Diffusion du savoir en français : «Il faut organiser plus de causeries.»

L'Association francophone pour le savoir (Acfas) existe depuis 88 ans. Son antenne en Acadie a été créée en 1987. Carlo Lavoie, son représentant à l’Île-du-Prince-Édouard, également professeur de littérature acadienne et québécoise à l’Université de l’Î.-P.-É. (UPEI), confie son ressenti sur la situation du français à l’Île et au pays.

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Propos recueillis par Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Carlo Lavoie, le représentant de l’Acfas Acadie à l’Î.-P.-É., également professeur de littérature à UPEI, nous en dit plus sur l’Acfas et partage son sentiment sur la situation du français à l’Île et sur les universités francophones au pays.

Quel est le rôle de l’Acfas à l’Î.-P.-É.?

Notre rôle est de diffuser le savoir en français, que ce soit les recherches d’universitaires de l’Île ou celles de gens de la communauté, comme Georges Arsenault. On veut diffuser ce savoir à l’Île mais aussi dans les autres provinces des Maritimes. Pour cela, on organise des conférences avec le public. On a aussi une page Facebook et une chaîne YouTube. La COVID-19 a rendu la diffusion du savoir plus difficile, il y a moins de liens, moins de rencontres. Mais cet hiver, on a réussi à organiser une série de causeries en ligne sur des sujets très divers : l’aigle royal ou le télétravail. La prochaine, en mars, va porter sur la perception des accents au Nouveau-Brunswick. En mai, on participera aussi au congrès national de l’Afcas, nous animerons un atelier en ligne sur le tourisme acadien en français. J’aimerais également organiser une conférence avec la vingtaine de chercheurs de UPEI qui parlent français pour qu’ils présentent leurs recherches aux Insulaires francophones.

Est-ce qu’il est difficile d’accéder au savoir en français dans la province?

Oui. Si je prends mon cas personnel, à la bibliothèque universitaire de UPEI, il n’y a que quelques ouvrages en français, très généraux et souvent très vieux. Pour mes recherches, je suis obligé de me tourner vers des ressources en ligne. Pour intéresser mes collègues anglophones, j’organise une conférence sur ce sujet fin mars. Hors du monde académique, il y a de belles bibliothèques de langue française dans les centres scolaires communautaires, le Musée acadien organise aussi des causeries et Georges Arsenault publie régulièrement des chroniques historiques. Mais il faut organiser plus de causeries tout au long de l’année, à Charlottetown notamment. Il faudrait que d’autres associations le fassent, en plus du Musée acadien.

Êtes-vous confiant face à l’avenir du français à l’Île?

On est en bonne voie : il y a plus d’élèves qui fréquentent les écoles de langue française, plus d’élèves en immersion, les centres de la petite enfance peinent à satisfaire la forte demande. Mais je suis inquiet pour l’avenir. Cet élan me paraît chancelant, car on manque d’enseignants. On n’est pas capable de recruter en masse. Rien qu’à UPEI, on a du mal à attirer des jeunes pour notre baccalauréat en éducation en français langue seconde, et avec la COVID-19, les inscriptions ont baissé. On ne connaît pas encore les conséquences à moyen ou long terme de cette pénurie. Dans les années à venir, on doit s’assurer de garder l’élan actuel. En milieu minoritaire, il ne faut jamais s’asseoir sur ses acquis, il faut toujours les solidifier.

Par ailleurs, avec Terre-Neuve-et-Labrador, l’Î.-P.-É. reste la seule province au pays où il n’y a pas d’institution universitaire francophone. À UPEI, les cursus en français restent très limités et à cause de la pandémie, on a perdu des financements pour la création de nouveaux programmes.

Avez-vous des idées pour combler cette pénurie d’enseignants?

Je suis partisan de recruter davantage d’étudiants internationaux francophones à UPEI. Après leurs études, ils pourront s’installer dans la province et devenir enseignants s’ils le souhaitent. Il y a déjà de plus en plus d’étudiants originaires de l’île Maurice et du Rwanda qui parlent le français. Mais ils ne savent pas forcément qu’ils peuvent l’utiliser dans leur vie professionnelle. On doit élaborer une stratégie pour rendre le français visible sur le campus, dire également à ces étudiants que le français est en demande dans la province, qu’en restant ils contribueront au développement de la communauté francophone et acadienne de l’Île.

La situation des universités francophones au pays vous inquiète-t-elle?

Oui, plusieurs universités francophones telles que le campus Saint-Jean en Alberta souffrent de difficultés financières importantes. J’ai peur que ça remette en cause l’avenir des programmes universitaires en français. Et sans les universités, comment va-t-on aider les communautés en situation minoritaire à se diriger vers l’avenir? Le gouvernement fédéral doit intervenir, apporter davantage de financements, favoriser les recherches en milieu linguistique minoritaire. Je m’inquiète aussi de la baisse des inscriptions. À Toronto, la nouvelle université entièrement francophone, l’Université de l'Ontario français, doit accueillir ses premiers étudiants à l’automne prochain. Mais elle manque de candidatures, pour le moment il y a seulement 47 admissions.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

1 - Carlo Lavoie : «On doit élaborer une stratégie pour rendre le français visible sur le campus de UPEI», dit Carlo Lavoie, professeur de littérature à UPEI et représentant de l’Acfas Acadie à l’Î.-P.-É. (Jacinthe Laforest)

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  • Date de création 7 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 8 mars, 2021
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