«Je ne peux pas imaginer le choc qu’ils endurent»

Christina Gallant MacLean est psychologue à la Public School Branch de l’Île-du-Prince-Édouard. Avec d’autres de ses collègues, elle intervient en ce moment à l’école Westisle, près d’Alberton, lourdement endeuillée par la perte de trois adolescents à deux semaines d’intervalle. Deux sont morts par noyade et un troisième a péri dans un accident de voiture.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local − APF – Atlantique

Christina Gallant MacLean, psychologue qui intervient à l’école Westisle, nous explique les défis que pose le processus de deuil chez les jeunes.

Est-ce que c’est la première fois que vous êtes confrontés à une situation comme celle-ci?

C’est ma cinquième année dans ce poste, avant je travaillais en santé mentale. Oui, c’est ma première expérience avec une perte soudaine et complexe.

Quelles sont les réactions face à ce drame?

Chez les adolescents, il y a des parties du cerveau encore en développement, notamment en ce qui concerne les raisonnements logiques, leurs émotions peuvent être assez intenses. Et dans cette communauté, il y a tellement de connexions entre les adultes, les enseignants, les jeunes, que tout le monde est touché.

En quoi consiste votre travail sur place?

Ce qu’on surveille, c’est que les adolescents ne prennent pas de risque. Car ils sont plus à même d’en prendre sans penser aux conséquences à long terme. Il faut qu’ils puissent trouver des lieux pour s’exprimer, qu’ils participent aux cérémonies, pour qu’ils aient une pleine expérience de leur deuil. S’ils s’enferment, ils risquent de s’éloigner et de se sentir plus isolés. Il y a des choses vraiment positives qui se passent : des chansons hommages, des collectes de fonds sont organisées pour aider les familles.

 Que doivent-ils faire, ne pas faire?

Avec des pertes tellement soudaines, on peut perdre l’appétit, avoir du mal à dormir. C’est très important de se forcer à manger. Si quelqu’un n’arrive pas à dormir plus qu’une couple d’heures chaque nuit pendant une semaine, c’est important de régler cela, car ça peut nuire à nos pensées logiques et mener à des réactions plus imprévisibles. Le physique nous aide à mieux gérer le psychologique. Cest très important aussi d’éviter lalcool et les drogues.

Les premières semaines sont les plus importantes, il faut retourner tranquillement à des routines, c’est très important pour gérer le deuil. Ça peut être difficile de retrouver la motivation pour retourner à l’école ou au travail, mais en retrouvant nos pairs, on lutte contre l’isolement.

Il faut aussi être flexible par rapport à soi-même, à ses attentes. C’est vraiment important de se laisser avoir une variété de réactions, de se respecter. Si on vit un moment plaisant, il ne faut pas se sentir coupable.

Aussi, il faut prendre des pauses avec les médias sociaux, qui peuvent mener à tellement de pensées négatives et de tristesse.

Est-ce que tout le monde peut aller de l’avant sans aide supplémentaire?

La plupart s’en sort, mais certains sont plus vulnérables, à cause de pertes qu’ils ont peut-être subies avant ces accidents, d’un manque de soutien dans leur vie ou de problèmes de santé mentale. On a mis en place du soutien à Westisle pour identifier ces personnes et les aider avec le conseiller d’école, l’équipe de bien-être ou un conseiller en santé mentale.

Je ne peux pas imaginer le choc qu’ils endurent avec les accidents qui se sont produits. Au début, ce sont des blessures intenses, physiques. C’est tout à fait naturel. Mais si ces symptômes physiques continuent, s’ils n’arrivent pas à retourner à l’école et à se réintégrer dans la vie, c’est le moment de chercher du soutien.

Quel est le rôle des parents, des enseignants?

Dans des situations comme à Westisle, les parents et les enseignants sont également en deuil et les mêmes conseils s’appliquent pour eux. Il faut qu’ils soient présents pour leurs enfants et honnêtes avec eux selon leur niveau de développement. Si ce sont de jeunes enfants, il faut leur donner une information simple, et laisser l’enfant guider la conversation. S’ils posent des questions, il faut laisser la porte ouverte à la discussion, être flexible.

Les évènements de la première année vont être vraiment difficiles. Il y aura les anniversaires, les fêtes de fin d’année, les tournois de hockey avec trois chaises vides. Il y aura une variété de réactions et de comportements pendant ces moments, et il faudra être patient avec les jeunes qui auront un deuil mal digéré.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Christina Gallant MacLean (Courtoisie
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  • Date de création 2 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 2 octobre, 2020
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