La santé mentale au Nunavut : le défi d’un accompagnement médical adapté

Des analyses statistiques variées ont démontré que le risque de décès par suicide était 4,8 fois plus élevé chez les Inuits âgés de 25 ans et plus. Mais, pour bénéficier de soins adaptés en centre spécialisé, les Nunavois sont contraints de quitter le territoire. Un phénomène qui entrave un accompagnement médical optimal en santé mentale. Une lueur d’espoir se dessine pourtant grâce au projet de construction d’un centre de traitement des traumatismes et des dépendances à Iqaluit.
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Marine Lobrieau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

La santé mentale est une préoccupation importante pour les communautés nunavoises, en témoigne la manifestation ayant eu lieu le 26 juin dernier à travers le territoire pour appeler les gouvernements fédéral et territorial à fournir des ressources permanentes en santé mentale à tous les Nunavummiut.

En tête de cortège, Alanna Copland, défenseuse de la santé mentale native d’Arviat, a milité pour « la disponibilité » des services pour les personnes n’ayant pas besoin de traitements à l'extérieur de la province. La militante a insisté sur la nécessité de former adéquatement les personnels soignants autour de la santé mentale afin de la « déstigmatiser », de favoriser une « normalisation » de ce type de soins et, surtout, de la rendre compatible avec les besoins de la communauté inuite.

Adapter les soins à la culture inuite

La prise en considération des traumatismes vécus par les populations locales est préconisée par les spécialistes en santé mentale. « Pour se délester du legs du colonialisme, il faut pouvoir compter sur le meilleur des soins culturels et des soins cliniques », précise Aluki Kotierk, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated dans un communiqué de presse. C’est donc une pratique basée sur la proximité culturelle et la maîtrise de la langue par le personnel médical qui sera priorisée pour dispenser des soins adaptés aux problématiques des communautés du Nord.

Former la population locale à cette méthodologie serait aussi clé pour répondre aux problématiques en santé mentale au Nunavut. Dans le nouveau centre de traitement à Iqaluit, dont l’ouverture est prévue pour 2025, seront proposés des services relatifs aux traumatismes et à la toxicomanie. On offrira aussi un accueil spécialisé pour les femmes enceintes souffrant d’alcoolisme, puisque l’alcoolisation fœtale est un phénomène qui impacte un nombre élevé de nouveau-nés au Nunavut.

Les programmes de traitement locaux incluront également des modèles basés sur la guérison au sein de la communauté tels que des activités culturelles comme la pêche, la chasse et la cueillette. Ces modèles sont fondés à partir d’une étude de faisabilité publiée en 2018 pour l’ouverture d’un centre de traitement des traumatismes et des dépendances au Nunavut.

Durant la manifestation de cet été, le premier ministre du Nunavut, Joe Savikataaq, avait affirmé que les enjeux de santé mentale à travers le territoire ne sont pas ignorés par le gouvernement du Nunavut. En faisant allusion à la construction du centre de traitement prévue dans les cinq années à venir, il s’est excusé de ne pas avoir les ressources nécessaires pour l’ouvrir plus rapidement. « J’aimerais pouvoir le construire demain », a-t-il déclaré dans un discours énoncé le 26 juin dernier.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Georges Hickes, a expliqué comprendre l’importance de continuer de développer les services de santé mentale dans le territoire, sans toutefois oublier les efforts déjà effectués dans le domaine.

Pas une solution magique

Bien que l’ouverture d’un centre de traitement des traumatismes et des dépendances serait bénéfique pour les Nunavummiut, ce n’est pas une « solution magique », indique Alanna Copland. Selon la militante, chaque communauté nunavoise a besoin d’un intervenant en santé mentale et d’un personnel suffisant pour assurer l’efficacité des services offerts pour les Nunavummiut.

Alanna Copland insiste également sur l’importance d’aborder la santé mentale dans la programmation scolaire. À son avis, un cours obligatoire sur la santé mentale devrait être exigé pour l’obtention du diplôme. « Le Collège de l’Arctique du Nunavut doit offrir des programmes de santé mentale pour former et embaucher des Nunavummiut », déclare-t-elle. Implémenter cette action réduirait les taux élevés de roulement d’employés embauchés dans le Sud et éliminerait progressivement les barrières culturelles et linguistiques.

Répercussions de la pandémie sur la santé mentale

Le bien-être psychologique a directement subi les conséquences de la pandémie sur la santé mentale qui « peuvent être préoccupantes pour des groupes particuliers de la population canadienne déjà à risque de santé mentale inférieure », peut-on lire dans le rapport sur la santé mentale des Canadiens pendant la COVID-19.

La pandémie a également haussé les difficultés à recruter des membres du personnel soignant pour travailler au Nunavut. Une situation précaire qui rend par effet de corrélation instable l’offre des services en santé mentale dans le territoire.

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Crédit : Tim Mossholder
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Selon Statistiques Canada, le taux de suicide chez les Inuits âgés de 25 ans et plus est 4,8 fois supérieur que chez les adultes non autochtones.

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  • Date de création 13 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 13 octobre, 2020
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