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Jason Kenney : L’homme mystère

Après trois ans à la tête du Parti conservateur uni (PCU) de l’Alberta, la population ne semble pas connaître véritablement son premier ministre, Jason Kenney. L’homme politique est souvent présenté comme cachottier et impénétrable. En fait, un sondage Angus Reid montre que l’appui de la population envers le premier ministre ne cesse de baisser.

Alyson Roussel

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Percer le personnage

Chef de son parti depuis trois ans, Jason Kenney laisse toujours planer le mystère sur sa gouvernance.

« On n’a pas appris grand-chose sur lui », dit le professeur adjoint en science politique au Campus Saint-Jean, Pascal Lupien. « Ces trois ans ont plutôt renforcé ce qu’on savait déjà, c’est-à-dire que c’est un homme pas très flexible ».

Les questionnements sur l’ancien membre du cabinet du premier ministre canadien Stephen Harper se traduisent dans les chiffres. Selon un sondage Angus Reid, la popularité de Jason Kenney a chuté depuis son élection à la chefferie du PCU. En juin 2019, le premier ministre avait l’appui de 61% la population albertaine. En septembre 2020, ce chiffre dégringolait à 42% dans les sondages.

Un homme peu flexible, peu charismatique qui dirige son parti avec une main de fer laissant peu de place aux autres, c’est la description donnée par les différentes personnes interrogées.

« À ce qu’on sait, c’est lui qui prend les décisions », met en évidence M. Lupien.

En 2018, le Nouveau parti démocratique albertain (NPD), alors au pouvoir, tentait de faire passer le projet de loi 14 pour protéger les patients et le personnel médical de manifestations pro-vie devant les cliniques d’avortement. Les membres du PCU, sous la gouvernance de Kenney, se sont précipités hors de l’assemblée législative, sans dire un mot, pour éviter de s’exprimer sur la question. Dans la seule journée du 5 avril 2018, les membres de l’opposition ont quitté l’assemblée douze fois.

L’ancien directeur général du conseil scolaire Centre-Nord, Henri Lemire, est outré.

« C’est certain que dans la gang, il devait y avoir des membres de son caucus qui étaient peut-être favorables aux mesures néo-démocrates, mais c’est interdit de parler, donc on sort! », commente-t-il.

Un manque de transparence

Le premier ministre albertain s’est souvent fait reprocher son manque de transparence et ses cachotteries.

Dès ses premiers jours en tant que chef du Parti conservateur uni, après la fusion des deux partis conservateurs de la province, le Parti Wildrose et le Parti progressiste-conservateur de l’Alberta, les partis d’opposition accusaient Kenney de sournoiseries après qu’une somme de 1,5$ million ait été dépensée lors de sa campagne à la chefferie.

En octobre 2019, quelques mois après leur élection à la tête de la province, les conservateurs annonçaient l’introduction d’un règlement sur les temps de débats à l’assemblée après qu’un débat sur les alliances gaies-hétéros ait conduit à une séance parlementaire de plus de 45 heures.

Gestion de la pandémie

La gestion de la COVID-19 par Jason Kenney ne récolte pas les appuis escomptés dans les sondages. Lors du retour des enfants à l’école à la fin août 2020, les parents et les partis d’oppositions demandaient plus de transparence. Un récent sondage Léger, en date du 17 novembre dernier, expose une insatisfaction de 59% des Albertains envers les actions prises par le gouvernement Kenney. Selon ce sondage, la population albertaine est la population canadienne la moins satisfaite de son gouvernement pendant la crise sanitaire.

« Je ne crois pas qu’il soit à l’écoute de la population. Peut-être dans sa tête », lance le professeur Pascal Lupien du Campus Saint-Jean.

Les demandes des francophones

Selon la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Sheila Risbud, la population franco-albertaine aimerait voir une issue favorable à la poursuite judiciaire sur l’avenir du Campus Saint-Jean et une progression de la politique sur le français en Alberta.

Depuis son élection, Jason Kenney a nommé une secrétaire parlementaire à la francophonie, Laïla Goodridge, qui refusait cet été de se prononcer en entrevue sur la question du Campus Saint-Jean.

« On sent vraiment que c’est un gouvernement rancunier », affirme Mme Risbud.

Elle pense que les coupes budgétaires mises en place par le gouvernement Kenney menacent la communauté francophone.

« On lui avait tendu la main, on avait des solutions, le montant qu’on cherchait de la province était assez modeste, dit-elle. Le gouvernement a fermé la porte et maintenant, on est en poursuite judiciaire ».

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Bas de vignettes

Le drapeau franco-albertain. (Gracieuseté de l'artiste Edward Plamondon)

La présidente de l'ACFA, Sheila Risbud. (Gracieuseté de Sheila Risbud)

Le professeur adjoint au Département de science politique au Campus Saint-Jean, Pascal Lupien. (Gracieuseté de M. Lupien)

L’ancien directeur général, pendant vingt ans, du conseil scolaire Centre-Nord, Henri Lemire. (Gracieuseté de M. Lemire)

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  • Date de création 24 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 24 novembre, 2020
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