En juillet, du soleil, mais pas de touristes à l'Î.-P-É.

Moins 79,6 %. Moins 99,1 %. Moins 100 %.  Les chiffres de juillet 2020 de lactivité touristique à lÎle-du-Prince-Édouard sont catastrophiques. On sy attendait, la COVID-19 a tout balayé sur son passage. Lindustrie et le gouvernement espèrent limiter la casse en mettant le paquet sur lautomne et même sur une saison dhiver.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Les tableaux rendus publics il y a quelques jours le montrent : il n’y a pas eu vraiment de saison touristique cette année à l’Î.-P.-É. Sur les sept premiers mois de l’année, le trafic sur le pont de la Confédération est deux fois moins important comparé à la même période en 2019. Les arrivées par avion sont en baisse de 72,2 %. Même topo pour le traversier : moins 79,6 %. Sans parler des croisiéristes : aucun n’a mis le pied à l’Île cette année, les navires ayant interdiction d’accoster dans tout le pays.

 

«Difficile de faire pire»

 

Alors que la «bulle atlantique» était annoncée comme le messie, on voit que son impact reste limité pour le moment. Le trafic sur le pont en juillet 2020 a remonté un peu, mais reste inférieur de plus de 60 % à celui de juillet 2019. «Est-ce que c’est une belle année? Absolument pas. Est-ce que la bulle nous a aidés? Oui, tempère la directrice du marketing à Tourisme Î.-P.-É, Brenda Gallant. Tous nos chiffres cette année sont décevants, mais lorsqu’on parlait de la bulle, on prévoyait 30 % du tourisme qu’on avait auparavant. On a réussi. C’était ce qu’on attendait. Ces visiteurs sont venus.»

La directrice de l’Association de l’industrie touristique de l’Î.-P.-É, Corryn Clemence, pense que les chiffres du mois d'août démontreront qu’il y a et un rebond, mais elle reste réaliste.  «C’est difficile de faire pire», dit-elle. La responsable explique également que les touristes en provenance des Maritimes passent moins de temps à l’Île que les autres et dépensent moins.

Les provinces maritimes ont aussi fait de la publicité pour retenir leurs habitants. À l’Î.-P.-É., la campagne «Activez votre île» a incité les insulaires à profiter des restaurants ou des activités estivales, mais l’impact sur les hébergements n’a pas eu lieu. «On pensait que les gens pourraient se louer un chalet ou une chambre. On n’a pas vu ça, confie Brenda Gallant. Notre mandat a toujours été d’amener chez nous les gens d’ailleurs. On ne faisait jamais du marketing local. C’est nouveau pour nous et difficile d’en mesurer les résultats.»

Les restaurants de lÎle sont ceux qui perdent le plus au pays

Les chiffres le montrent, les hôtels restent bien vides. Le taux d’occupation en juillet 2020 atteint à peine 20,7 %, contre plus de 80 % l’année dernière. Derrière ce chiffre, une autre réalité : beaucoup d’hôtels sont restés fermés. Il y avait 1 010 hébergements ouverts en juillet contre 1 688 l’année dernière, au même moment.

Une étude publiée cette semaine par Statistique Canada montre que ce sont les restaurateurs de l’Île qui ont perdu le plus en juillet. Leurs revenus ont chuté de 34,6 % comparés à juillet 2019. Il s’agit du pire chiffre du pays (la moyenne nationale est à 24,5 %). Le Nouveau-Brunswick fait mieux (moins 16,1 % de perte en juillet seulement), la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-Labrador aussi.

Alors que le sentiment de sécurité des insulaires pour sortir de chez eux, explorer l’Île, voyager dans la bulle atlantique augmente petit à petit selon les sondages, l’ouverture de la bulle au reste du Canada n’est pas encore une option. «Les gens ne souhaitent pas encore accueillir des touristes du reste du Canada ou sortir eux-mêmes de la bulle», ajoute la directrice du marketing touristique qui raconte qu’une campagne de publicité lancée cet été au Québec et en Ontario a été interrompue.

Les autorités sanitaires provinciales sont sur la même ligne : hors de question pour le moment d'agrandir la fameuse bulle alors qu’une seconde vague de COVID-19 menace. Dès lors, que faire pour sauver ce qui peut l’être?

«Une compétition amicale»

Industrie et autorités misent tout d’abord sur une saison d’automne, dont le plan devrait être dévoilé après le 19 octobre. «D’habitude, on ne faisait pas du marketing après l’été, mais il va falloir faire quelque chose pour motiver les gens à venir ici», lance Brenda Gallant. Elle insiste : «Le tourisme à l’Île représente 6 % du produit intérieur brut, contre 2 % au niveau national.» Corryn Clemence met également en avant l’impact du tourisme sur l’économie, un fait «mal compris des insulaires», selon elle.

Autre enjeu : l’hiver. La province dispose d’attraits et de produits touristiques hivernaux, mais ils sont souvent mal connus, des locaux comme des touristes. Les opérateurs répondront-ils présents? Beaucoup d’entre eux n’ont pas engrangé suffisamment d’argent pour se permettre d’ouvrir pendant la saison creuse et tenir jusqu’à l’été prochain. «C’est la dure réalité qu’on doit affronter, se désole Corryn Clemence. L’extension des aides fédérales va aider, mais certains opérateurs pourraient ne pas ouvrir cet hiver.»

Brenda Gallant veut y croire. Pour le moment, la province continue de faire de la publicité au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, «plus que jamais», pour «avoir le max». Elle est consciente que l’ensemble des provinces maritimes va faire de même. Et résume : «C’est une compétition amicale».

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. La directrice de l’Association de l’industrie touristique de l’Île-du-Prince-Édouard, Corryn Clemence. (Courtoisie)
  2. Infographie : Laurent Rigaux
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  • Date de création 27 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 27 septembre, 2020
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