Le confinement fonctionne en Ontario, mais...

Émilie Pelletier

epelletier@ledroit.com

Initiative de journalisme local 

Queen’s Park

 

TORONTO — Les cas quotidiens de COVID-19 sont à la baisse depuis deux semaines, en Ontario. Même si le confinement imposé en province il y a de cela près d’un mois commence à fonctionner, « il est encore trop tôt pour crier victoire », préviennent des experts en épidémiologie.

Sans aucun doute, les effets du confinement imposé par le gouvernement Ford le 26 décembre commencent à se faire sentir. 

Depuis deux semaines, le nombre d’infections enregistrées quotidiennement se stabilise. 

Mais il faut faire preuve « d’un optimisme prudent », avertit le virologue et professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, le Dr Hugues Loemba.

Consultant auprès de l’Organisation mondiale de la Santé ainsi qu’auprès de Santé Canada, où il participe à l’évaluation de médicaments dont des antiviraux, le Dr Loemba se dit particulièrement inquiet des nouveaux variants de la COVID-19. 

« C’est très critique. On commence à voir des cas du nouveau variant britannique, de même que celui de l’Afrique du Sud. Certains cas de ce variant au pays sont liés à des voyages, mais d’autres non, alors une transmission communautaire se fait déjà. » 

Le Dr Loemba note que dans les pays où ce variant du virus s’est transmis, il est devenu plus prévalent que les autres souches en six à huit semaines seulement. 

« Oui, le nombre de cas quotidiens diminue, mais le nouveau variant peut changer la donne. Si on pouvait augmenter la cadence avec les vaccins, et si d’ici mars on pouvait vacciner plus de 50 % de la population, on pourrait commencer à chanter. »

Ce nouveau variant explique aussi pourquoi il ne faut pas mettre fin au confinement de façon précoce, juge le clinicien principal du Programme d’épidémiologie clinique à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, le Dr Doug Manuel.

Ce dernier note que les Ontariens devraient se préparer à un confinement qui pourrait durer jusqu’à deux mois. « À l’international, les périodes de confinement qui ont été nécessaires pour réduire la transmission du virus ont duré entre six semaines et deux mois. »

Le Dr Manuel est aussi membre de la Table consultative scientifique de l’Ontario, celle qui conseille le gouvernement Ford sur ses décisions liées à la pandémie depuis le début de la crise.

À ses dires, il a été prouvé que la pandémie n’est pas une question de « santé versus économie », mais bien de « santé et d’économie ». 

Les endroits avec un taux de positivité moins élevé ont une meilleure économie, note-t-il. 

Trop peu, trop tard

Les deux épidémiologistes sont d’accord : les mesures sanitaires en réponse à la COVID-19 surviennent souvent trop tard, « lorsque le mal est fait ». 

Par exemple, lorsque le gouvernement Ford a décidé d’imposer un confinement le 26 décembre, « c’était déjà trop tard », aux dires du Dr Loemba. 

« Si on avait mis en place des restrictions avant décembre, on aurait limité le nombre de retrouvailles familiales et on n’aurait peut-être pas eu à payer le prix d’être confiné en janvier. La santé et l’économie vont de pair. La santé détermine l’économie. »

Pour le Dr Manuel, il est toujours mieux d’agir un jour trop tôt qu’un jour trop tard. Son conseil au gouvernement, lorsque ce dernier hésite à imposer de nouvelles restrictions ? « Si vous songez à le faire, faites-le. »

 

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  • Date de création 23 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 22 janvier, 2021
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