Examen d’aptitude en anglais : l’incompréhension d’infirmières diplômées du Collège de l’Île

Les infirmières et infirmiers auxiliaires diplômés du Collège de l’Île ne peuvent pas directement exercer à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). Ils doivent d'abord passer un test d’anglais imposé par l’ordre professionnel. Des étudiantes ne comprennent pas cette obligation et certaines assurent même que le Collège leur dissimule l’existence de l’examen.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

Fraîchement diplômée du Collège de l’Île, Mame Faty-Sarr a décidé de quitter la province. Son examen national d’infirmière auxiliaire en poche, elle vient de s’installer au Nouveau-Brunswick pour travailler à l’hôpital de Moncton.

La jeune femme n’a pas voulu passer le test d’anglais obligatoire pour avoir le droit d’exercer à  l’Î.-P.-É. Une obligation légale imposée par le College of Licensed Practical Nurses de l’Î.-P.-É., l’ordre professionnel de la province, aux diplômés du Collège mais n’ont pas poursuivi leur scolarité en anglais. «Un haut niveau de maîtrise de la langue est essentiel pour fournir des soins sécuritaires, protéger et servir l’intérêt du public», insiste Dawn Rix-Moore, directrice générale de l’ordre.

«Ça ne fait pas de sens, en tant qu’étudiante internationale, le Collège a évalué mes compétences linguistiques avant mon admission, et j’ai fait tous mes stages en milieu anglophone, pourquoi je devrais prouver que je maîtrise l’anglais», s’agace Mame Faty-Sarr.

Un sentiment que partage Janelle Arsenault, une autre étudiante du Collège, également contrainte d’effectuer le test si elle veut travailler comme infirmière auxiliaire dans sa province natale. «Je suis allée à l’école en français, mais je suis bilingue», témoigne la jeune femme.

Négociations entre le Collège et l’ordre

Conscient de l’enjeu, alors que la province manque cruellement de personnel soignant, le Collège aide les étudiants à préparer l’examen et prend en charge le coût qui s’élève à plus de 300 dollars. Surtout, la direction négocie depuis deux ans avec l’ordre professionnel pour lever ce frein. L’objectif? Faire disparaître le test et offrir aux futurs diplômés d’autres moyens de prouver leur niveau d’anglais.

«On multiplie les interventions pour changer le règlement car on n’a pas de doute que nos élèves peuvent exercer en milieu anglophone, puisque de 35 à 40 % de notre formation est en anglais», insiste Colette Aucoin, vice-présidente du Collège. Avec une telle exigence imposée par l’ordre professionnel, offrir une formation en français n’est-il pas un obstacle à l’employabilité? L’établissement affirme que non. Selon Colette Aucoin, sur onze infirmières diplômées depuis quatre ans, sept exercent à l’Île.

Mame Faty-Sarr reproche également au Collège de cacher l’existence du test d’anglais, tout comme Janelle Arsenault, qui ajoute : «Rien ne le mentionne sur leur site internet». Les anciennes étudiantes affirment qu’aucun responsable ou membre de l’équipe pédagogique ne les ont informées de cette obligation avant leur inscription. «Ce n’est pas une exigence du Collège mais de l’ordre professionnel, on ne le mentionne donc pas en particulier pendant le processus d’inscription», reconnaît Dominique Chouinard, directrice des communications du Collège.

«Mise devant le fait accompli»

«C’est mensonger», lance Mame Faty-Sarr qui s’est sentie prise au piège lorsqu’elle a appris l’existence de l’examen «par une amie», trois mois après le début des cours. «C’est moi qui ai dû me renseigner et obtenir confirmation auprès de la direction», raconte-t-elle. Janelle Arsenault, elle, en a entendu parler lors de sa première semaine d’études, en septembre 2018. «Mais ils m’ont dit de ne pas m’inquiéter, que je n’aurais pas à le faire, que c’était plutôt pour les étudiants internationaux», explique la jeune femme. Et puis, pendant deux ans, plus rien.

C’est seulement lors de sa dernière journée de classe, fin septembre 2020, qu’elle apprend par le College of Licensed Practical Nurses de l’Î.-P.-É. qu’elle va devoir passer un test d’anglais. «J’ai été mise devant le fait accompli, si je l’avais su plus tôt, je ne serais pas allée au Collège», déplore Janelle Arsenault, frustrée. Du côté de la direction, on assure que les élèves sont avertis dès le début du programme. «C’est évoqué dans les journées d’orientation, l’ordre rencontre les étudiants pour leur expliquer, c’est aussi dans le guide d’encadrement», détaille Collette Aucoin.

Aujourd’hui, Janelle Arsenault n’a plus le choix. L’Acadienne, qui veut exercer son métier à l’Île, va devoir passer l’examen d’anglais en début d’année prochaine. «J’ai des problèmes pour m’inscrire et on m’a dit que c’était pas mal difficile, je ne suis pas vraiment confiante», s’inquiète-t-elle. Une autre étudiante a préféré déposer une requête auprès de l’ordre pour être exemptée du test et prouver autrement ses compétences linguistiques. Une décision est en attente.

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Collège de l'Île: Les infirmières auxiliaires diplômées du Collège de l'Île doivent passer un examen d'aptitude en anglais pour avoir le droit d'exercer à l'Î.-P.-É. Il s'agit d'une obligation.

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  • Date de création 30 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 1 novembre, 2020
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