Élisabeth II, «ma patronne»

L’honorable Antoinette Perry nous a reçus pendant une bonne heure pour discuter de son rôle. Représentante de Sa Majesté la reine d’Angleterre, la lieutenante-gouverneure de l’Île-du-Prince-Édouard a plusieurs fonctions. Surtout, elle est au-dessus de la mêlée en ce qui concerne la politique.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Je n’ai pas de fonction politique.» Dès le début de l’entretien, Antoinette Perry met les choses au point. La lieutenante-gouverneure de l’Î.-P.-É. prend le temps, mercredi 10 mars, d’expliquer son rôle de représentante de la Couronne et de chef d’État de la province.

Nommée en octobre 2017, elle est en poste pour une durée de cinq ans. Antoinette Perry se souvient bien des semaines qui ont précédé sa prise de fonction. Elle raconte les détails, les coups de fil, d’abord du Bureau du conseil exécutif, puis celui de Justin Trudeau, pour savoir si elle accepte la responsabilité. «Vingt minutes après l’annonce officielle, j’avais toute sorte d’appels pour des entrevues», se remémore-t-elle. La lieutenante-gouverneure de l’Île est aussi la première du Canada dont la cérémonie d’installation a eu lieu hors de la capitale provinciale, soit dans son village natal de Tignish.

«C’est le gouvernement qui gouverne»

Son travail est dense, hors période de pandémie, et elle est rémunérée pour cela. Dès la première année de son mandat, Antoinette Perry a eu environ 400 engagements dans tous les aspects de sa fonction.

Il y a tout d’abord son rôle cérémonial. Elle assiste à toute sorte d’évènements, militaires, associatifs, communautaires, éducationnel, etc. «Et j’écris tous mes discours», précise-t-elle. Elle a également un rôle d’accueil dans la Maison du gouvernement, qui lui sert de résidence, ce qui n’est pas le cas dans toutes les provinces. «On reçoit des ambassadeurs, des dignitaires, détaille-t-elle. J’ai appris le sens du mot “protocole”!»

Un protocole qu’elle a dû appliquer en allant rendre visite à la reine, ce que chaque lieutenant-gouverneur ou gouverneur général du pays doit faire dans les six premiers mois de son mandat. «C’est tout de même ma patronne, lance Antoinette Perry. J’avais le droit à vingt minutes d’entretien, j’en ai eu cinq extra pour discuter des cadeaux que je lui avais présentés.»

C'est son rôle constitutionnel qui est le plus complexe. En théorie, Antoinette Perry a des pouvoirs considérables. En pratique, ils sont limités. Aucune loi ne peut entrer en vigueur sans son accord, c’est elle qui donne la sanction royale aux projets de loi adoptés à l’Assemblée législative. Ce pouvoir de refuser la sanction royale a rarement été utilisé dans l’histoire du pays; la dernière fois, c’était en 1945, selon l’Encyclopédie canadienne. «C’est le gouvernement qui gouverne, explique-t-elle. Si vraiment il y avait quelque chose de problématique, je peux discuter.» Et d’ajouter : «Après la dernière élection, j’ai parlé avec Dennis King, et il m’a convaincue qu’il peut gouverner, avec la confiance de l’Assemblée. Mais je ne peux pas dévoiler cette discussion, c’est privé!»

«J’ai accès à des experts»

Antoinette Perry doit aussi veiller à ce que la province ait en tout temps un premier ministre, notamment si le poste devient vacant pour cause de décès ou de démission. Si le résultat des élections ne permet pas de désigner un vainqueur (si les trois partis remportent 9 sièges chacun par exemple), c’est elle qui, en principe, devrait trouver une solution.

«Je ne suis pas avocate constitutionnelle, précise-t-elle. Mais j’ai accès à des experts pour me conseiller, si besoin.» Elle convoque, proroge ou dissout l’Assemblée législative. Le 25 février dernier, c’est elle qui a lu le discours du Trône qui donne la direction de la politique gouvernementale. «Je l’ai reçu la veille, confie-t-elle. Et je l’ai lu une couple de fois avant pour m’entraîner.»

Par contre, elle ne s’en mêle pas de politique. C’est l’affaire des partis. Les affaires publiques, c’est pour «son» gouvernement. Elle se décrit plus comme un «chef d’État au-dessus des partis». La Couronne est une «institution non partisane qui se tient à l’écart des compromis politiques propres aux activités courantes», explique-t-on dans le livre La Couronne canadienne, publié par Patrimoine canadien.

Ainsi, Antoinette Perry reste très prudente lorsqu’il s’agit de donner son avis ou son opinion sur quelque sujet que ce soit. «Je dois projeter l’image de la Souveraine», insiste-t-elle. Très attachée à l’éducation en tant qu’ancienne enseignante, elle vient de terminer le tournage d’une vidéo destinée aux jeunes expliquant son rôle, tournée en anglais et en français, une langue qu’elle met un point d’honneur à utiliser dans toutes ses prises de parole.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. L’Honorable Antoinette Perry habite dans la Maison du gouvernement à Charlottetown. C’est là qu’elle exerce son rôle d’accueil, en recevant dignitaires et ambassadeurs en visite à l’Île. (Laurent Rigaux)
  2. Antoinette Perry prend plaisir à raconter son entrevue avec la reine Élisabeth II, devant la photo immortalisant l’événement. (Laurent Rigaux)
  3. «Je n’ai pas de rôle politique, insiste Antoinette Perry. C’est le gouvernement qui gouverne.» (Laurent Rigaux)
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  • Date de création 12 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 12 mars, 2021
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