La santé mentale au coeur de la reprise de l’Assemblée législative

Les députés de l’Île-du-Prince-Édouard ont retrouvé les bancs de l’Assemblée législative jeudi 12 novembre. La période de questions a permis à l’opposition de tirer ses premières flèches au ministre de la Santé, James Aylward, en attaquant son action en santé mentale.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Vingt-six des vingt-sept députés de l’Île-du-Prince-Édouard ont retrouvé le chemin du bâtiment Coles jeudi 12 novembre. Cette session d’automne est particulière à plus d’un titre. Le gouvernement King dispose désormais d’une majorité suite à l’élection de Zack Bell qui succède à Robert Mitchell (démissionnaire). Le nouveau député devra attendre d’être assermenté avant de pouvoir siéger. C’est aussi la dernière session avec le calendrier actuel, qui avait été choisi il y a des décennies pour respecter les horaires de train. Dès 2021, les sessions du soir disparaîtront et les travaux commenceront dès février (et non plus avril).

La santé mentale à l’Île, «un chaos»

Au printemps, l’opposition avait tiré à boulets rouges sur le gouvernement au sujet de l’ouverture de l’Île aux résidents saisonniers. Cette fois-ci, c’est la santé mentale qui occupe la majeure partie de la séance de questions.

Pendant près d’une heure, l’opposition officielle et le troisième parti interrogent le ministre de la Santé, James Aylward, sur la disponibilité des soins en santé mentale dans la province. Heath MacDonald des libéraux va jusqu’à parler de «chaos» et demande un plan «pour les trois prochains mois et non pour les trois prochaines années». Son collègue Gord McNeilly évoque devant les médias «un problème très important, une crise immense» pour laquelle «on continue d’attendre».

À l’hôpital Queen Elizabeth de Charlottetown, l’unité 9 dédiée aux soins psychiatriques avait été vidée de ses patients au printemps. Le mois dernier, au lieu de rouvrir des lits pour les soins psychiatriques, la province a choisi d’y installer des personnes âgées souffrant de démence, en attente de place dans des foyers de soins de longue durée. «Des patients qui ont besoin de soins ont été déplacés dans des endroits non appropriés, il n’y a aucune excuse», critique Trish Atlass des verts en entrevue. Ce n’est pas une solution, c’est déplacer le problème».

Depuis début novembre, l’unité a été rouverte aux patients ayant besoin de soins aigus en santé mentale, sans être à pleine capacité. «Combien y a-t-il aujourd’hui de lits disponibles» veut savoir le libéral Robert Henderson. «Six», répond James Aylward.

Une augmentation des défis

À l’hôpital Hillsborough (dédié aux soins de longue durée), la clinique de jour pour les urgences en santé mentale, mise en place au début de l’année, a dû fermer provisoirement début novembre, faute d’infirmières en nombre suffisant. Cet hôpital doit être remplacé dans le cadre de la construction d’un campus en santé mentale et en dépendance, un projet d’envergure vieux de plusieurs années. À l’assemblée, les verts évoquent la promesse de campagne des  progressistes-conservateurs de «remplacer l'hôpital Hillsborough immédiatement» par une structure équipée pour les urgences psychiatriques. «Que signifie ”immédiatement”?», tacle Peter Bevan Baker, alors que les travaux ne sont toujours pas lancés.

James Aylward se défend en mentionnant les études préliminaires et les consultations qu’il a fallu mener mais s’engage sur des premiers coups de pelle avant la fin de l’année. Le ministre reconnaît des difficultés et une hausse des défis en santé mentale avec la COVID-19, «une augmentation de l’anxiété, de l’usage de drogues de rue, des psychoses». Mais il assure que «pendant cette crise, il n’y a aucun patient ayant besoin d’un lit de soins aigus en psychiatrie qui n’en a pas eu». Concernant les patients âgés atteints de démence, le ministre évoque la prudence nécessaire avant de les déplacer, la nécessité que ces personnes soient dans leur communauté, près de leur famille.

Cette période de questions est aussi l’occasion pour les verts de demander un plan d’aide économique pour l’après-crise. «Comment garantissez-vous que les industries, commerces, emplois seront encore là quand le robinet de l'argent magique sera fermé», lance notamment Peter Bevan-Baker, qui souhaite une économie «future proofed». Le soutien au secteur touristique est notamment l’une des priorités des verts pour cette session, alors que les libéraux veulent se concentrer sur la santé, le bien-être et l’accès à Internet en zone rurale.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Crédit Laurent Rigaux

  1.       Le député libéral Gord McNeilly évoque une «crise immense» concernant la santé mentale à l’Île.
  2.       Pour Trish Atlass des verts, «il n’y a aucune excuse» pour déplacer des patients dans des installations non adaptées à leurs problèmes.
  3.       Le ministre de la Santé, James Aylward, reconnaît les défis de prise en charge des patients ayant besoin de soins psychiatriques, mais regrette les critiques évoquant un «chaos» : «Les efforts des travailleurs de la santé durant cette période sans précédent ne sont pas reconnus, je me sens mal pour eux.»

Encadré :

Les députés de la majorité ont déposé 10 projets de loi, certains n’étant que du «nettoyage» législatif. Ainsi, un texte vise à supprimer la loi sur les films, qui ne concerne que les vidéocassettes et n’est plus d’actualité. Les verts ont quant à eux déposé deux textes, dont un qui vise à abaisser l’âge minimum pour voter à 16 ans.

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  • Date de création 16 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 16 novembre, 2020
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