Feux de forêt : l’Île-du-Prince-Édouard brûle aussi

L’Île-du-Prince-Édouard est en proie à une saison des feux de forêt intense. Déjà onze incendies ont éclaté et le dernier en date, près de la rivière Murray, a été particulièrement violent. Chaleur, sécheresse, vent, toutes les conditions sont réunies pour que le feu se déclare partout dans la province.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Mike Montigny revient tout juste des bois près de la rivière Murray. Le directeur des services de lutte contre les incendies de la province est exténué, l’odeur de brûlé lui pique encore le nez. Lui et son équipe, ainsi que plusieurs brigades de pompiers volontaires, ont lutté pendant trois jours contre les flammes. «C’était vraiment un gros feu de forêt, très violent, très volatile», raconte-t-il.

Le responsable évoque la chaleur suffocante, la rapidité avec laquelle les flammes ont ravagé les arbres. Mais il s’estime chanceux : une route a bloqué la progression de l’incendie dont l’origine demeure toujours inconnue. Seulement trois hectares sont partis en fumée. «La végétation a profondément brûlé, ça va prendre du temps avant qu’elle se régénère», témoigne Mike Montigny, par ailleurs soulagé, car il n’y a eu aucune victime.

C’est le onzième feu de forêt qu’enregistre l’Î.-P.-É. depuis le début de la saison estivale, contre trois en moyenne ces dix dernières années. «Ils sont majoritairement d’origine humaine, contrairement à l’ouest du Canada où les feux sont souvent provoqués par la foudre, précise André Arsenault, écologiste forestier pour Ressources naturelles Canada. À l’Île, ce sont de petits feux, car la végétation est fragmentée, les champs ralentissent leur progression.» Mike Montigny confirme : «Ils font rarement plus de cinq hectares».

20 % de pluie en moins cette année

L’indice Forêt-Météo, qui mesure le risque d’incendie au Canada, est au plus haut dans la province. Les conditions météorologiques, «exceptionnelles» selon Mike Montigny, sont propices à la multiplication des incendies. Attisés par le vent, nourris par la chaleur et la sécheresse, ils s’intensifient.

«C’est tellement sec, je n’ai jamais vu ça depuis que j’ai commencé à travailler, se désole le responsable. Normalement, l’été, on a un taux d’humidité élevé et beaucoup de précipitations.» Cette année, l’Île a reçu 20 % moins de pluie par rapport à la normale. Selon la carte de surveillance de la sécheresse d'Agriculture Canada, mise à jour en juin 2020, le tiers [de la région] est de l'île est «anormalement sec» tandis que le reste de la province subit une «sécheresse modérée». «Le climat change, on n’a plus de précipitations régulières comme on en avait habituellement», constate Mike Montigny. «En juillet et août, on voit toujours plus de longues périodes se sécheresse, avec de fortes vagues de chaleur.»

Le phénomène risque de perdurer dans les décennies à venir. Avec les changements climatiques, les scientifiques s’attendent à deux fois plus de journées chaudes à l’Î.-P.-É. d’ici dix à trente ans. «Ça augmente d’autant le risque de feux de forêt», analyse André Arsenault,qui reste néanmoins prudent. «Ça pourrait être extrêmement variable d’une année sur l’autre, car une plus grande chaleur favorise également l’évaporation dans l’océan, susceptible de causer plus de précipitations en région Atlantique», ajoute le chercheur. Seule certitude, les saisons favorables aux feux de forêt se sont déjà allongées de 20 % en moyenne au niveau mondial.

Pas d’amélioration en vue

Cette année, les trois comtés de l’Île sont tous touchés par les feux de forêt, avec deux régions particulièrement à risque : la zone autour de la rivière Murray et celle aux environs de Miscouche. Mike Montigny appelle les insulaires à la plus grande prudence. «C’est très vite dangereux parce que l’Île est densément peuplée, les gens ont des chalets partout, dans les coins les plus inaccessibles», explique-t-il. 

Le temps sec annoncé pour les prochaines semaines ne va pas améliorer la situation. «Apparemment, on n’aura pas de pluie avant un bon moment», déplore le directeur. Pour éviter l’apparition de nouveaux brasiers, le gouvernement provincial a suspendu tous les permis de brûlage domestique et industriel. Seuls les petits feux de camp à des fins récréatives sont encore autorisés, hors du parc national de l’Île.

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 PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Incendie-1: Le feu de forêt près de la rivière Murray à l’Î.-P.-É. a brûlé 3 hectares de forêt au début août. (courtoisie)

Incendie-2: «La végétation a profondément brûlé, ça va prendre du temps avant qu’elle se régénère», témoigne Mike Montigny, directeur des services de lutte contre les incendies de la province. Avec ses équipes, il a lutté pendant trois jours contre les flammes. (courtoisie)

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  • Date de création 13 août, 2020
  • Dernière mise à jour 13 août, 2020
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