il est actuellement plus difficile de trouver de grands logements Airbnb avec trois chambres. Ce type de logement spacieux est souvent celui recherché pour les familles de retour - surtout quand il faut s'y confiner au moins 14 jours, ce qui permet de négocier des tarifs mensuels plus bas.

Est-ce qu'ils vont rester pour toujours? «Certains sont des familles avec des enfants, d'autres des couples plus âgés à la retraite. Tout dépend de leur niveau d'attachement avec ce coin de pays. Mais la plupart d'entre eux finiront par repartir à un moment ou à un autre», croit Conor Stack.

Situation en constante évolution

La situation avec la COVIDd-19 évolue de jour en jour. Récemment,  la province a connu une forte augmentation du nombre de cas actifs ainsi qu’un resserrement des restrictions. Des clients de Conor Stack qui louaient un logement depuis ont décidé de quitter en urgence, possiblement par crainte de se retrouver bloqués dans la province.Pour ceux qui choisissent de rester, la question se pose : acheter ou continuer à louer? «En effet, certains de mes clients se demandent: “est-ce que ce ne serait pas mieux d'acheter si on reste aussi longtemps?”». Il y a de l'hésitation, cela dépend aussi s'ils vont pouvoir continuer à travailler à distance à l’avenir», précise l'agent immobilier. Certains ont décidé de s'installer ici pour de bon afin d'avoir une meilleure qualité de vie.

Acheter à distance?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon un article du Financial Post publié en octobre 2020, les ventes immobilières à des acheteurs de l'extérieur des provinces de l'Atlantique ont presque triplé, atteignant 8 % des ventes. Ce type d’acheteurs représentent 15 % des transactions immobilières à l'Île-du-Prince-Édouard, et 10 % au Nouveau-Brunswick. C'est en Nouvelle-Écosse que la proportion de ces acheteurs était la plus importante, avec une proportion de 20 % - comparée au 10 % en temps normal.

Certains n'hésitent pas à acheter à distance, en se basant uniquement sur une visite virtuelle. «J'ai des clients de Nouvelle-Écosse qui ont acheté une maison sans la voir sur place. Ils se sont fiés à des photos et une visite faite par un de leur ami qui vit ici», confirme Conor Stack. Ils n'ont alors pas à se soucier de trouver un endroit pour faire leur quarantaine quand ils arrivent.

Marché immobilier agité

Selon l'agent immobilier, au début de la pandémie l'an dernier, il y avait très peu de maisons en vente car beaucoup de propriétaires étaient hésitants à organiser des visites en raison de la COVID-19. Qui dit moins d'offres dit plus de concurrence entre acheteurs et prix à la hausse. Cependant, au début, le marché était au ralenti. Mais une fois que la province a relâché progressivement certaines restrictions durant l'été, les ventes se sont accélérées. «Avec cette anxiété à cause de la COVID, l'été dernier, il y avait de multiples offres sur une propriété en moins de 24 heures», commente Conor Stack.

L'année 2020 a donc été une année très active et occupée pour ce qui est des transactions immobilières dans la province. «Les achats ont augmenté de 5 % pendant l'été l'année dernière, tout se vendait très vite», et ce, souligne Conor Stack, en raison des faibles taux hypothécaires. Face à la nouvelle augmentation actuelle des cas de COVID, l’agent immobilier prédit le même scénario qu’il y a un an. «Je pense que le marché va être assez calme pendant quelques semaines, puis ça va redevenir assez actif.» 

Photo-Conor Stack :  Conor Stack est courtier immobilier et avocat à St John’s. (courtoisie Conor Stack)

Photo-Maison 1 : Une maison près de l’Université Memorial, à St. John’s, vendue par Conor Stack en mai dernier. (courtoisie Conor Stack)

Photo-Maison 2 : Une maison près de Signal Hill, à St. John’s, vendue par Conor Stack en septembre dernier. (courtoisie Conor Stack)  

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  • Date de création 16 février, 2021
  • Dernière mise à jour 16 février, 2021
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