«Il y a un vrai mouvement vers le bio»

Les producteurs biologiques de l’Île-du-Prince-Édouard ont tenu leur premier sommet mardi 1er décembre à Charlottetown. L’agriculture bio de la province est en pleine croissance. Mais le manque d’infrastructures et de terres fait encore obstacle à son développement.  

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

L’agriculture biologique ne s’est jamais aussi bien portée à l’Î.-P.-É. La pandémie semble avoir modifié les habitudes de consommation des insulaires. Depuis le début de la pandémie, ils ont de plus en plus le réflexe d’acheter local. «La COVID a montré notre dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales. En réaction, les gens souhaitent plus d’indépendance alimentaire, il y a un vrai mouvement vers le bio», assure Sebastian Manago, analyste de marché et fondateur de l'entreprise Double Hill Cidery. Certaines fermes bio, qui écoulent leurs produits sur le marché local, ont ainsi vu leurs ventes doubler, voire tripler cette année. Le bio de la province s’exporte également très bien. «En 2020, on a eu une croissance de 10 % à l’international. Ça a doublé en un an», se réjouit Sebastian Manago.

Alors que les fruits et légumes bio de l’Île sont vendus sur le marché local et dans les Maritimes, les céréales et oléagineux bio sont exportés dans d’autres provinces canadiennes et jusqu’aux États-Unis. «Il y a un énorme marché de la nourriture pour animaux aux États-Unis avec la production de poulets et dindes bio qui explose», explique Sebastian Manago.

Interdire le colza OGM à l’Île 

Un autre marché est à prendre selon l’analyste : celui du colza bio non OGM. «La demande est en hausse dans le monde entier et elle n’est pas satisfaite, observe-t-il. Car c’est très difficile d’avoir une production pure sans OGM avec le risque de pollinisation croisée.»  Le producteur de cidre propose ainsi l’adoption d’une loi qui interdirait la production de colza OGM dans la province. «Ça demande beaucoup de courage politique, reconnaît-il. Mais ça permettrait au colza bio d’avoir une place privilégiée sur les marchés mondiaux, d’exporter jusqu’en Asie.»

Si les marchés sont en pleine croissance, le manque d’infrastructures fait encore obstacle au développement de l’agriculture bio dans la province. Aujourd’hui, les fermiers ne mutualisent pas leurs ressources. «Nous devons créer des plateformes alimentaires pour qu’ils aient des lieux où mettre en valeur leurs produits, mais aussi un silo à grain centralisé pour qu’ils puissent mettre leurs productions en commun», détaille Karen Murchison, directrice de la Coopérative des producteurs certifiés biologiques de l’Î.-P.-É.. Un groupe de travail a été créé sur le sujet. La responsable espère que les premières plateformes alimentaires seront opérationnelles à l’automne 2021.

Un réseau des terres biologiques 

L’autre enjeu, c’est l’accès à la terre. Car l’agriculture biologique exige des terrains sans production conventionnelle depuis au moins trois ans. «C’est un défi», confirme Sebastian Manago. «Les propriétaires qui veulent louer leurs champs à des producteurs bio ne savent pas à qui s’adresser», ajoute Karen Murchison.

Pour résoudre le problème, les agriculteurs réfléchissent à la création d’un réseau des terres biologiques. «Ça nous permettrait de dresser un inventaire des parcelles disponibles, de savoir à qui elles appartiennent», explique la responsable. Elle évoque également la création d’un poste d’entremetteur pour faire le lien entre les fermiers bio et les propriétaires fonciers. Là aussi, un groupe de travail sera lancé en janvier 2021.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Photo Sebastian Manago : Selon Sebastian Manago, analyste de marché et producteur de cidre, il y a des opportunités à l'international pour du colza bio produit à l'Île. (Courtoisie)

Photo Sommet : De gauche à droite, Sebastian Manago, analyse de marché, Karen Murchison et Brian MacKay, respectivement directrice et président de la Coopérative des producteurs certifiés biologiques de l’Î.-P.-É., ont participé au premier sommet des producteurs bio organisé à Charlottetown le 1er décembre.

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  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
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