IJL - Ouest

Est-ce que ça roule pour les productions francophones dans l’Ouest ?

La commission du film de Vancouver a révélé en octobre que l'industrie de la production cinématographique et télévisuelle de la province a engendré des retombées de l'ordre de 4 milliards de dollars canadiens pour ces douze derniers mois. Une amélioration de 400 millions de dollars par rapport à la période précédente. Dans quelles mesures les productions francophones ont-elles pu bénéficier de ces retombées économiques ? Le point avec les principaux producteurs de l’Ouest canadien.

Gratianne Daum

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Aucune donnée francophone régionale

« Malheureusement, étant basée sur la masse salariale plutôt que par production, notre étude ne fait pas la différence entre les projets de langues anglaise et française », annonce la conseillère en communication à la Commission du film de Vancouver, Ingrid Valou, en charge du rapport provincial. Karin Watson, de Creative BC, l’organisme de soutien et de promotion de l’industrie locale, explique en effet que la distinction ne se fait qu’au niveau national.

L’Association canadienne des producteurs médiatiques (CMPA), qui publie le rapport annuel national, inclut le Québec dans ses données, ce qui représente la partie francophone de l’industrie audiovisuelle. « Nous ne le faisons pas en local », dit Mme Watson.

À cet égard, le chef de la production originale des provinces de l’Ouest et des territoires du Nord canadien pour TV5 Québec Canada, Anthony Cauchy, regrette cette homogénéisation des éléments de calcul qui ne reflètent pas la réalité de l’écosystème. Ce raccourci est problématique à plusieurs égards, dit-il, mais avant tout parce qu’il met à bas les productions francophones.

« Il y a énormément de tournages de blockbusters américains et de séries internationales à gros budget à Vancouver et dans la province, poursuit-il. Si nous déduisons ces productions et ne considérons que les productions conceptualisées et scénarisées sur le sol canadien, certes le nombre de productions francophones est plus limité que les productions de langue anglaise, mais il n’est pas négligeable. »

À cette condition se greffe donc la pandémie qui a porté une estocade supplémentaire sur les créateurs. « Il est indispensable de considérer la spécificité de notre écosystème francophone pour évaluer le dynamisme actuel de notre milieu et l'impact global de la pandémie, renchérit M. Cauchy. La réalité est que les productions francophones ont souvent accès à moins de ressources et disposent de budgets plus faibles. »

Situation similaire dans la province voisine. « Alberta Film ne possède pas de données spécifiques pour les productions francophones », indique d’entrée la conseillère en marketing et en communication au bureau des industries culturelles du ministère de la Culture, du Multiculturalisme et de la Condition féminine, Natalie Ozipko. Même réponse pour la gestionnaire des projets et des communications à l’Alliance des producteurs francophones du Canada, Catherine-Eve Roy. « Malheureusement, nous n’avons pas non plus accès à de telles données », répond-elle. Les deux dirigeants de la seule société franco-albertaine, Marie-France Guerrette et Steve Jodoin, des Productions Loft inc. basées à Edmonton, annoncent ne pas se sentir limités par l’accès au financement public par le fait de produire en français. En réponse à nos questions qui leur étaient adressées par courriel, Mme Guerrette et M. Jodoin ont indiqué que « notre public-cible pour nos productions en français sont des francophones hors-Québec et les francophones autour du monde. Nous réussissons à rejoindre nos auditoires.»

Deuxième prise

Après un temps de latence en réponse à l’éclosion du virus de la COVID-19, les producteurs ont tenu la corde et pu reprendre les tournages dès le feu vert des autorités sanitaires. « Nos projets avaient commencé avant la pandémie, donc nous avons trouvé des façons de continuer les tournages. Heureusement nous n'avons pas eu besoin d'annuler de productions. Par contre, des échéanciers ont été ajustés et prolongés et des ententes ont été modifiés pour prendre en compte les périodes de confinements obligatoires », expliquent Mme Guerrette et M. Jodoin par courriel.

Cela n’a pas été aussi aisé pour TV5/Unis TV, comme le révèle Anthony Cauchy.  « Pour la production de nos émissions, la situation s’est compliquée à l’annonce de la fermeture des frontières, mentionne-t-il. Beaucoup de nos séries voyagent dans le monde, donc la plupart des émissions tournées à l’étranger ont été interrompues. Au Canada, des tournages ont pu se poursuivre dans certaines régions du Canada, mais certaines d’entre elles sont demeurées inaccessibles. »  Il complète : « Il y a des émissions plus faciles à produire que d’autres. Le tournage d’émissions devant public reste très compliqué, ça limite par exemple les émissions de performances musicales. Les séries de fiction demandent beaucoup plus de préparation. Les séries documentaires ou magazines peuvent être tournées avec de moins grosses équipes et sont parfois plus faciles à produire, mais les restrictions de voyage demandent néanmoins de s’adapter en permanence. »

Si tous s’accordent à dire qu’ils s’en sont tenus à la mise en œuvre des protocoles sanitaires sans prise en compte outre mesure du sujet du virus, TV5/Unis TV en a en quelque sorte fait son miel pendant la crise, devenu une thématique d’émission.  « Nous avons lancé une émission pour TV5 lors du confinement qui s’intitule Seuls ensemble (pour prendre) le pouls de Canadiens expatriés partout dans le monde en les appelant par vidéoconférence », ajoute M. Cauchy.

Maintien de l’activité

Mme Guerrette et M. Jodoin ont pu garder des emplois en contrat en sus des leurs à temps plein. Par chance, si la pandémie a impacté les tournages, le télétravail a permis des conditions de travail normales pour tout ce qui a trait au montage. « Ils sont capables de travailler de chez eux et nous sommes très habiles et bien installés pour travailler à distance », ajoutent-ils par courriel.

Pour TV5/Unis TV, il y avait cinq productions en cours en mars et la plupart des séries ont pu être tournées en entier. Seules deux séries ont vu leur nombre d’épisodes diminué, mais aucune annulation. Au niveau national, aucun rabot non plus, la société a gardé tout son effectif et fait au mieux pour assurer le maintien des contrats avec ses partenaires. M. Cauchy signale à ce sujet une augmentation de 20 % des budgets accordés aux projets télévisuels en développement. « Le but est de permettre à certaines équipes touchées par l’arrêt des tournages de se concentrer sur l’écriture et la recherche de nouveaux concepts de films et de séries et ainsi garder la création vivante », révèle-t-il.

Situation plus difficile en revanche pour le fondateur de la société de production vidéo vancouvéroise The Offners Production inc., Aurélien Offner. « J'ai perdu énormément de contrats en début de crise. Je n'avais plus rien », assène-t-il. Il détaille avoir eu quatre productions entre les mois de mars et d’août ; une a été décalée à juin 2021, alors que trois ont dû être annulées. « Depuis, cela repart un peu et donc nous essayons de simplifier le plus possible les scénarios et les productions pour limiter au maximum le nombre de personnes impliquées, témoigne-t-il. J'ai beaucoup démarché. Les budgets sont petits, mais ça me permet de tenir. » De fait, il embauche lui aussi des employés contractuels. « Je n'ai aucun employé à temps plein pour le moment », dit-il. Il précise aussi qu’en moyenne, il compte deux postes de moins par projet en comparaison à l’avant-COVID-19.

La nouvelle vague

Avec le regain de la pandémie, M. Offner déclare sans se résigner que pour lui, « c'est au jour le jour. Tout peut basculer très vite dans un sens comme dans l'autre », en particulier si l’un de ses projets avec une grande maison de production n’est pas signé, faute de quoi il lui faudra prendre un emploi alimentaire.

Les autres sociétés se sont attelées au travail en anticipation d’un nouveau confinement. « Nous sommes en full swing en ce moment avec plusieurs belles productions. Nous avons décidé de prioriser les tournages pendant les prochaines semaines et essayons de compléter autant de tournages que possible avant une autre fermeture », affichent les producteurs de Productions Loft inc.

TV5/Unis TV a également bouclé une série pour une diffusion en janvier prochain. « Citoyen 2.0, produite par une équipe de Vancouver qui part à la rencontre de citoyens qui changent notre monde de manière positive », indique M. Cauchy. Les producteurs se veulent confiants. « Nous sommes persuadés du rôle essentiel de nos deux chaînes, TV5 et Unis TV, pour divertir et rassembler les francophones et francophiles de partout au pays », conclut-il.

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Bas de vignettes

Productions Loft 1

Distanciation sociale respectée sur un tournage de Productions Loft inc. Crédit Productions Loft inc.

Tournages Vancouver panneaux

Les tournages vont bon train à Vancouver comme l'indiquent les panneaux à travers la ville. Crédit Gratianne Daum

 

Marie-France Guerrette et Steve Jodoin de Productions Loft inc. Crédit Productions Loft inc.

 

Équipe tournage masques

Masques pour toute l'équipe sur un tournage de Productions Loft inc. Crédit Productions Loft inc.

Tournage Vancouver novembre

Tournage de grande ampleur à Vancouver de début de novembre 2020. Crédit Gratianne Daum

Tournage Vancouver cœur

Tournage de grande ampleur en plein cœur de Vancouver. Crédit Gratianne Daum

Tournage Offners

Tournage en respect du protocole sanitaire pour The Offners Productions. Crédit The Offners Productions

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  • Date de création 10 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 10 novembre, 2020
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