Fin de la session d’automne, le budget d’immobilisation adopté

L’Assemblée législative de l’Île-du-Prince-Édouard  a terminé, vendredi 4 décembre, ses travaux pour 2020. Un peu moins d’une trentaine de projets de loi ont été adoptés, dont celui sur les enfants. Le budget d’immobilisation est passé malgré les crispations sur certains postes de dépenses. L’affaire du test d’anglais pour les diplômés du Collège de l’Île est revenue dans les débats.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Vendredi 4 décembre, les députés de l’Î.-P.-É. jouent les prolongations à 13 heures, continuant de voter les derniers textes législatifs qui restent sur la table. Quand la lieutenante-gouverneure Antoinette Perry arrive finalement en Chambre, elle donne la sanction royale sur une trentaine de projets de loi. Certains textes  sont cosmétiques, comme la modification à la Loi sur les shérifs, qui supprime le masculin dans le texte, ou la loi sur les films, qui est purement abrogée (elle ne concernait que les cassettes VHS).

La moitié des verts s’abstiennent sur le budget

D’autres sont plus importants, tel que la nouvelle Loi sur les enfants. Le premier ministre Dennis King évoque un «travail énorme» sur ce texte de 80 pages, qui contient 104 articles. Il modifie en profondeur les règles pour la garde des enfants lors des procédures de divorce, en mettant l’intérêt de l’enfant en avant, et adapte la législation provinciale aux récentes modifications apportées au niveau fédéral sur le sujet.

Les députés adoptent également ce vendredi-là le budget d’immobilisation, que le Parti vert a fortement critiqué, notamment pour la place accordée aux rénovations de routes, comparée au reste. Les libéraux aussi ne semblaient pas ravis, surtout en ce qui concerne les investissements en santé mentale.

Pourtant, le projet de loi passe sans encombre, avec 19 voix pour (la majorité, trois libéraux, trois verts), 3 contre (2 libéraux, 1 vert) et quatre abstentions (4 verts). Peter Bevan-Baker refuse notamment de se prononcer sur ce texte, se disant «consterné» par certains aspects, mais ajoutant «ne pas vouloir faire tomber le gouvernement» (et ainsi déclencher des élections). Dennis King regrette cette attitude (aussi critiquée côté libéral) et tacle son opposant : «En tant que leader, je n’ai pas le loisir de m’abstenir.»

Parmi les autres textes qui sont adoptés, citons celui porté par les verts concernant les objectifs climatiques de la province. Il fixe à 2040 la limite pour atteindre zéro émission nette.

Côté libéral, la proposition de Gord McNeilly créant un «jour du bien-être» le dernier vendredi de janvier est adoptée à l’unanimité. Dans les écoles, les élèves auront plus d’activités physiques ce jour-là, qui ne sera pas férié, précise le texte. Un autre projet de loi, porté par le libéral Hal Perry, crée une journée de sensibilisation au syndrome de Down (ou trisomie 21) le 21 mars.

Le test d’anglais pour les infirmières bilingues pose encore question

Les périodes de questions ont été l’occasion de discuter d’autres sujets d’actualité. Vendredi, Trish Altass des verts questionne James Aylward sur les exigences linguistiques imposées aux infirmiers et infirmières diplômés du Collège de l’Île. La députée verte évoque un courriel reçu de la part d’une ancienne élève : «Pendant la dernière semaine de ses études, elle a appris qu’elle devait passer un test d’anglais pour travailler à l’Île parce que sa première langue n’est pas l’anglais, même si elle est bilingue.» Elle interroge alors le ministre de la Santé, lui lançant : «Pourquoi votre gouvernement permet cela, surtout dans une période de pénurie?»

James Aylward avait effectivement mentionné deux jours plus tôt, en réponse à une question des libéraux, que le manque de personnel bilingue oblige la province à chercher des infirmières au Québec. De plus, selon un récent article de CBC, la coopérative Le Chez-Nous à Wellington ne peut pas ouvrir une aile flambant neuve faute d’employés. En réponse à Trish Altass, le ministre ne donne pas plus d’éléments que la semaine passée. Si elle souhaite en premier lieu que les élèves puissent passer le test à l’Île, ou en ligne, Trish Altass confie en entrevue que «sur le long terme, il faudra une discussion avec l’ordre professionnel réglementaire» pour modifier les exigences.

Vers la fin du changement d’heure?

Jeudi, le député libéral, Heath MacDonald, s’interroge sur l’opportunité de créer un site d’injection supervisée à Charlottetown pour les personnes souffrant de dépendance aux drogues, alors que 12 personnes sont mortes depuis le début de l’année de surdoses dans la province. Selon le député MacDonald, il y avait 39 sites d’injection supervisée au Canada en juillet 2019 (aucun à l’Î.-P.-É.). Il évoque notamment l’Alberta, où la présence de tels lieux a, selon lui, fortement contribué à réduire les risques. Le ministre de la Santé ne ferme pas la porte à une telle initiative. Il rappelle l’existence d’un programme d’échange de seringues et évoque une future «ligne téléphonique de prévention des surdoses.» Pour Heath MacDonald, c’est avant tout une question de «dignité» et de «sécurité» pour les personnes souffrant de dépendances.

Côté progressiste-conservateur enfin, le député de Montague-Kilmuir, Cory Deagle, a déposé un projet de loi pour supprimer le changement d’heure à l’Île (non débattue encore). Il souhaiterait que la province reste en permanence à l’heure avancée, mettant en avant les risques pour la santé mentale et les accidents plus nombreux liés à l’heure d’hiver. Dennis King déclare qu’il portera le sujet au niveau des Maritimes auprès de ses homologues.

Les députés se retrouveront en février 2021. Le nouveau calendrier législatif entrera alors en vigueur, avec notamment la suppression des sessions du soir.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Heath MacDonald des libéraux souhaite la création d’un site d’injection supervisée pour réduire les risques de surdose et aider les personnes souffrant de dépendances. Selon lui, le nouveau campus en santé mentale qui sera créé à Charlottetown pourrait servir de site pilote.
  2. Dennis King se félicite d’une session d’automne qu’il juge productive. Si l’adoption du budget d’immobilisation est une pièce importante des travaux parlementaires, le premier ministre retient aussi l’adoption de la Loi sur les enfants qui a demandé un «travail énorme».
  3. Trish Altass a remis sur la table le sujet du test d’anglais imposé aux infirmiers et infirmières auxiliaires diplômés du Collège de l’Île. La députée verte aimerait que ce test puisse être réalisé à l’Île ou en ligne, et que le coût, 300 dollars, soit pris en charge, pour aider les étudiants. «Sur le long terme, il faudra une discussion avec l’ordre professionnel réglementaire» sur le bien-fondé du test, explique-t-elle.
  4. La lieutenante-gouverneure, Antoinette Perry, a donné la sanction royale sur tous les projets de loi adoptés durant cette session.
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  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
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