IJL - Ouest

La COVID-19 s’invite dans l’enseignement universitaire en santé

La seconde vague de pandémie de la COVID-19 déferle sur les provinces de l’Ouest, du Manitoba à la Colombie-Britannique. Les systèmes de santé provinciaux et leurs professionnels sont secoués et les étudiants en sciences infirmières ne sont pas en reste. La plupart des conséquences négatives sur leurs stages cliniques, leurs cours en classe et leurs examens pratiques semblent cependant avoir été minimisés, du moins en partie.

Marie-Paule Berthiaume

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Selon le professeur d'anthropologie médicale au Campus Saint-Jean à l'Université de l'Alberta,  Boniface Bahi, la conjoncture pandémique entraîne des exigences sévères sur la distanciation physique pour tous les programmes universitaires qui comportent des laboratoires, et surtout des stages. Selon lui, la qualité et la rareté des stages sont de réels enjeux. « Parce que le stage, explique-t-il, nécessite un maître, une maîtresse pour guider. Et la plupart de ces contacts-là ont été suspendus par l'exigence de l'enseignement en ligne. »

La perception semble différente chez les enseignants qui offrent des cours pratiques en sciences infirmières. Pour la professeure et coordonnatrice des laboratoires au programme à l’École des sciences infirmières et des études de la santé à l’Université de Saint-Boniface, Cora-Andrée Martin, la validité du contenu reste la même malgré la pandémie. « Par le biais de la restructuration pédagogique imposée par les restrictions de la COVID-19, ajoute-t-elle, nous avons même ajouté plusieurs outils supplémentaires et diversifié nos programmes. Nous nous dirigeons vers un contenu qui se veut supérieur à long terme. »

Même son de cloche chez la professeure de la Faculté en sciences infirmières de l'Université de Regina, Léonie Mvumbi-Mambu, qui soutient que ce n’est pas le contenu, mais bien le mode de livraison du programme qui a changé. Selon elle, ses étudiants au Baccalauréat collaboratif en sciences infirmières, option bilingue, sont évalués de la même façon et avec la même rigueur. « Lorsqu'on est en sciences infirmières, partage-t-elle, on apprend à travailler dans des situations qui peuvent changer d'un moment à l'autre, à n'importe quelle vitesse. »

La perception étudiante

Léanne Marchildon et Solène Laroche, toutes deux étudiantes en sciences infirmières à l’Université de Saint-Boniface, considèrent la validité du contenu de leur diplôme équivalente à la réalité pré-pandémie et elles se disent satisfaites de l’engagement de leurs enseignants qu’elles qualifient de supérieur en temps de pandémie. Léanne Marchildon fait écho à la professeure Léonie Mvumbi-Mambu en affirmant avoir été préparée tout au long de sa formation à naviguer en pandémie. Mais la théorie, rappelle-t-elle, est souvent bien différente de la pratique. « Même les professionnels de la Santé qui travaillent depuis plusieurs années dans le domaine, observe-t-elle, se sentent un peu perdus en ce moment. »

Le plus grand défi, rencontré par les deux étudiantes à l’école, est lié à l’impossibilité de pratiquer afin de maîtriser une technique particulière ou de la perfectionner. L'Université, étant fermée, ne donne qu’un accès par semaine aux étudiants des niveaux inférieurs avec la conséquence que les étudiants de quatrième année n'ont plus accès au laboratoire. « J'espère qu'il y a aura des changements, souhaite Solène Laroche, comme ça quand on commencera notre grand stage, on pourra au moins pratiquer les techniques importantes. » Léanne Marchildon rappelle qu’« on peut pratiquer à la maison, mais il y a quand même plusieurs limites à ça. »

Les défis anticipés sur le marché du travail

Les étudiantes reconnaissent une embûche majeure aux stages et à l’entrée prochaine sur le marché du travail dans la nette diminution du soutien habituellement apporté par les infirmières à l’hôpital. Les besoins l’exigeant, les nombreux remaniements effectués depuis la pandémie amènent les infirmiers à être déplacés sur des unités pour lesquelles elles ne sont pas spécialisées. Léanne Marchildon rapporte que les infirmiers, lors de son stage, semblaient « apprendre un nouveau métier ».

Et selon Solène Laroche, « il peut être stressant et frustrant pour une infirmière de continuellement être déplacée dans des unités où elle n’a aucune expérience ». Réalité sur laquelle le professeur Boniface Bahi s’est récemment penché lors d'une conférence qu’il a animée sur « ce qu'ils appellent la réorganisation du rapport professionnel en milieu hospitalier dans la conjoncture de la pandémie ». Selon lui, certains départements comme celui de la réanimation sont plus complexes que d’autres à remanier.

Boniface Bahi met aussi en lumière les situations de stress psychologique causées par les rapports interpersonnels dans les hôpitaux où les étudiants en stage et les employés subalternes sont les « maillons faibles » de l’appareil hospitalier. Selon lui, la pandémie a encouragé des relations de pouvoir malsaines, amplifiant ainsi le harcèlement insidieux.

En dépit de tout cela, la professeure Cora-André Martin rappelle que la conjoncture pandémique facilitera l’entrée sur le marché du travail des étudiants qui « seront accueillis à bras ouverts, avec anticipation, voire avec une certaine convoitise de la part des employeurs potentiels. Ils auront l’embarras du choix en début de carrière. »

-30-

Bas de vignettes

- La professeure de la Faculté en sciences infirmières de l'Université de Regina, Léonie Mvumbi-Mambu.
(gracieuseté de Léonie Mvumbi-Mambu)

-L’étudiante en sciences infirmières à l’Université de Saint-Boniface, Solène Laroche.
(gracieuseté de Solène Laroche)

-L’étudiante en sciences infirmières à l’Université de Saint-Boniface, Léanne Marchildon.
(gracieuseté de Léanne Marchildon)

- La professeure et coordonnatrice des laboratoires au programme à l’École des sciences infirmières et des études de la santé à l’Université de Saint-Boniface, Cora-Andrée Martin.
(gracieuseté de Cora-Andrée Martin)

- Le professeur d'anthropologie médicale au Campus Saint-Jean à l'Université de l'Alberta,  Boniface Bahi.
(gracieuseté de Boniface Bahi)

-Université de Saint-Boniface
(gracieuseté de l’Université de Saint-Boniface)

-Campus Saint-Jean
(gracieuseté du Campus Saint-Jean)

-30-

 

  • Nombre de fichiers 8
  • Date de création 2 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 2 décembre, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article