IJL - Ouest

Franck Bouilhol, le glacier du Nord

« L’hiver est tellement long qu’on ne peut pas attendre l’été pour manger des glaces », affirme Franck Bouilhol, pâtissier-glacier français de 38 ans installé à Edmonton depuis 2014. Il nous raconte comment d’une rencontre amoureuse en Europe sont nées des saveurs de crème glacée à Edmonton, une des villes les plus froides au Canada.

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Marjorie Lezin

Initiative de journalisme local - APF

Tout débute en 2012 lorsqu’il rencontre Jen, jeune Saskatchewanaise, venue pour un tournoi de sport en Europe. Ils se marient en juillet 2014 et s’envolent définitivement pour le Canada le mois suivant.

« Je suis arrivé en août 2014 avec ma femme, un visa de touriste et l’envie de construire une famille » raconte Franck. « À cette époque, l’Alberta recherchait beaucoup de francophones, notamment ceux qui avaient un métier spécialisé », ajoute-t-il. Doté d’une formation de pâtissier-glacier  et d’une solide expérience dans ce domaine, Franck obtient la résidence permanente en février 2015.

Dès le mois suivant, il crée sa propre marque « Fanfan Pâtisserie » avec seulement 500 dollars d’investissements et « une mallette d’équipements que j’ai encore », précise-t-il. Il loue un local alimentaire à la Cité francophone dans lequel il crée pâtisseries, viennoiseries et autres délices sucrés. Il distribue sa production sur 3 points de vente : Café Bicyclette, Da Capo Café et Café Bureau  en plus d’offrir un service de traiteur.

En juillet 2017, Franck ouvre les portes de sa pâtisserie située sur la 80e Avenue et la 104e  Rue, en plein cœur d’un quartier dynamique d’Edmonton. Accompagné d’une seule employée, il vit un vrai débordement dès l’ouverture. Six mois après son ouverture, la pâtisserie bat son plein et le service de traiteur ne cesse de croître. Franck embauche alors deux autres personnes.. C’est à cette époque que naît leur 1er petit bonhomme, en septembre.

Et la crème glacée vint

« Pendant l’été, les écoles sont fermées et les Edmontoniens partent en vacances. Je me suis donc mis à la recherche de nouveaux produits qui intéresseraient les clients », explique-t-il. Les festivals et la crème glacée apparaissent comme un duo gagnant.

Il participe au « Taste of Edmonton Festival » et au « Rocky Mountain Food and Wine Festival » tout en continuant de produire pour la pâtisserie. Ce rythme intense dure jusqu’à Noel 2018 et les commandes ne cessent d’augmenter, « tout comme mes heures », ajoute-t-il. « Je commençais à 3h le matin et finissais vers 17h . Un soir, je rentrais chez moi, mon fils de 2 ans m’a vu et m’a dit au revoir. Il avait l’habitude de me voir partir au travail, mais ce soir-là, ça m’a fendu le cœur . C’était juste boulot, boulot, boulot », raconte Franck avec une certaine émotion. « Il fallait que je trouve un moyen d’avoir du temps familial.».

Il décide de concentrer ses efforts sur la production de gelato et de les distribuer plus largement à travers Edmonton. « Les ventes étaient toujours en constante augmentation », raconte Franck. Pour ce jeune glacier, l’idée qui lui paraît la plus viable est de participer aux marchés d’Edmonton tout au long de l’année et aux festivals durant l’été.

Au printemps 2019, Franck ouvre un kiosque au sein du nouveau marché Bountiful Farmers Market. La réponse est rapide et positive. « J’ai reçu un formidable accueil de la part des clients et des vendeurs dès l’ouverture du marché » reprend Franck.

Il baptise la nouvelle entreprise Little Bear Gelato.  « C’est le nom de l’entreprise que j’ai choisi en rapport au surnom donné à mon fils ainé », souligne-t-il. « Un soir, je le regardais assis à table, un pot de crème glacée à la main et j’ai eu un déclic. »

Après quelques mois, il décide de fermer la pâtisserie définitivement. « Je n’avais plus de temps ni d’employés », précise-t-il.

Début 2020, tout va bien. Les ventes de « Little Bear Gelato » se stabilisent, le quotidien de Franck aussi, « avec des heures convenables », ajoute-t-il avec un sourire de satisfaction.

Mais, en mars, la COVID-19 fait son apparition entraînant de nouvelles façons de consommer, de vivre et de partager. Pour Franck, comme pour beaucoup d’autres, il faut improviser. « En deux jours, j’ai monté un site Web de livraison sur lequel on peut retrouver toutes les saveurs de pintes et gâteaux glacés. C’est un gros succès, j’en suis à 35 livraisons en moins de 10 jours ». Quant au marché, il explique que ses ventes restent stables. « Certes, il y a moins de fréquentation, mais les clients stockent plus. Je n’ai jamais vendu autant de Bubble-gum et de chocolat de ma vie », ajoute-t-il en souriant.

Malgré que l’avenir soit incertain, Franck continue son chemin comme il l’a commencé, avec enthousiasme et détermination.

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PHOTOS

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Franck Bouilhol à son stand du marché « Bountiful Farmers Market »

Crédit : Marjorie Lezin,

 

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Franck Bouilhol

Crédit : Marjorie Lezin

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  • Date de création 7 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 7 avril, 2020
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