IJL - Ouest

Docteure Dion : une énergie sans limites 

« Une Québécoise pure laine », c'est ainsi que Michelle Dion se considère. Et pourtant, si l'on prend le temps d'écouter son parcours, il est très facile de l'imaginer citoyenne du monde. De l'est à l'ouest du Canada, cette hyperactive dans le déni, est au service de la population pour le bien-être de tous.

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Arnaud Barbet

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Originaire de Boisbriand au Québec, Michelle a su très vite qu'elle voulait travailler auprès des gens. Après avoir terminé son Cégep en santé, à Laval, elle quitte le nid familial pour suivre le programme de médecine à l'université de Sherbrooke. « C'est par goût du voyage que j'ai décidé de vivre en Estrie », explique-t-elle.

Ses longues années d'études n'ont pas été de tout repos. Malgré des cours en français, Michelle Dion est confrontée à la difficulté du langage. « J'étais "pourrie" en anglais et les livres en français étaient beaucoup plus chers et moins usités que ceux en anglais », raconte-t-elle. Un défi qu'elle a su surmonter puisqu'elle rejoint Moncton pour y faire sa résidence.

Une tranche de vie au Nouveau-Brunswick

Lorsqu'elle effectue son stage à l'urgence, elle rencontre Stéphane, aujourd'hui son époux. Ils deviendront finalement inséparables. Ou presque! Finalement installée à Bathurst où elle évolue comme médecin de famille pendant de nombreuses années, elle ne renonce pas à son désir de voyages et d'apprentissage.

« Je dois être sadomasochiste, dit-elle en riant, le service d'urgence de l'hôpital me faisait peur. J'ai donc abandonné Stéphane pendant un an afin de me spécialiser à Sherbrooke et affronter mes appréhensions ». Mission accomplie, elle rentre au Nouveau-Brunswick et travaille de nuit aux urgences.

Finalement, la famille s'agrandit, elle quitte alors l'hôpital et crée une clinique multidisciplinaire afin de lutter contre l'obésité. « Notre communauté est tristement victime de surpoids et de malbouffe, il fallait réagir », affirme-t-elle. Ce projet avant-gardiste n'a pas reçu à l'époque le soutien escompté par les gouvernements et a dû fermer ses portes prématurément. Une tranche de vie qui se termine… alors qu'aujourd'hui ces cliniques fleurissent dans de nombreuses provinces.

À la conquête de l'Ouest

Après 15 ans au Nouveau-Brunswick, Michelle décide de suivre Stéphane en Alberta. Elle fait ainsi la nique au ministre Gaétan Barette qui, à l'époque, « ne simplifiait pas le retour au Québec des médecins de famille venus d'autres provinces », dit-elle, avec un soupçon de délation.

En effet, le ministre de la santé québécois estimait qu'il y avait déjà trop de médecins de famille au Québec et déposa le projet de loi 20 en novembre 2014. Celui-ci imposait aux médecins de famille le suivi médical d'un nombre minimal de patients sous peine de se voir infliger des sanctions salariales. Une situation ubuesque qui mettait la profession en péril aux yeux d'un grand nombre de praticiens.

Finalement installée au Centre de santé communautaire francophone Saint-Thomas, à Edmonton, elle s’intègre dans la communauté. Ses trois enfants, Laura, Philippe et Alex fréquentent des écoles francophones et elle souligne son dévouement pour cette langue identitaire. « J'ai toujours des livres d'apprentissage en français pour mes enfants, et c'est important que l'on parle français à la maison », insiste-t-elle. Elle ajoute qu'aujourd'hui le français lui permet de nouer des liens avec des gens extraordinaires.

La patience aux services des maux

Depuis 2018, elle évolue au Centre de santé d'Edmonton West et prend en charge des femmes et des enfants meurtris par les conflits. Elle fait souvent face à des situations à la fois troublantes et extrêmement complexes. Certaines de ces histoires la touchent particulièrement et valident cette nécessité de la langue française en Alberta.

« Lorsque vous rencontrez une réfugiée souffrant de nombreuses maladies chroniques et que vous n'avez pas de traducteur sur place, il est très difficile de communiquer, de mettre en place un protocole… Il faut alors faire preuve d'une grande patience, inventer des moyens de communication par le dessin, le mime ou le langage corporel », explique-t-elle, tout en affirmant que « la langue française devient, elle aussi, un outil essentiel pour reconstruire le lien ».

Membre de l'ACFA régionale et du réseau Santé Alberta, elle consacre son temps aux autres et espère reprendre très vite ses chroniques santé avec Radio-Cité. Finalement, elle nous offre un message d'espoir pour les mois à venir et insiste sur les gestes barrières pour faire face à la pandémie. Elle conclut avec ces quelques mots : « être médecin de famille, c'est traiter l'individu, mais aussi la famille dans son intégralité ! » Un métier qui, sans nul doute, lui tient à cœur.

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Michelle Dion en téléconsultation, une solution à la crise de plus en plus courante. Crédit: Michelle Dion

 

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La médecin de famille est prête à recevoir son prochain patient. Des patients qui se font rares depuis le début de la pandémie.

Crédit: Michelle Dion

 

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Michelle Dion, insiste sur les gestes barrières, tout en partageant un message d'espoir et de solidarité pour les semaines à venir.

Crédit: Michelle Dion

 

 

 

 

 

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 24 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 30 avril, 2020
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