L'aéroport de Charlottetown déserté

Avec la pandémie mondiale, l’aéroport de Charlottetown tourne au ralenti. Alors qu’Air Canada est suspendu à l’aide du gouvernement fédéral, les acteurs économiques de l’Île-du-Prince-Édouard craignent que la compagnie ne suspende ses liaisons aériennes avec la province.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Plus que 14 vols par semaine assurés par Air Canada. À l’aéroport de Charlottetown, c’est le calme plat sur les pistes. «L’an dernier, à cette époque de l’année, nous avions environ 50 vols chaque semaine», observe Doug Newson, directeur de l’aéroport. Sur les quatre derniers mois, le nombre de passagers a chuté de 94 %. «En octobre, on a accueilli seulement 2 500 voyageurs», précise le responsable. L’aéroport subit de plein fouet la crise de la COVID-19 et a dû licencier sept de ses employés.

Cet automne, WestJet a déjà suspendu toutes ses liaisons aériennes avec Charlottetown. La semaine dernière, c’est au tour d’Air Canada d’annoncer la fermeture prochaine de neuf escales dans des aéroports régionaux. «La compagnie nous a assuré que Charlottetown n’en faisait pas partie, affirme Doug Newson. Mais si la crise perdure, nous sommes évidemment inquiets.» Avant d’ajouter : «Ce sera un coup dur si Air Canada s’en va.»

Un avis partagé par Penny Walsh McGuire qui anticipe un impact économique «large et profond». «Ce sera incroyablement difficile, c’est notre capacité à accéder au reste du Canada et au monde qui est en jeu», insiste la directrice de la Chambre de commerce du Grand Charlottetown. «Ces services aériens sont essentiels à notre reprise économique.»

Pression politique sur le gouvernement

Selon John Gradek, la compagnie aérienne nationale pourrait décider à terme de quitter l’aéroport de Charlottetown. «C’est un candidat idéal», avance l’expert en aviation et professeur à l'Université McGill, qui évoque les nombreuses lignes régionales déjà coupées dans les Maritimes (Fredericton-Halifax, Fredericton-Ottawa, Moncton-Halifax, Saint John-Halifax, Charlottetown-Halifax, Moncton-Ottawa). Dès le printemps, Air Canada avait annoncé  la suspension de trente dessertes régionales à l’échelle du pays et la fermeture de huit escales dans des aéroports régionaux.

Avec la crise, Air Canada est dans le rouge. Le transporteur a fait état d’une baisse de 86 % de ses revenus pour le troisième trimestre 2020 par rapport à la même période en 2019. «En supprimant des lignes régionales, Air Canada met une pression politique sur le gouvernement fédéral pour obtenir des fonds», analyse John Gradek. Car pour le moment l’entreprise n’a reçu aucune aide spécifique de la part des autorités.

Le 8 novembre, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est dit prêt à envisager un plan de soutien. Mais il a posé plusieurs conditions, dont le maintien de la continuité territoriale. «Nous veillerons à ce que les Canadiens et les collectivités régionales conservent des liaisons aériennes avec le reste du Canada», a-t-il déclaré. Des négociations entre les compagnies et le gouvernement fédéral se sont finalement ouvertes à la mi-novembre.

Un défi pour récupérer les services

En attendant, à Charlottetown, Doug Newson et Penny Walsh McGuire sont préoccupés. «Une fois que les services sont partis, c’est un défi de les récupérer», expliquent-ils. Pour John Gradek, si Air Canada quitte l’Île, des transporteurs régionaux prendront la relève : «Avec de plus petits appareils et pour des trajets plus courts vers Halifax ou Moncton, il n’y aura plus de vols directs vers Montréal ou Toronto.»

L’aéroport de Charlottetown est aussi confronté à la perte des vols assurés par Sunwing vers des destinations du Sud durant l’hiver. «La compagnie attend de voir comment évolue la demande, elle est encore en train d’élaborer ses horaires après février, rapporte Doug Newson. Mais avec le virus, on ne se fait pas d’illusion, ce n’est pas réaliste de s’attendre à ce qu’elle vienne.»

Dans l’éventualité où Sunwing desservirait quand même l’Île cet hiver, le directeur prévoit une demande très faible. «L’obligation de quatorzaine n’aura pas disparu d’ici là, et hormis les retraités et ceux qui travaillent à domicile, peu d’Insulaires sont en mesure de s’auto-isoler après des vacances au soleil», observe-t-il.

Le récent éclatement de la bulle Atlantique ne fait qu’accroître l’inquiétude des acteurs économiques de la province. «La grande question c’est quand? Quand les choses vont revenir à la normale, quand les compagnies vont revenir, quand les gens vont revenir voyager?», s’interroge Doug Newson.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Doug Newson : «Ce sera un coup dur si Air Canada s’en va», confie Doug Newson, directeur de l’aéroport de Charlottetown.

John Gradek : Pour John Gradek, si Air Canada quitte l’Île, des transporteurs régionaux prendront la relève : «Avec de plus petits appareils et pour des trajets plus courts vers Halifax ou Moncton.»

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  • Date de création 27 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 27 novembre, 2020
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