L’avenir de l’hôtel Westminster de Dawson à l’heure de la pandémie

Des rues désertées, des magasins fermés, des annulations de réservations de chambres d’hôtel teintent en ce moment le quotidien de la ville de Dawson. À cette longue liste s’ajoute également la fermeture temporaire de l’hôtel Westminster, l’icône par excellence de la ville.
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Marie-Hélène Comeau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

L’hôtel Westminster de la ville de Dawson, connu plus communément sous le nom du Pit, a dû fermer temporairement les portes de son bar en mars dernier. Le gouvernement du Yukon a demandé cette fermeture, tout comme celle de tous les bars du territoire, afin d’éviter qu’une propagation de la COVID-19 prenne ses aises au pays du soleil de minuit. Les conséquences sociales de cette fermeture du Pit en inquiètent plus d’un.

« Le Pit, c’est pas juste un bar, c’est aussi une rencontre sociale. Quand quelqu’un décède, il y a toujours un pot luck d’organisé au Pit et c’est le seul endroit à Noël et au Jour de l’An qui donne de la nourriture aux gens. Cet endroit, c’est l’âme de Dawson. Sans Pit, je ne sais pas ce que Dawson va devenir », confie Louise Piché résidente de la ville de Dawson.

Plusieurs craignent en effet que cette fermeture temporaire devienne éventuellement permanente. Car, un mythe tenace court dans les rues de la ville. Il stipule que ce vieil hôtel qui a ouvert ses portes dans les années 1930, et dont une partie aurait été construite dans les années 1900, serait sous la protection d’une clause grand-père. Cette dernière lui permettrait de rester ouvert tant et aussi longtemps que l’hôtel ne ferme pas ses portes, ne serait-ce que pour une seule journée. Pourtant, selon le propriétaire des lieux tout ceci est faux.

« C’est un mythe et j’ignore d’où ça vient. J’habite à Dawson depuis 20 ans et j’ai toujours entendu parler de cette histoire-là. Mais c’est faux », confirme Paul McDonagh, propriétaire de l’hôtel depuis 2010. « Si un jour le Pit ferme de façon définitive c’est plutôt parce que j’aurais fait faillite à cause des conséquences économiques de la pandémie », précise-t-il.

Le Pit au temps de la COVID-19

En ces temps d’incertitude, Paul McDonagh tente comme bien d’autres gens d’affaires au territoire de sauver son entreprise de la faillite. C’est d’ailleurs avec soulagement qu’il a accueilli l’annonce du 3 avril dernier concernant les changements qui sont apportés par le gouvernement fédéral en ce qui a trait au prêt sans intérêt allant jusqu’à 40 000 $. Ce dernier a été mis en place afin d’aider les entreprises à faire face à la pandémie.

Car jusqu’ici, les propriétaires de bars et d’autres PME, de par leur champ d’activités, n’avaient pas accès à ce compte d’urgence de la Banque de développement du Canada (BDC) et d'Exportation et Développement Canada (EDC). En effet, l’une des exclusions qui s’appliquent en temps normal concerne spécifiquement les entreprises qui tirent plus de 50 % de leurs revenus de la vente d’alcool, comme c’est le cas pour l’hôtel Westminster. En levant cette restriction, le gouvernement fédéral permet ainsi aux restaurants et aux bars du pays de bénéficier également de cette aide financière.

« Ce prêt va m’aider pour environ six mois. Mais, même lorsque je pourrai enfin rouvrir le Pit, ça se fera dans un triste contexte alors que la ville sera totalement morte. Tout est fermé », précise Paul McDonagh. « Il faut être réaliste. Je ne crois pas que nous aurons une saison touristique cette année. C’est assez dramatique en ce moment. Tout le monde contacte les hôtels pour annuler leurs réservations. On ignore même si l’hôtel Westmark pourra ouvrir cet été. C’est catastrophique pour nous à Dawson, car c’est pendant la saison touristique à l’été que nous pouvons gagner assez d’argent pour survivre pendant les longs mois d’hiver », confie le propriétaire de l’hôtel Westminster dont l’entreprise compte habituellement jusqu’à 26 employés pendant la saison estivale.

Paul McDonagh a également entrepris des démarches du côté du gouvernement du Yukon afin d’obtenir de l’aide financière qui lui permettrait d’embaucher des travailleurs de Dawson afin de profiter de ce moment de pause pour rénover le vieux bâtiment. « Tout le monde semble intéressé par le projet, mais rien n’est confirmé pour le moment », souligne-t-il. « Il y a de l’espoir. Je veux garder le Pit ouvert pour la communauté de Dawson ainsi que permettre aux gens d’y trouver un travail », confie-t-il.

Chambre de commerce de Dawson

Il faut rappeler qu’une partie importante de l’économie de la ville de Dawson repose sur l’industrie touristique qui bat son plein durant la saison estivale. Ainsi, chaque été nombreux sont les touristes qui s’y rendent attirés par ce qui a constitué le cœur de la célèbre ruée vers l’or du Klondike. Toutefois, cette pandémie risque de changer la donne pour tout ce qui touche l’industrie touristique.

« Nous avons des conférences virtuelles chaque semaine avec les propriétaires d’entreprises de Dawson et les organismes afin de travailler ensemble pour trouver des façons de s’adapter à cette nouvelle réalité, trouver des fonds disponibles et pour aider ceux qui sont en quarantaine », explique Kat Derusha de la Chambre de commerce de Dawson. « C’est vraiment bon de voir à quel point les gens de la communauté désirent travailler ensemble afin de trouver des solutions », confie-t-elle.

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Des photos sont disponibles sur demande : ijlterritoires@apf.ca

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  • Date de création 8 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 8 avril, 2020
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