Fermier, «c’est pas une job, c’est une vocation»

Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l’Agriculture, était de passage à Charlottetown à l’occasion du congrès annuel de la Table pancanadienne de la relève agricole. Nous avons pu nous entretenir avec elle sur les défis et les obstacles qui attendent la nouvelle génération de fermiers au pays.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

La ministre l’a dit aux jeunes agriculteurs réunis le vendredi 6 mars à l’hôtel Delta, «c’est important pour moi de comprendre vos défis». Programme de gestion du risque, prêts à taux bas, elle a tenu à rassurer la nouvelle génération en martelant qu’Ottawa est à leurs côtés. Au détour des allées du congrès, plusieurs fermiers francophones racontaient leur réalité : coût des terres en hausse, besoin de travailler à côté, etc.

Le prix des terres est en hausse. Comment aider la jeune génération d’agriculteurs à prendre la relève?

C’est une responsabilité partagée. Mes collègues des provinces sont aussi préoccupés par la situation, car la gestion du territoire est provinciale. Le fédéral propose un accompagnement financier, à travers le programme de gestion des risques, des taux préférentiels. Mais ces programmes ne sont pas toujours adaptés aux jeunes, car il faut qu’ils aient un historique d’affaires. Ça a été porté à mon attention dernièrement, on va voir comment on peut travailler sur ça.

Est-ce qu’aujourd’hui, être agriculteur au Canada est encore un métier qui paie?

C’est difficile, les marges de profit sont minces dans certains secteurs. Quand on se lance, et ce n’est pas réservé à l’agriculture, on doit souvent travailler à l’extérieur. Ça dure habituellement quelques années le temps de lancer l’entreprise, mais c’est vrai, les marges sont difficiles. Quand le prix des intrants augmente, les fermiers ne sont pas en mesure de le répercuter sur les consommateurs, car les prix sont souvent fixés à l’échelle internationale, surtout à l’exportation. Comme je le dis souvent, c’est pas une job, c’est une vocation. Et heureusement, car c’est eux qui nous nourrissent, on a désespérément besoin d’eux et on ne leur dit pas suffisamment merci.

Pour lancer sa ferme faut-il être avant tout un bon chef d’entreprise?

Oui, il faut être entrepreneur pour être fermier. Il faut avoir ces compétences. Il faut faire son plan d’affaires, bien gérer ses risques, son stress, avoir un plan B.

Est-ce que la clé pour l’avenir, c’est de se démarquer, de proposer des produits différents, plus de bio?

Il y a de la place pour tout le monde. Au Canada, on a le privilège de nourrir la planète, on ne veut pas juste nourrir sa communauté immédiate. Je ne crois pas qu’on pourrait faire seulement de l’agriculteur de proximité, même si je pense que ça a beaucoup de vertu, ça inspire certains producteurs et c’est heureux comme ça. Mais il y a aussi de la place pour les grandes cultures.

La négociation d’accords commerciaux internationaux est-elle un bon signal pour les jeunes agriculteurs?

Ces accords ouvrent des marchés, des opportunités. Mais pour rester à la pointe, il faut se distinguer, chercher où sont nos avantages et miser là-dessus. C’est pour ça qu’on investit beaucoup dans la recherche, l’innovation, pour permettre à nos jeunes agriculteurs d’être plus efficaces et respectueux de l’environnement, plus résilients face aux changements climatiques. On les aide à s’adapter à notre nouvelle réalité, car on a besoin d’eux.

 

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Photos :

TPRA 5 – cr. Laurent Rigaux : Marie-Claude Bibeau, ministre de l'agriculture, a rappelé qu'elle est la première femme à occuper ce poste.

TPRA 6 – cr. Laurent Rigaux : De jeunes agriculteurs de tout le pays étaient réunis à Charlottetown pour partager leurs expériences et les défis auxquels ils font face.

 

 

 

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  • Date de création 9 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 9 mars, 2020
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