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Interdiction de six produits en plastique à usage unique : quelles retombées sur la consommation zéro-déchets ?

L’élimination de certains plastiques à usage unique au pays en 2021 est perçue comme un bon premier pas par plusieurs commerçants en Colombie-Britannique. Le 7 octobre dernier, le ministre fédéral de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a annoncé l’interdiction de six produits en plastique d’ici la fin de 2021.

Gratianne Daum

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Un signal à la mer

Les pailles, les sacs en plastique, les bâtonnets à mélanger, les porte-cannettes, les ustensiles et les récipients alimentaires seront interdits de vente au Canada d’ici à la fin 2021.

Karine St-Onge, co-fondatrice du magasin Re :Plenish de Calgary, se réjouit de cette « importante étape pour réduire ces déchets », même si elle ponctue que cela ne puisse être la seule étape.

Lesley Roberts a ouvert l’un des tous premiers magasins zéro-déchets au Canada il y a 25 ans, Eco-Freako, situé sur la Sunshine Coast. Réaction hybride également : « C’est un pas dans la bonne direction, dit-elle, mais beaucoup peut encore être fait et il faut que cela soit fait bien plus vite ».

Elle rappelle le rôle que les citoyens doivent aussi tenir à cet égard pour faciliter la transition : « On peut choisir de bannir ces articles de nos vies, poursuit-elle. Plus vite on fera cela, plus vite les fabricants feront la transition vers une offre plus en respect de l’environnement ». Karine St-Onge le note à son tour : « [L’interdiction] encourage également les consommateurs à repenser leurs propres déchets personnels et pourrait peut-être même déclencher un mouvement plus agressif vers la réduction des déchets », espère-t-elle.

Linh Truong, co-propriétaire du premier magasin éco-responsable de Vancouver, The Soap Dispensary, salue aussi cette annonce, mais se dit déçue par les limites de ces interdictions. « J’aurais aimé voir plus de produits, tels que ceux en polystyrène et tous les gobelets à emporter doublés de plastique », étaye-t-elle.

Ce qu’elle trouve de positif cependant, c’est l’entrée en vigueur d’une contrainte légale : « Cela aura un impact fort d’avoir des règles qui vont forcer les industries et commerces à offrir des alternatives meilleures pour les consommateurs, dit-elle. Quand la ville de Vancouver a interdit les pailles et les emballages en polystyrène, on a observé que les commerces se sont conformés et ont trouvé des moyens pour respecter les règles. Je ne pense pas qu’ils l’auraient fait si cela ne leur avait pas été imposé. »

Prévision partagée par Karine St-Onge. « Cela obligera également les plus gros utilisateurs de ces articles comme les supermarchés, les distributeurs d'alcool, etc., à repenser leurs emballages et proposer des solutions créatives et respectueuses de l'environnement », déclare-t-elle.

Même son de plastique

Emmanuel Prinet a un pied dans le secteur du développement durable depuis plus de quinze ans, avec notamment deux participations au Sommet des Nations unies sur le développement durable. Il est co-fondateur de One Earth Initiative, un groupe de recherche et de sensibilisation aux questions environnementales autour des modes de production et de consommation, basé à Vancouver.

Lassé de voir que « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », il a en partie réorienté sa carrière. Joint par téléphone, il a néanmoins réagi à cette annonce, semblables aux nombreuses qu’il a déjà entendues. « C’est un bon premier pas », commence-t-il, tout en notant que cela aurait dû être fait il y a 30 ans. Il indique de plus que « le Canada, pour être crédible sur la scène internationale, se devait de montrer son action en raison de son importante contribution aux déchets plastiques, bien plus que d’autres pays. »

Au niveau des Canadiens, il voit aussi un signal : « On prépare psychologiquement les gens à changer », révèle-t-il.

De même, Karine St-Onge espère que « cela éveillera les consciences sur l’urgence de changer notre utilisation des emballages et la culture du gaspillage ». Cependant, elle ne voit pas là une opportunité d’affaires. « Non, je ne pense pas qu’il y aura une hausse de fréquentation, constate-t-elle. Le genre de personne qui fréquente notre magasin a probablement déjà fait ces changements depuis un bout de temps. »

Lesley Roberts prédit la même chose : « Je ne pense pas que notre commerce verra une hausse des ventes notable, témoigne-t-elle. Ou bien alors peut-être de maintenant à l’entrée en vigueur, mais par expérience, dès que les produits deviennent conventionnels et sont disponibles dans les commerces généraux, nos ventes diminuent. »

Emmanuel Prinet regrette cependant que l’initiative ne comprenne pas d’analyse de « l’impact négatif non anticipé ». Il s’interroge sur les solutions alternatives à ces produits bannis car, pour lui, il faut appréhender le problème de façon globale.

« Est-ce que ça [l’interdiction] ne posera pas encore plus de problèmes ? », se questionne-t-il. Il cite en exemple le recours aux produits à base d’amidon, estampillés compostables, mais qui ne le sont en fait que sous certaines conditions. Pour lui, c’est le problème des « vases communicants » que le gouvernement n’a pas intégré pour assurer la transition vers des gestes et une réduction des déchets réellement durables.

Si le gouvernement prévoit des améliorations au processus de récupération et de recyclage du plastique, Linh Truong partage ce point de vue : « Cela aurait eu un impact positif si la sensibilisation et l’aide à la mise en application faisaient partie du plan, énonce-t-elle. Je suis déçue de voir leur emphase sur le recyclage et non la réduction. »

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  • Date de création 19 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 19 octobre, 2020
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