La COVID-19 met de l’avant la réalité des femmes francophones

La pandémie de la COVID-19 met de l’avant des lacunes dans plusieurs secteurs de la société canadienne et les femmes francophones sont loin d’être épargnées par ses effets. Depuis le début, de nombreux organismes réclament notamment de l’aide pour lutter contre la violence conjugale envers les femmes et de l’appui pour les mères monoparentales en situation de télétravail. La directrice générale de l’Association des femmes francophones du Canada (AFFC), Soukaina Boutiyeb, est catégorique : il faut s’assurer de penser aux femmes dans les milieux francophones en situation minoritaire afin d’adéquatement combler leurs besoins.

Chris St-Pierre — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

D’après Mme Boutiyeb, la situation des femmes sur le marché du travail est moins que convenable depuis le début de la crise sanitaire.

Dans un article publié sur le site Web La Conversation, deux expertes de l’Université Concordia de Montréal, Louise Champoux-Paillé et Claudine Mangen, soulignent qu’entre février et novembre 2020, le taux de chômage des femmes a grimpé de 40 %, passant de 4,5 % à 6,3 %, contre 25 % pour les hommes (de 5,4 % à 6,8 %).

Celles qui travaillent encore seraient plus fréquemment appelées à faire du télétravail. Cette option serait d’autant plus favorisée lorsque l’apprentissage en ligne est inévitable, ce qui selon la DG de l’AFFC, devient extrêmement exigeant pour les mères qui doivent s’occuper de leurs jeunes.

« Le parent doit être avec l’enfant, doit l’appuyer, doit l’aider durant toutes les heures et tâches que l’enfant fait, décrit Mme Boutiyeb. On demande à la mère d’être à 120 % au travail à temps plein en plus d’être avec ses petits durant ces heures-là. Cela a un énorme impact sur les femmes, entre autres sur leur santé mentale. »

Les chercheuses de Concordia suggèrent notamment de diviser les tâches domestiques afin de les aider. Quant aux entreprises, elles peuvent assouplir leurs normes de télétravail pour appuyer les mères monoparentales.

Cependant, selon Soukaina Boutiyeb, les obstacles ne sont pas qu’à la maison ou au travail. Elle avance que les conséquences de la pandémie vont « au-delà du marché du travail ». L’accès aux services de santé ou de justice en français et l’équité salariale ne sont que quelques-uns des nombreux dossiers qui ont souffert sous la COVID-19.

« Malheureusement, la liste [de problèmes] est longue, se désole-t-elle. Il y a des iniquités au sein de notre société qui n’ont pas été des priorités pour nos gouvernements depuis plusieurs années, qui, quand on les laisse aller, vont retarder les choses encore plus. »

Une fois la pandémie terminée, Soukaina Boutiyeb croit qu’il est important de bâtir une économie « équitable qui priorisera les femmes dans nos communautés ». Elle souhaite surtout diminuer, voire éradiquer, les cas de violences commises envers les femmes, s’assurer que les femmes aient accès aux services en français de leur communauté et appuyer celles qui demeurent sur le marché du travail.

Les organismes s’inspirent de la MOFIF

Le Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF) a été une source d’inspiration pour beaucoup d’organismes semblables à travers le pays qui cherchent à aider les nouveaux arrivants.

Tout comme son homologue de l’AFFC, la directrice générale du MOFIF, Carline Zamar, constate que la COVID-19 a eu un effet important sur la vie des femmes. Son adaptation rapide à la pandémie a fait sonner son téléphone dans les mois qui ont suivi.

« Ils aimaient notre façon de faire, partagent Mme Zamar. On a appuyé de nombreuses organisations du Canada, de l’extérieur et de l’Ontario, qui cherchaient des conseils pour réussir un virage virtuel. »

Plusieurs programmes de placement et d’appui existent en Ontario, mais Mme Zamar estime que son organisme est l’un des seuls offrir un programme en ligne dédié spécifiquement aux femmes affectées par la pandémie, surnommé « Les coups de cœur du MOFIF ».

Une participante d’origine colombienne, Rosa Castrillón, se dit chanceuse d’avoir découvert le programme il y a un an. Depuis sa première rencontre sur la plateforme Zoom, elle dit en avoir appris « beaucoup sur la santé mentale. [Le MOFIF] offre des activités, des ressources et des experts dans le domaine. »

Depuis le lancement de l’initiative, le MOFIF travaille avec la Société économique de l’Ontario pour offrir du soutien additionnel aux femmes à la recherche d’un emploi. Carline Zamar salue la disponibilité des directeurs généraux d’organismes francophones à travers le pays, qui ont été nombreux à partager des idées et conseils durant la dernière année.

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SoukainaBoutiyeb-affc : La directrice générale de l’Association des femmes francophones du Canada, Soukaina Boutiyeb. (Crédit : AFFC)

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  • Date de création 27 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 28 janvier, 2021
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