L’aménagement d’espaces urbains comestibles à l’épreuve des ours; un défi de taille

Il n’est pas toujours nécessaire de se rendre très loin en forêt pour aller cueillir des framboises ou des baies d’amélanchiers lorsqu’on habite la ville de Whitehorse. La capitale yukonnaise compte de nombreux arbustes fruitiers au grand bonheur de ses habitants… incluant les ours.
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Marie-Hélène Comeau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

De plus en plus populaire au cours des dernières années, l’engouement pour la sécurité alimentaire au sein de l’aménagement urbain gagne du terrain au pays. Il en va de même pour la ville de Whitehorse qui compte de nombreux arbustes fruitiers et de fleurs comestibles permettant aux citoyens d’aller se servir eux-mêmes à la source.

« Nous aimons l’idée de planter des choses qui sont comestibles et du même coup sensibiliser les gens sur ce qu’il est possible de cultiver au Yukon », explique Marc Boulerice, superviseur des parcs pour la ville de Whitehorse.

Quand le bonheur des uns fait aussi le bonheur des autres

L’emplacement des arbustes à fruits dans divers lieux publics de Whitehorse doit toutefois se faire de façon stratégique afin d’éviter de provoquer une quelconque proximité avec les nombreux ours du territoire. Pour ce faire, la ville de Whitehorse tente de respecter certaines recommandations émises par l’organisme Wild Wise Yukon. Ce dernier sensibilise depuis 2012 les Yukonnais à adopter un comportement favorisant une cohabitation saine entre les humains et la faune locale.

C’est la raison pour laquelle les arbustes fruitiers des espaces publics de Whitehorse sont situés davantage dans des secteurs plus éloignés du centre-ville, comme au pied de la falaise, dans certains parcs, ou dans la médiane de quelques rues.

Malgré toutes ces bonnes intentions, Heather Ashthorn, directrice de l’organisme Wild Wise Yukon, demeure inquiète. Elle déplore la présence de ce type d’arbustes dans la capitale puisqu’ils augmentent inévitablement les risques de rencontres entre l’humain et les ours. « Il serait beaucoup plus adéquat pour la ville de planter de la laitue ou des épinards, par exemple, qui ne sont pas des aliments populaires auprès des ours », suggère-t-elle.

La ville de Whitehorse s’est pourtant prêtée à l’exercice il y a quelques années en cultivant dans ses lieux publics du chou frisé ou encore de la laitue. Toutefois, la popularité de ces aliments auprès de la population n’a pas été au rendez-vous. « Les gens semblaient avoir moins confiance au produit », se souvient Marc Boulerice. « Le risque que quelqu’un ait jeté des déchets sur ces plants leur semblait peut-être trop grand? Personne ne les a récoltés. »

La ville de Whitehorse a alors pris l’initiative de récolter elle-même les choux frisés qu’elle avait semés afin d’en faire un don à la Banque alimentaire de Whitehorse. Cette initiative avait bien été accueillie la première année, mais n’a pas été renouvelée faute d’intérêt de la part de l’organisme l’année suivante.

Que faire de ses framboisiers?

Ces dernières années, certaines municipalités de la Colombie-Britannique et de l’Alberta ont simplement pris la décision de remplacer tous les arbustes à fruits des lieux publics par des arbustes décoratifs afin de diminuer le plus possible les occasions de rencontres entre l’humain et l’ours. Plusieurs recommandations de l’organisme Wild Wise Yukon s’inspirent d’ailleurs des modèles développés par la Colombie-Britannique.

« C’est difficile d’atteindre l’équilibre parfait entre la sécurité alimentaire et notre impact sur la faune », constate Heather Ashthorn, qui en profite pour rappeler également l’importance pour les gens qui ont des arbustes à fruits sur leur terrain privé de faire aussi leur part en s’assurant de tout récolter avant que les fruits tombent au sol. « Lorsque les gens partent en vacances, ils devraient s’assurer qu’un voisin ou un ami viennent récolter les fruits, sinon ils seront très attirants pour les ours », explique-t-elle, en soulignant à quel point il reste encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire autant auprès des municipalités que du public yukonnais.

Des fleurs et des arbres

Outre les arbustes à fruits, plus de 21 000 fleurs, dont certaines sont comestibles, ont aussi été plantées cet été à Whitehorse. Cette initiative permet d’enjoliver les lieux durant la saison estivale, question de faire oublier ces espaces asphaltés et stériles de la ville.

Cette année c’est l’entreprise Yukon Garden qui a eu le mandat de cultiver les fleurs destinées aux lieux publics de Whitehorse. En choisissant une entreprise locale plutôt qu’une entreprise de l’extérieur du Yukon comme par le passé, la ville a pu avoir accès à des pousses beaucoup plus saines et robustes n’ayant pas subi les aléas d’un trop long transport. Puis, comme à chaque année lorsque l’été tirera à sa fin, à la veille du premier gel au sol, la ville de Whitehorse invitera les gens, par le biais de sa page Web, à cueillir ces fleurs.

Pour ce qui est de l’approvisionnement des arbres qui sont plantés chaque été par la municipalité de Whitehorse, il devra continuer de se faire à l’extérieur du territoire. La ville est dépourvue d’une pépinière locale qui permettrait de faire pousser des arbres indigènes du Yukon. Ainsi, en se procurant des arbres de l’extérieur des frontières yukonnaises, le risque est plus grand que ces derniers n’arrivent pas à s’adapter au climat nordique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un bon nombre d’entre eux doivent être remplacés régulièrement.

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Photo : Martin Paquet
Crédit : Marie-Hélène Comeau
Légende : Martin Paquet, chef d’équipe pour la ville de Whitehorse, s’affaire à terminer de planter les dernières capucines dans un parc de Riverdale.

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  • Date de création 18 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 18 juin, 2020
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