Le racisme, «historiquement inscrit dans nos institutions»

Comme le démontre le débat* qui fait rage depuis quelques jours, la question du racisme est toujours sensible en Ontario. Même si le sujet est de plus en plus abordé, notamment grâce à des mouvements comme Black Lives Matter, plusieurs constatent que le racisme est toujours présent à différents niveaux dans la société.

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Gabrielle Beaupré — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

«Nous vivons dans une société raciste où les Blancs détiennent la majorité du pouvoir et se sentent [notamment] en droit de rabaisser les autres», souligne Baljit Nagra, professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa.

D’après Ketcia Peters, directrice générale de Racine du développement Nord-Sud et Culture Canada, certains membres du Service de police d’Ottawa nient l’existence du racisme systémique et manquent à leurs responsabilités par rapport à cet enjeu.

«Lorsqu’une conversation publique sur le racisme et sur [le phénomène] antinoir dans les organisations est entamée, les Blancs se sentent attaqués. Alors, on voit une fragilité de certains Blancs [à discuter de ces sujets délicats]», souligne Ketcia Peters.

Difficile d’admettre ses privilèges

Stéphanie Garneau, professeure de sociologie à l’Université d’Ottawa, suggère que la réaction défensive des Blancs à la mention du racisme résulterait d’une perspective selon laquelle le racisme se limiterait à «croire que les Blancs seraient supérieurs aux autres races».

«Plusieurs personnes blanches n’adhèrent pas à ce racisme idéologique et ne veulent pas être associées aux personnes et groupes qui, par manque de clairvoyance, d’éducation, etc., adhèrent à cette idéologie rétrograde. C’est encore plus vrai dans la période actuelle, où des politiques antiracistes voient le jour, même timidement, et où il est “de bon ton” socialement de prôner un discours antiraciste».

Elle précise que pourtant «la présence du racisme institutionnel et systémique dans la société révèle que celui-ci n’est pas seulement idéologique, mais il est historiquement inscrit dans nos institutions et agit parfois à travers nous, malgré nous».

En effet, certains Blancs sont sur la défensive lorsqu’il est question d’inégalités et d’injustices puisqu’ils ont de la difficulté à admettre qu’ils sont privilégiés en raison de leur couleur de peau.

«Les Blancs profitent d’une organisation sociale qui racialise, hiérarchise, et favorise les personnes blanches. Même s’ils n’ont rien demandé, la peur de perdre ces privilèges dans un monde qui serait plus égalitaire est là, plus ou moins consciente», remarque Stéphanie Garneau.

Une vague de sensibilisation d’ampleur inédite

Depuis le décès tragique de George Floyd en mai dernier, le regard d’une partie de la population à l’égard de la communauté noire a changé. Le mouvement Black Lives Matters a voyagé partout à travers le monde et a permis de sensibiliser ceux qui auparavant ne s’intéressaient pas forcément à la cause des Noirs.

«Ce n’est pas la première fois que des policiers tuent des Noirs, mais [désormais] les choses ne seront plus comme avant puisque la mort de Floyd a ébranlé les consciences collectives et individuelles de la population [mondiale]», relate Fété Ngira-Batware Kimpiobi, directrice générale de Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN).

Elle estime que le confinement mondial découlant de la COVID-19 a suscité des réflexions existentielles chez plusieurs, puis que la mort de Floyd est venue ajouter à cette période étrange. «Les gens ont été révoltés et révulsés de voir que d’un côté, on est en train de lutter contre un virus, et de l’autre côté, un policier tue gratuitement et dans l’indifférence quelqu’un qui se met à pleurer en suppliant de ne pas le tuer.»

Ketcia Peters, de Racine du développement Nord-Sud et Culture Canada, a d’ailleurs remarqué que la vague de sensibilisation chez la population en général est beaucoup plus importante que par le passé.

Le sentiment d’indignation contre la brutalité policière aurait donné envie à plusieurs Blancs de s’instruire sur la réalité du racisme systémique, de soutenir la communauté noire en essayant de contribuer à mettre un terme au racisme et de sortir dans les rues pour faire partie de mouvement Black Lives Matter.

*Il est à noter que les entrevues ont été réalisées avant la controverse à l’Université d’Ottawa.

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BP :

  • IJLO_Racisme encore sensible_Parc_Cr. Gabrielle Beaupré : Même si le sujet est de plus en plus abordé, notamment grâce à des mouvements comme Black Lives Matter, plusieurs constatent que le racisme est toujours présent à différents niveaux dans la société. (Crédit : Gabrielle Beaupré)
  • IJLO_Racisme encore sensible_Ketcia Peters_Cr. Courtoisie : Pour Ketcia Peters (à gauche), le problème du racisme systémique est ancré dans la structure des institutions et organisations. (Crédit : Courtoisie)
  • IJLO_Racisme encore sensible_Fété Ngira-Batware Kimpiobi 1_Cr. Courtoisie : Même si le racisme est toujours d’actualité au Canada, pour Fété Ngira-Batware Kimpiobi, «le Canada est une véritable mosaïque culturelle où chaque peuple apporte un peu de sa note personnelle, et c’est ça qui fait que le brassage culturel canadien est si divers, si beau et si bien coloré». (Crédit : Courtoisie)
  • IJLO_Racisme encore sensible_Fété Ngira-Batware Kimpiobi 2_Cr. Courtoisie : Fété Ngira-Batware Kimpiobi (à droite) martèle que les Noirs n’ont pas besoin de se faire aimer par tous, mais qu’ils ont besoin que tout le monde les respecte. (Crédit : Courtoisie)
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  • Date de création 23 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 23 octobre, 2020
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