Face à la menace de la deuxième vague, l’Île-du-Prince-Édouard change de stratégie sur les masques

La province constate avec angoisse l’évolution de la seconde vague de COVID-19 dans le reste du pays, et dans le reste du monde. Afin d’éviter une crise sanitaire à l’Île, les autorités ont rendu obligatoire le port du masque dans tous les espaces intérieurs. Un changement de pied par rapport aux mois précédents.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Plus de 315 000 cas recensés au Canada en date du 19 novembre, pour 11 265 décès. La COVID-19 continue son travail de sape. Le nombre de cas déclarés quotidiennement, en moyenne sur sept jours, continue de croître, ainsi que les hospitalisations et les morts, selon les bilans nationaux.

Durant la semaine du 12 au 18 novembre, le Canada a ainsi enregistré en moyenne 4788 nouveaux cas et 100 décès par jour. La pandémie a même atteint le Nunavut, qui s’est mis en confinement total pour 15 jours. Le territoire n’avait encore aucun malade début novembre; il en compte désormais 71 (au 20 novembre), soit 3 de plus que tous ceux recensés à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) depuis 8 mois.

Les masques obligatoires à l’intérieur

L’Î.-P.-É. compte trois cas actifs et n’a toujours pas eu d’hospitalisation en lien avec la COVID-19. Malgré ces bons résultats, la crainte de voir une transmission communautaire dans la province pousse les autorités à prendre les devants. «C’est le moment d’utiliser tous les outils disponibles», a déclaré Heather Morrison lors de son point presse hebdomadaire, mardi 17 novembre. «La deuxième vague est à notre porte, avait-elle déjà dit une semaine plus tôt. Les masques sont ainsi obligatoires à l’Île-du-Prince-Édouard depuis vendredi 20 novembre dans tous les lieux publics intérieurs.

Cela concerne par exemple les magasins, les églises et autres lieux de culte, les bus et taxis et même les restaurants, sauf quand on mange ou boit. Cela concerne également les centres communautaires francophones, même si cela ne changera pas grand-chose, car ils sont rattachés aux écoles qui avaient déjà leurs propres exigences sur ce point. «On avait l’obligation de porter le masque avant cette semaine», confirme Monique Arsenault. La directrice du Centre Révérend S.E. Perrey à Tignish attend quand même des précisions de la part du gouvernement, notamment pour les employés qui travaillent déjà derrière une vitre en plexiglas.

La médecin hygiéniste en chef de l’Î.-P.-É. reste cependant fidèle à son crédo : le masque, même obligatoire, n’est pas la première ligne de défense contre le coronavirus. Distance physique, lavage des mains, rassemblements limités à l’intérieur sont les piliers de sa politique sanitaire, de même que l’auto-isolement des personnes arrivant depuis l’extérieur de la bulle Atlantique afin de se prémunir contre l’importation de la maladie.

Les voyages pour Noël fortement déconseillés

En prévision des fêtes de fin d’année, les personnes qui voudront venir à l’Île de provinces extérieures à la bulle Atlantique devront envoyer une demande via le programme «Soutien familial» avant le 1er décembre. Les Insulaires sont, quant à eux, fortement invités à ne pas sortir de la bulle en décembre, et même à rester à l’Île si possible.

La médecin hygiéniste mentionne une approche coopérative et non punitive concernant cette obligation, même si des discussions sont encore en cours pour des contrôles. Les Insulaires ont montré depuis des mois qu’ils portent le masque par eux-mêmes, ont souligné Heather Morrison et le premier ministre Dennis King, à ses côtés, et certains commerces avaient déjà pris les devants en demandant à leurs clients de se couvrir le visage

Des exceptions sont prévues, pour les enfants de moins de deux ans et pour les personnes qui ont des restrictions médicales ou ne peuvent pas enlever un masque sans assistance. Les Insulaires sont aussi invités à télécharger l’application Alerte COVID sur leur téléphone.

Ces nouvelles règles ne font pas que des heureux. Depuis quelques semaines, des personnes manifestent contre la politique sanitaire de l’Île, et notamment contre les masques, devant le cénotaphe de Charlottetown. «Personne n’a envie de porter un masque, convient la médecin hygiéniste en chef, en réponse à une question sur ce sujet. Mais je dirais à ceux qui estiment que ce n’est pas nécessaire d’être prêts à répondre aux Insulaires quand on aura une transmission communautaire.» «Quand on voit ce qu'il se passe ailleurs, porter un masque ou télécharger une application semble mineur», ajoute Dennis King.

Souhaitant convaincre les Insulaires de ne pas baisser la garde malgré l’absence de contagion dans la province, Heather Morrison compare la COVID-19 à un ouragan, pour lequel on se prépare afin d’éviter les dégâts.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Infographie Laurent Rigaux

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  • Date de création 23 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 23 novembre, 2020
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