L’Alberta, brasier du Canada

Pour l’instant, l’étincelle des feux estivaux prend timidement, mais les cartes prévisionnelles offrent un autre avis. Elles présentent un nombre de brasiers au-dessus de la normale pour la saison. Une autre lutte, celle contre la COVID-19, amène à repenser la préparation des ressources à déployer en cas de feux violents.

Inès Lombardo

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Depuis le 1er mars, l'Alberta en est à 141 feux, « une moyenne bien inférieure à celle de l’an dernier à la même époque où nous en combattions 279 », témoigne un officier à Wildfire Alberta, Travis Fairweather. La plupart d’entre eux était concentré dans le Nord de la province. La carte barbouillée de rouge dévoilée récemment par Ressources naturelles Canada (RNCan) prévoit pourtant un été enflammé, « bien au-dessus de la moyenne ».

De forts incendies dès juin

L’an dernier, fin mai 2019, un incendie à Chuckegg Creek dans le Nord-Ouest de la province avait détruit 150 000 à 230 000 hectares en moins de 24 heures. Les pompiers avaient indiqué que les flammes étaient si puissantes qu’elles avaient réussi à passer au-delà de la rivière de La Paix, pourtant large de plus de 700 mètres.

Un autre feu important s’était répandu quelques semaines plus tard sur des dizaines de milliers d'hectares dans la région de High Level, toujours au Nord-Ouest de l'Alberta. L’histoire nous rappelle que l'Alberta est la deuxième région la plus touchée par les feux, après la Colombie-Britannique. La situation se confirmerait à nouveau cette année, particulièrement dès juin. En septembre, selon les prévisions, le rouge basculerait vers un rose pâle, synonyme d’un non moins rassurant « au-dessus de la moyenne » au Nord et au Sud de la province. Le centre resterait sévèrement touché jusqu’au début de l’automne.

Le chercheur des feux de forêts chez RNCan, Jonathan Boucher, prévient que « plus les prévisions sont éloignées dans le temps, moins elles sont sûres ». Les cartes sont révisées au début de chaque mois, en fonction des feux déclenchés au cours du mois précédent. Cette adaptation n’en révèle pas moins que la réalité colle souvent aux prédictions scientifiques. Malheureusement, le réchauffement climatique a accru le phénomène.

Le scientifique explique que ces prévisions sur les prochains mois sont réalisées à partir de la différence des températures prélevées dans les océans. « Ces températures plus ou moins chaudes ont des répercussions plus ou moins immédiates sur le territoire canadien », détaille-t-il. Les océans se réchauffent plus vite depuis cinq ans. Il en va de même pour les feux à l’intérieur des terres.

Les trois grands éléments à l’origine des flammes sont les combustibles, un temps sec et venteux et l’allumage du feu, naturel ou causé par l’activité humaine.

La COVID-19 ajoute de l’huile sur le feu

C’est pourquoi l’officier Fairweather, de Wildfire Alberta, est préoccupé. Le vent devrait tourner. Les prévisions de l’été produites par le Système canadien d’information sur les feux de végétation ne sont pas favorables aux pompiers, notamment entre les mois de juin et d’août (voir cartes).

La pandémie de la COVID-19 ne facilite pas les choses. Les entraînements des pompiers ont ainsi pris une autre allure. « Nous avons changé de lieu. Nous sommes maintenant dans un endroit plus grand, qui permet l’espace entre ceux qui s’entraînent », certifie Travis Fairweather. Ils sont 150 individus prêts à affronter les épais nuages de fumée. Le ministère a ajouté 200 pompiers pour être certain qu’ils seront assez nombreux pour répondre à l’appel.

« Le contexte particulier cette année fait qu’on veut avoir recours le moins possible aux ressources humaines déployées pour lutter contre les feux », rappelle Jonathan Boucher. « On doit faire l’effort de réduire les feux d’origine humaine. » Faire griller des guimauves devant un bon feu est un rêve dont on devra se passer, surtout si cela nécessite de sauver des vies.  Il s’agit-là d’une réflexion que le gouvernement albertain a déjà transformé en mesures formelles, interdisant les feux dès le mois prochain et l’utilisation des véhicules tout-terrain (VTT) aux abords des forêts. À cela s’ajoute une conséquence inévitable liée au virus : les sites de camping seront ouverts à 50% de leur capacité.

La Croix-Rouge, « toujours présente »

Situation particulière, protocole particulier. La Croix Rouge canadienne se prépare aussi, mais cette année, le soutien qu’elle apportera sera surtout virtuel. « La Croix-Rouge est toujours présente », assure avec force sa gestionnaire principale, Lise Anne Pierce. L’organisme sera là pour payer les hôtels, fournir des cartes prépayées ou des fonds aux personnes sinistrées. L’avantage ? « Nous pouvons agir rapidement, puisque c’est un soutien virtuel », indique-t-elle.

En revanche, pour les interventions de terrain qui nécessitent des interactions avec d’éventuels sinistrés ou simplement des gens qui en ont besoin, la situation n’est pas la meilleure pour apporter de l’aide. Cependant, les équipes de la Croix-Rouge sont rompues à l’exercice, même avec des équipes réduites.

Lise Anne Pierce se souvient des feux de Fort McMurray de 2016 comme « la plus grande opération que la Croix-Rouge ait vécu depuis la Seconde Guerre mondiale » avec l’évacuation de 80 000 personnes. Elle explique que, quatre ans plus tard, l’organisme soutient encore des sinistrés de cette catastrophe. Bon nombre d’entre eux ont vu leur habitation réduite en cendres et doivent trouver le moyen de se reloger depuis. « Nous vivons ça avec eux, jour après jour, semaine après semaine, témoigne la professionnelle. La vie a inévitablement changé pour eux ». Si le « respect des distances » est devenu le maître-mot ces derniers temps, il faudra trouver un moyen de l’appliquer aux flammes albertaines cet été.

-30-

LÉGENDES PHOTOS

Pour les cartes (Courtoisie RNCan).

Note : Placer les cartes des mois de mai et de juin 2020 à la suite l’une de l’autre.

Légende : D'un mois de mai en blanc « dans la moyenne » des feux saisonniers, la carte évolue en rouge vif dès le mois de juin 2020.

Feux dans les Rocheuses

La connexion entre le réchauffement climatique et l'augmentation de l'intensité des feux saisonniers s'est accru ces cinq dernières années.

Crédit : Cameron Strandberg CC BY Wikimedia Commons

Entraînement de pompiers

Crédit : Twitter @AlbertaWildfire

-30-

  • Nombre de fichiers 7
  • Date de création 15 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 15 mai, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article