Donner aux francophones accès à la société

Les adultes francophones en situation linguistique minoritaire ont désormais leur propre outil pour améliorer leurs compétences en français, en mathématiques et en informatique. La PCFAD, pour «Plateforme canadienne de formation à distance», a été lancée lundi 25 janvier lors d’un évènement virtuel regroupant plusieurs partenaires à travers le pays, dont le Collège de l’Île.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Il y a des gens qui ne peuvent pas participer à la société d’aujourd’hui par manque de compétences essentielles.» Pour Donald DesRoches, président du Collègue de l’Île à Charlottetown, la PCFAD doit pouvoir combler cette lacune.

L’initiative vient de l’Ontario, plus précisément de la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA), et rassemble des organismes de cinq autres provinces : The Learning Centre Literacy Association, en Alberta, le Collège Mathieu, en Saskatchewan, Plurielles, au Manitoba, le Collège de l’Île, à l’Île-du-Prince-Édouard et l'Équipe d'alphabétisation de la Nouvelle-Écosse. René Arsenault, secrétaire parlementaire de la ministre du Développement économique et des Langues officielles, et député de Madawaska-Restigouche, au Nouveau-Brunswick, estime que ce service va permettre aux francophones «de se tenir la main d’un bout à l’autre du pays, A mari usque ad mare».

«Ludique et flexible»

Concrètement, la PCFAD se présente sous la forme d’une plateforme web, sur laquelle les apprenants peuvent se perfectionner en français, en mathématiques et en informatique. «À leur rythme, précise Donald DesRoches. C’est ludique et flexible.» Après un premier diagnostic, l’outil s’adapte au niveau de chacun. À la clé, pas de diplôme ou de crédit universitaire, mais un certificat. Au terme de leur apprentissage, les adultes peuvent atteindre un niveau équivalent à celui du Diplôme d’études générales.

Pour Gabrielle Lopez, directrice générale de la COFA, l’outil permet aussi de «réduire le fossé numérique». Les francophones n’ayant pas de ressource informatique à la maison pourront emprunter un ordinateur portable, et même bénéficier d’un plan Internet si nécessaire. Au Collège de l’Île, dix appareils sont à disposition des participants. «Les francophones en situation minoritaire sont éparpillés, c’est très difficile pour les fournisseurs de service de répondre aux différents besoins, explique Donald DesRoches. C’est un service que nous étions incapables d’offrir par le passé, nous le sommes maintenant».

La PCFAD s’adresse aux adultes francophones ayant un faible niveau de compétences en littératie et numératie afin de les aider à se préparer à l’emploi et aux besoins du marché du travail local. «Plus nos adultes francophones sont formés, plus ils deviennent compétents, plus ils deviennent employables, s’enthousiasme René Arsenault. Quand nous pouvons nous épanouir dans notre langue maternelle sur le plan social et économique, la langue d’Antonine Maillet se porte encore mieux.»

Jusqu’en 2023 dans un premier temps

Donald DesRoches n’a de cible précise ou d’évaluation du nombre de personnes qu’un tel service pourrait intéresser à l’Île. «Les données datent», explique le président du Collège. Il cite cependant une étude réalisée au Nouveau-Brunswick : 66 % des francophones qui y vivent auraient un niveau inférieur au niveau 3 de l’OCDE*.

En ce qui concerne l’informatique, les cours dispensés sur la plateforme permettent d’en savoir plus sur les virus, la sécurité informatique, les techniques pour envoyer des courriels avec des pièces jointes. «Avec la COVID-19 et la multiplicité des plateformes, cela devient compliqué de savoir où tu vas pour partager l’écran, quand tu es sur Zoom, sur Skype, etc., détaille Donald DesRoches. Il ne faut plus seulement de la maîtrise technique, mais une compréhension fondamentale des outils informatiques».

Le projet, démarré en février 2019, doit s’étendre dans un premier temps jusqu’en mars 2023, afin d’évaluer sa rentabilité, selon Donald DesRoches. Le Collège de l’Île bénéficie d’un soutien financier d’environ 40 000 $ par an pour sa participation à la plateforme. Il est financé par le Gouvernement du Canada, par l’entremise du Bureau de l’alphabétisation et des compétences essentielles et d’Emploi et développement social Canada.

*Selon l’Organisation de coopération et de développement économique, le niveau 3 en littératie est «un minimum convenable pour composer avec les exigences de la vie quotidienne et du travail dans une société complexe et évoluée.» L’OCDE définit la littératie comme l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante. La numératie est la capacité à utiliser, appliquer, interpréter et communiquer des informations et des idées mathématiques.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Donald DesRoches, président du Collège de l’Île au campus de Charlottetown, s’enthousiasme des possibilités offertes par la PCFAD, un outil «ludique et flexible». (Laurent Rigaux)

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  • Date de création 29 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 29 janvier, 2021
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