«J’étais pas mal frustré»

Jean-Paul Arsenault est sorti il y a quelques jours de son auto-isolement à Charlottetown. Durant les 14 jours où il est resté chez lui avec sa femme, il a écrit ses pensées sur son blogue.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«J’ai eu le temps de réfléchir», lance Jean-Paul Arsenault à l’issue de sa quarantaine forcée. Le retraité est plus habitué à bouger qu’à rester enfermé à la maison. Marche, vélo, « le conditionnement physique, c’est quelque chose de très important pour ma femme et moi».

Début mars, il était encore en Floride avec son épouse Elva, pour faire des randonnées cyclistes. «C’était prévu qu’on y reste de février à avril», raconte-t-il. Malheureusement, compte tenu de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis et au Canada, le couple décide de rentrer au pays mi-mars, et entame trois jours de route pour remonter de Floride jusqu’à la frontière canadienne.

Personne à New York

En trajet, Jean-Paul Arsenault se trompe d’itinéraire avec son GPS et se retrouve sur l’autoroute qui file droit vers New York City. «Je m’étais promis de ne plus jamais le faire, explique-t-il en se remémorant de longs bouchons lors d’un précédent voyage. On est arrivé à 17h30, il n’y avait personne». La photo sur son blogue montre une route déserte, «c’était vraiment bizarre».

A la frontière, on leur pose les questions d’usage, plus quelques-unes sur leur santé et on leur remet les consignes d’isolement. Arrivés à Charlottetown, «nous avons sorti nos bagages de la voiture, nous avons fait attention à ne rien toucher dans le hall de l’immeuble et dans les couloirs avec nos mains, et nous nous sommes installés pour notre première nuit en auto-isolement», raconte le retraité dans son blogue (jean-paul-arsenault.blogspot.com)

Des amis ou des membres de la famille aident le couple pour les courses. Mais très vite, la question de sortir se pose. «Je voulais savoir si on pouvait faire une marche ou du vélo, explique Jean-Paul Arsenault. D’après Santé ÎPÉ, on pouvait prendre l’air en maintenant la distance physique avec les autres.» Son propriétaire ne l’entend pas de cette oreille, et leur dit carrément qu’ils n’ont pas le droit de sortir de leur appartement.

«J’étais pas mal frustré» confie-t-il. Loin de se désarçonner, il écrit à la Dre Heather Morrison pour lui demander de clarifier les recommandations, «à 22h43 un samedi». Elle lui répond dix minutes plus tard. «Je ne m’y attendais pas!», lance le retraité.

«Comme des hamsters en cage»

Le lundi qui suit, la médecin-hygiéniste en chef clarifie les choses : les personnes en auto-isolement peuvent se dégourdir les jambes, tant qu’elles respectent l’éloignement social. Le couple sort ainsi régulièrement durant la première semaine, tout en faisant attention aux autres.

«On prend cette situation très au sérieux, tout en essayant de garder un équilibre entre la responsabilité sociale, nos droits en tant qu’individus et notre propre santé et bien-être, raconte le blogueur sur son site. Je me suis lavé les mains plus souvent la semaine passée que durant les 66 dernières années !»

La semaine suivante, les règles changent. Heather Morrison demande maintenant aux personnes en auto-isolement de rester sur leur terrain s’ils prennent l’air. «Donc nous avons commencé à marcher de long en large sur notre terrain de stationnement. Comme des hamsters en cage, écrit-il. Mon GPS a enregistré 5,5 km de marche un jour.»

«En tirer quelques leçons»

Sa quarantaine prend fin début avril. Il reprend le vélo et ne comprend pas pourquoi les sorties en voitures sont déconseillées par les autorités : «Les gens sont tannés, ils ont besoin de sortir.»

Jean-Paul Arsenault se pose des questions sur les impacts de la pandémie sur nos habitudes sociales et sur l’économie, une réflexion engagée durant ses deux semaines d’isolement. «Je m’interroge sur les changements, explique-t-il. Quels seront les impacts sur les supermarchés, sur nos habitudes de travail, sur les bâtiments commerciaux, sur les centres d’achats?» Les dégâts sur l’économie touristique de l’Île l’inquiètent aussi. «On a fait beaucoup de croisières, mais j’aurais besoin de me faire convaincre pour remonter dans un navire comme ça», admet-il, pensant aux contaminations vues à bord de certains bateaux.

«Nos grands-parents ont vécu deux Guerres mondiales, la grippe espagnole, l’épidémie de polio, la Grande dépression. Leurs expériences leur ont appris le sacrifice, l’autonomie, le besoin de frugalité et de toujours garder un peu en réserve, philosophe-t-il sur son blogue. Du positif va émerger de la crise de la COVID-19, j’espère juste que nous serons assez intelligents pour en tirer quelques leçons.»

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PHOTOS : 1. Jean-Paul Arsenault prend l'air en respectant les consignes sanitaires, sur le terrain de stationnement de son immeuble. (Courtoisie)

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  • Date de création 6 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 6 avril, 2020
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