La confiance des Canadiens dans la vaccination s’érode

Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke réalisent depuis plusieurs mois, avec des universitaires d’autres pays, une vaste étude sur «l’influence des stratégies de communication et des discours dans les médias sur la réponse psychologique et comportementale des populations face à la COVID-19». Leurs derniers résultats montrent une tendance inquiétante en ce qui concerne la confiance envers les vaccins.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Les résultats publiés en 2020 par l’Université de Sherbrooke montraient que les Canadiens sont moins sensibles à la désinformation que d’autres, même si un sur quatre avait tendance à croire aux théories du complot (lire La Voix acadienne du 23 septembre 2020). Ce mois-ci, les chercheurs publient les résultats d’un troisième sondage, réalisé en novembre. Et les résultats sont similaires.

«C’est inquiétant que ça se maintienne au même niveau alors qu’on en sait plus sur la maladie, qu’il y a plus d’informations disponibles», commente Marie-Ève Carignan, l’une des membres de cette équipe de recherche, spécialisée en communication. «De 6 à 7 % des répondants croient même fortement aux énoncés complotistes sur la COVID-19.»

Plus inquiétant, seulement 59 % des Canadiennes et des Canadiens souhaitent recevoir le vaccin contre la COVID-19, alors que les résultats obtenus en juin dernier pour le même sondage indiquaient que 68,3 % des gens y étaient favorables. La proportion d’indécis a augmenté, passant de 17,9 % à 26,4 %.

La désinformation pointée du doigt

«Des gens qui étaient pour se faire vacciner en juin ont migré vers l’indécision», poursuit Marie-Ève Carignan. Pourquoi? Il y a plusieurs hypothèses. La vitesse à laquelle le vaccin a été homologué et distribué est notamment un point d’interrogation pour les personnes indécises. Les fausses nouvelles contribuent aussi à ce résultat. «Beaucoup de rumeurs ont circulé sur les vaccins : qu’ils modifient l’ADN ou qu’ils contiennent des micropuces. Et nos résultats montrent que ceux qui adhèrent à cette désinformation ont tendance à être plus indécis, explique la chercheuse. Il y a lieu de se questionner sur l’impact potentiel des idées conspirationnistes en termes de santé publique au Canada.» Elle note cependant que la tendance est la même dans les autres pays étudiés.*

L’équipe de chercheurs s’intéresse aussi à l’efficacité des messages officiels sur la COVID-19. Pour Marie-Ève Carignan, la copie est à revoir au pays. «Il y a beaucoup de messages répétitifs sur les doses reçues, mais les gens ont besoin de connaître les avantages, les inconvénients, les effets indésirables, ajoute-t-elle. On entend très peu de choses sur ces sujets, on entend plutôt des messages “Faites-vous vacciner” lancés comme “Portez le masque”.»

Des résultats qui peuvent encore changer

Les résultats suggèrent également que les personnes qui consultent déjà les sites officiels pour chercher de l’information sont celles qui adhèrent le moins au complotisme. «C’est pas eux qu’on va rejoindre, mais ceux qui s’informent ailleurs, sur les médias sociaux, explique Marie-Ève Carignan. C’est tout un défi d’apporter des informations validées sur ces plateformes-là. Il faut un plan d’action pour inverser la tendance.»

Signe d’optimisme, les choses peuvent bouger. «L’étude montre que certains qui disaient oui au vaccin ont changé rapidement d’avis, ça peut aller dans les deux sens», note la spécialiste. L’enjeu est de taille, sachant qu’il faut vacciner 70 % de la population au moins pour atteindre l’immunité collective et ainsi espérer en finir avec la pandémie de COVID-19.

*Les pays participant à l’étude internationale dirigée par l’Université de Sherbrooke sont l’Angleterre, la Belgique, le Canada, les États-Unis, Hong Kong, la Nouvelle-Zélande, les Philippines et la Suisse. Environ 9000 personnes sont sondées en tout, dont 2000 au Canada.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Marie-Ève Carignan est professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke, spécialiste en communication, et directrice du Pôle Médias de la chaire Unesco en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. (courtoisie - François Lafrance - Université de Sherbrooke)
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  • Date de création 22 février, 2021
  • Dernière mise à jour 22 février, 2021
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