Le programme Loop Resource lutte contre le gaspillage alimentaire

Selon le rapport La crise évitable du gaspillage alimentaire publié par les organismes Second Harvest Food Rescue et Value Chain Management International en janvier 2019, 58 % des aliments produits au Canada, soit 35,5 millions de tonnes d’aliments, sont perdus ou gaspillés chaque année. Sur ce total, la nourriture comestible représente plus de 11 millions de tonnes. Depuis plusieurs années, de nombreux organismes se mobilisent pour réduire ces chiffres.
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Kelly Tabuteau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Depuis les nombreuses manifestations pour le climat organisées au cours de l’année 2019, il semblerait qu’une nouvelle devise soit née : réduire ses déchets. Si supprimer les sacs ou les gobelets à usage unique fait partie de la solution, il ne faut cependant pas sous-estimer le pouvoir de la réduction des pertes alimentaires, car, si aucune stratégie n’est développée, les aliments invendables finissent dans les sites d’enfouissement, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

La campagne J’aime manger, pas gaspiller Canada, dont l’objectif est de sensibiliser les entreprises, les gouvernements et les organismes communautaires à diminuer leur gaspillage, présente d’ailleurs l’argument suivant sur son site Internet : « Transporter des aliments de la ferme à la table, puis gérer ou éliminer ces aliments comme déchets cause également une empreinte carbone importante – contribuant ainsi aux émissions de gaz à effet de serre du Canada ».

Soucieux de ces multiples enjeux, l’organisation Loop Resource voit le jour en 2014 dans le but d’aider l’industrie alimentaire à détourner ses déchets organiques des décharges en les redirigeant vers ceux qui en ont besoin : les organismes de charité d’abord, puis les exploitations agricoles.

À l’origine du projet, une ferme familiale biodynamique de Dawson Creek, en Colombie-Britannique. « Nous voulions réduire les coûts d’exploitation de notre ferme. Avec une épicerie prête à réduire son impact sur les sites d’enfouissement et quelques réunions, Loop Resource était né », déclare Jaime White, cofondateur du programme. Six ans plus tard, le programme s’étend du Pacifique à l’Atlantique, et depuis 2019, se rend jusqu’à Whitehorse.

Redistribution

Des produits laitiers périmés aux aliments dont l’emballage est endommagé, en passant par les pommes cabossées, les fleurs flétries, le pain rassis et les plats cuisinés, toute la nourriture que les magasins ne peuvent plus vendre est transmise gratuitement aux organismes de bienfaisance si elle est toujours compatible avec une consommation humaine, ou alors aux exploitations agricoles locales. « Ce qui était autrefois un déchet, avec des connotations négatives et un impact environnemental, est maintenant un net positif pour les entreprises, la communauté, la production alimentaire locale et l'environnement », peut-on lire sur le site Internet de Loop Resource.

L’organisation connecte ainsi les magasins Superstore et Save on Foods à cinq organismes de charité de Whitehorse, dont la banque alimentaire, et à quarante-sept fermes du territoire. Plusieurs exploitations agricoles sont même sur liste d’attente pour rejoindre le programme. Jaime White explique : « Avec seulement deux épiceries participantes, nous n’avons pas assez de restes de nourriture pour alimenter davantage de fermes. »

Julie Dessureault est installée sur un terrain agricole près de Mendenhall où elle et son conjoint cohabitent avec des chiens de traîneaux, des poules, des chèvres, des cochons et des chevaux. Depuis quelque temps, ils collectent presque de manière hebdomadaire de la nourriture pour leur ferme. La jeune femme se rappelle : « En tant que membre de l’Association agricole du Yukon, mon chum a entendu parler du programme, mais avec uniquement Superstore qui avait embarqué, il n’y avait plus de places pour nous. Nous avons eu l’opportunité de récupérer le surplus d’une des participantes, puis quand Save on Foods a rejoint, nous avons été ajoutés à la liste ». Outre le gain financier que Mme Dessureault constate sur son exploitation, elle se réjouit que ses animaux puissent avoir une alimentation fraîche et variée.

Gilbert Bradet et sa famille sont, quant à eux, installés près du lac Marsh. En 2019, ils décident de prendre deux cochons et de les élever pour leur consommation personnelle. Sans l’aide du programme LOOP, l’homme se serait certainement arrêté là. Il témoigne : « Pour nourrir un cochon, pendant 5-6 mois, nous avons dépensé plus de 1000 $. Alors oui, le goût dans l’assiette n’est pas comparable, mais ça reste un investissement que je n’étais pas prêt à refaire. Mais en octobre 2020, j’ai pu rejoindre LOOP et donc j’envisage d’avoir de nouvelles bêtes ». Pour M. Bradet, le programme représente des économies pécuniaires, mais également une possibilité de réseautage : « J’ai été mis en contact avec d’autres fermiers et j’ai ainsi pu apprendre beaucoup sur le soin des animaux. »

Plusieurs exploitations agricoles sont encore aujourd’hui sur liste d’attente pour rejoindre le programme. Jaime White explique : « Avec seulement deux épiceries participantes, nous n’avons pas assez de restes de nourriture pour alimenter davantage de fermes. »

Les exploitations agricoles peuvent utiliser les denrées reçues comme nourriture pour leurs animaux, comme bioénergie (carburant ou électricité, notamment) ou comme compost. Ainsi, toute la marchandise reçue est employée à bon escient.

Développement 

Si pour les receveurs de nourriture, l’accès au programme est gratuit, les épiceries doivent quant à elles défrayer quelques sommes pour adhérer à Loop Resource. Jaime White affirme : « Nous fournissons aux grossistes certaines polices d’assurance qui doivent être relues par leurs avocats, ce qui a un coût. Finalement, ils déboursent au maximum le montant qu’ils auraient dû payer pour la mise en décharge ».

Pour le directeur, les épiceries sont responsables de leurs déchets et il apparaît logique qu’elles décaissent pour leur évacuation, même s’ils sont redirigés vers la communauté plutôt qu’un site d’enfouissement.

Dans la lutte pour la réduction des déchets, les supermarchés ont donc un rôle à jouer, mais ce ne sont pas les seuls. Individuellement, il est important de mettre en place de nouvelles habitudes pour diminuer le gaspillage alimentaire. La campagne J’aime manger, pas gaspiller Canada prône par exemple d’acheter uniquement la nourriture que le foyer peut effectivement consommer. De nombreux conseils sont également disponibles sur son site Internet, de la conservation des aliments à l’utilisation des restes de table, sans oublier la planification des repas.

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Photo
Crédit : Gilbert Bradet
Légende
Alexandre Bradet a pris beaucoup de plaisir à apporter de la nourriture aux cochons de la famille.

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  • Date de création 14 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 8 janvier, 2021
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