La pêche au turbot : l’immense potentiel économique du Nunavut

Pêché uniquement en hiver, le turbot peut désormais être capturé lors de la saison estivale. Grâce à la construction d’infrastructures portuaires à Pangnirtung, les pêcheries locales ont l'opportunité de profiter de cette avancée tout en contournant le déchargement des prises via le Groenland.
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Marine Lobrieau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Le secteur de la pêche et de la transformation du turbot est aujourd’hui l’un des plus grands potentiels économiques du Nunavut. Auparavant, la plupart des prises devaient transiter par le Groenland ou par Terre-Neuve et Labrador. Cet itinéraire créait un manque à gagner pour les entreprises locales et avait un impact négatif sur la création d’emplois dans la région.

L’industrie de la pêche au Nunavut faisait face à un ralentissement du développement de son secteur. Pour remédier à ce problème, on a construit en 2009 un quai flottant destiné à la communauté de pêcheurs de Pangnirtung,

Dotés de cette nouvelle infrastructure, les entreprises ont pu voir débarquer l’été dernier un premier bateau. Une prouesse bénéfique pour l'économie locale : « Nous avons expédié une grande partie du turbot vers le Sud par conteneur frigorifique pour la première fois, ce qui est un énorme succès », se félicite Chris Flanagan, directeur de la compagnie Baffin Fisheries.

« Cette année n'était qu'un début, mais cela signifiera 25 emplois ou plus [...] une fois que tout fonctionne, la saison pourrait s'étirer de la fin juillet à octobre », ajoute-t-il.

L’aventure aura malheureusement été de courte durée. En cause, le manque de main d’œuvre et les conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur le recrutement des membres d’équipage.

Un secteur qui tourne au ralenti 

Le manque de personnel a diminué la capacité de production des pêcheries locales. « Pendant l'été, il est généralement difficile de trouver un navire et un équipage disponibles pour partir de Terre-Neuve ou plus au Sud pour quelques voyages », lance Chris Flanagan.

De plus, la pandémie « a été dévastatrice pour l'industrie au Nunavut », regrette-t-il avant de poursuivre, « les restrictions de voyage ont coûté des dizaines d'emplois aux pêcheurs du Nunavut, les exigences en matière de quarantaine en empêchent certains de voyager, et le nombre limité de vols a laissé les pêcheurs du territoire bloqués et incapables de se rendre aux bateaux à plusieurs reprises ».

La pêche nordique est un puissant levier pour l’économie locale du Nunavut, qui dispose d’un marché et d’un espace stratégique largement convoités par les grandes puissances mondiales. La Chine et le Japon sont les premiers consommateurs du turbot capturé en Arctique. Ils sont également les premiers partenaires commerciaux du Nunavut dans le secteur de la pêche.

En 2019, le Canada a également déposé une demande pour un plateau continental étendu afin de réaffirmer sa présence dans l’Arctique, espace prometteur pour l’économie locale.

Néanmoins, malgré ces temps compliqués, Chris Flanagan reste confiant : « Pour la pêche d'été, nous prévoyons avoir beaucoup plus de débarquements et une opération beaucoup plus longue », mais il affirme que « la priorité numéro 1 » est de « prévenir la transmission de COVID-19 et de rester en bonne santé ».

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Crédit : Paul Einerhand sur Unsplash
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La pêche nordique est un puissant levier pour l’économie locale du Nunavut.

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  • Date de création 28 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 28 septembre, 2020
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