La saison des ouragans n’est pas finie

2020 est une année particulièrement active du côté des ouragans au Canada atlantique. Déjà neuf tempêtes et deux ouragans se sont formés dans l’Atlantique Sud et le pic est attendu en septembre. Le souvenir de Dorian est encore frais dans toutes les têtes à l’Île-du-Prince-Édouard. Ces phénomènes climatiques extrêmes pourraient être aggravés par les changements climatiques. 

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Dix-neuf à vingt-cinq tempêtes nommées (assez fortes pour qu’on leur donne un nom), sept à onze susceptibles de devenir des ouragans, dont trois à six qui pourraient être majeurs. Le Centre canadien de prévision des ouragans (CCPO) anticipe une saison 2020 «particulièrement active» en zone Atlantique, selon les projections, actualisées le 6 août. «Mais ça ne touchera pas forcément nos côtes, ça peut rester au-dessus de l’océan», rassure Bob Robichaud, météorologue au CCPO.

Depuis le 1er juin, deux ouragans et neuf tempêtes se sont déjà formés. La dernière en date, Isaias, a frappé l’Est du Québec et certaines zones côtières des Maritimes la semaine dernière. Lors d’une saison normale, les météorologues ne dénombrent en moyenne que douze tempêtes, dont un tiers à partir d’octobre. «Depuis 1995, la plupart des saisons sont au-dessus de la normale», explique Bob Robichaud. Déjà, l’an dernier, l’ouragan Dorian, devenu tempête post-tropicale juste avant de toucher la Nouvelle-Écosse, avait balayé les côtes de l’Île-du-Prince-Édouard. Les 7 et 8 septembre 2019, des vents de près de 150 km/h avaient déferlé sur la province, provoquant des dégâts importants.

Plus intenses  

Don Jardine, scientifique à la retraite qui a repris ses études au sein du laboratoire de recherche sur le climat de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (UPEI), confirme : «Les tempêtes centennales se produisent désormais tous les dix ans avec une intensité décuplée». Surnommé le «chasseur de tempête», il a immortalisé avec son appareil photo tous les événements climatiques extrêmes qui se sont abattus sur la province. Les falaises de l’Île qui se sont affaissées après l’ouragan Juan en 2003, le déluge pendant la tempête post-tropicale Hanna en 2008, les vagues de huit mètres durant le cyclone* Igor en 2010, les propriétés sous l’eau à vendre, après le passage de la tempête post-tropicale Leslie en 2012. «Quand on a de fortes marées, des vagues déferlantes et des vents du nord-est, c’est la pire des combinaisons», observe le passionné.

Comment expliquer une telle multiplication des événements climatiques extrêmes? «Cette année, les températures de l’eau de surface dans les tropiques sont 1 à 2 degrés au-dessus de la normale, analyse Bob Robichaud. Ces eaux trop chaudes sont un vecteur d’énergie qui favorise la multiplication anormale des tempêtes.» L’autre raison, selon le spécialiste, c’est la configuration des vents en altitude, favorable à l’émergence de phénomènes tourbillonnants.

La question d’un lien avec le réchauffement climatique se pose également. Le sujet fait débat. «Il est difficile de dire qu’il y a plus d’ouragans à cause des changements du climat, notamment parce qu’avec les moyens modernes on en détecte davantage que par le passé», commente Bob Robichaud. Mais l’opinion dominante est que le réchauffement pourrait augmenter la proportion de phénomènes de grande intensité, avec des vents très violents et des précipitations extrêmement fortes. «Il y a une tendance à la hausse des ouragans les plus puissants, de 5 à 10 %», assure le météorologue.

Plus destructeurs

Selon une étude américano-japonaise, parue en avril 2020, dans la revue Science Advances, les changements climatiques pourraient également entraîner un ralentissement de la vitesse des ouragans d’ici 2100, augmentant leur puissance destructrice. Car lorsqu'ils s’attardent autour d’un endroit spécifique, ils y déchargent davantage de vent et de précipitation.

Seule certitude, l’élévation du niveau de la mer rend beaucoup plus vulnérables les zones côtières en cas d’ouragan. Associée à des pluies accrues, la soudaine élévation de l’océan, appelée onde de tempête, devient plus dévastatrice. Dans les décennies à venir, les côtes canadiennes seront prises en étau entre les eaux se déversant du ciel et celles montant de l’océan. «Ça prendra moins de tempêtes intenses pour causer des dégâts plus sévères», ajoute Bob Robichaud.

Le CCPO appelle les habitants de l’Atlantique à se préparer et à surveiller de près les prévisions météorologiques. Bob Robichaud insiste : «Il faut régulièrement suivre la situation car ça peut changer très vite avec les tempêtes». Il rappelle que la fin de la saison n’est que fin novembre, avec un pic en septembre.

*Le mot décrit le même phénomène qu’un ouragan.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Photo Don Jardine : «Les tempêtes centennales se produisent désormais tous les dix ans avec une intensité décuplée», assure Don Jardine, qui a repris ses études au sein du laboratoire de recherche sur le climat de UPEI.  (photo Marine Ernoult)

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  • Date de création 10 août, 2020
  • Dernière mise à jour 10 août, 2020
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