La pandémie va coûter cher

À l’issue d’une semaine plutôt calme sur le plan sanitaire (+ 2 cas entre le 31 mars et le 6 avril), les autorités provinciales commencent à estimer l’impact économique de la pandémie sur les comptes de l’Île.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«Nous devons rester vigilants, insiste Heather Morrison. Il faut aplatir la courbe, comme une crêpe.» La médecin hygiéniste en chef demande aux Insulaires de continuer à respecter les mesures sanitaires, tandis que les ministres MacKay (Croissance économique) et Hudson (Développement social et Logement) continuent de dévoiler de nouvelles aides économiques. Au menu des nouveautés de la semaine, le fonds de soutien au revenu permet de verser 750 dollars à ceux qui ont perdu leur emploi en raison de la crise ou qui ont perdu leur droit à l'assurance-emploi depuis, et qui sont en attente d'une aide fédérale comme la nouvelle prestation canadienne d’urgence.

Un budget en déficit, une dette qui grimpe

Le premier ministre Dennis King reconnaît que tous les programmes d’aide annoncés ces dernières semaines comportent des trous et peuvent ne pas convenir à toutes les situations. Un fonds «des situations spécifiques» d’un million de dollars est créé en ce sens. Il est dédié aux Insulaires qui ont perdu leur emploi et ne sont admissibles à aucun autre programme fédéral ou provincial. L’aide peut atteindre 1000 dollars. Les étudiants, eux, auront un programme spécifique qui est en cours de finalisation.

Ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer pourront percevoir une aide de 1000 dollars en trois versements pour les mois d’avril, mai et juin. L’argent sera versé directement aux propriétaires (renseignements sur les critères au 1-877-368-5770).

Toutes ces aides, auxquelles s’ajoutent les contraintes sanitaires, ont un impact sur les finances publiques. Darlene Compton estime que la bonne santé économique de l’Île lui permettra de traverser les turbulences et de s’en relever.

La ministre des Finances annonce toutefois un budget 2019/2020 à la baisse. Jusqu’alors, l’Î.-P.-É. aurait pu terminer l’année fiscale dans le noir, avec 2,5 millions de dollars de surplus au 31 mars, selon elle. Le coronavirus change la donne, et c’est maintenant un déficit de 3,7 millions qui est annoncé. Les dépenses sont en baisse de 32,8 millions de dollars sur l’année, les recettes diminuent également de 38,4 millions par rapport au budget initial. La différence est due notamment à une chute de 5,2 millions de dollars des recettes fiscales, enregistrée principalement au cours du mois de mars.

Le fonds d’urgence qui permet de financer toutes les aides, initialement doté de 25 millions de dollars, est porté à 40 millions pour anticiper les besoins à venir. Cet argent est emprunté et s’ajoute à la dette à long terme de la province, ce qui n’inquiète pas outre mesure Darlene Compton, «rassurée» par ses discussions avec les créanciers.

Plus de 20 000 employés sur le carreau en mai

Dans sa «mise à jour économique», publiée la semaine dernière, la province prévoit une croissance négative pour l’année 2020, une récession dont la sévérité s’accroît avec la durée de l’urgence sanitaire.

L’impact sur l’emploi est aussi une source d’inquiétude. Selon Dennis King, 10 000 Insulaires auraient d’ores et déjà fait une demande d’assurance-emploi. 17 500 employés seront touchés fin avril, et 20 200 fin mai, d’après les prévisions. Ces chiffres incluent ceux qui perdent des heures, qui sont au chômage technique ou en congé temporaire. «Le retour des embauches et de l’emploi, en dehors des secteurs en demande comme la santé, est lié au relâchement des consignes d’éloignement social», peut-on lire dans le document. Mais si les restrictions sanitaires sont levées en juin comme on l’espère aujourd’hui, il n’y aura pas de retour à la normale avant septembre.

Les secteurs qui vont perdre le plus d’emploi durant les prochains mois sont l’hôtellerie et la restauration, la culture et les loisirs, suivis par la construction et le commerce. La part du tourisme dans le PIB et l’emploi de la province est la plus élevée au pays. Les arrivées de paquebots au port de Charlottetown sont revues à la baisse, à moins 17%.

Du côté de l’immigration internationale, qui a une incidence sur la croissance économique, les autorités comptent toujours accueillir 2 300 nouveaux arrivants à l’Île cette année, bien que «le calendrier soit incertain».

Ces nouvelles perspectives ternissent un bilan 2019 remarquable : l’Î.-P.-É. a eu la croissance économique la plus élevée au pays, et la seconde en matière d’emploi. Tant que la pandémie dure, il s’agit de «mettre de l’argent dans la proche des Insulaires», pour reprendre la formule de Dennis King. L’heure des comptes définitifs sera pour plus tard.

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PHOTOS :  Darlene Compton, ministre des Finances (Courtoisie)

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  • Date de création 6 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 6 avril, 2020
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