Des organismes francophones contre la faim

En avril, le premier ministre Jason Kenney agite le spectre d'un taux chômage de 25 % en Alberta. En mai, des organismes francophones se mobilisent afin de mettre en place des réponses adéquates pour aider les populations qui ont faim. Le directeur de l'Association des volontaires unis dans l'action au Canada (CANAVUA) à Edmonton, Dicky Dikamba, et la travailleuse en établissement du Portail de l'immigrant Association (PIA) de Calgary, Valérie Jamga, luttent chacun, à leur manière, pour la sécurité alimentaire.

Arnaud Barbet

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

« Ce 6 mai est mémorable pour tous nos membres ! », indique M. Dikamba. En effet, il fête alors l'arrivée du millième bénévole, mais aussi la mise en place des premières livraisons de nourriture à domicile pour des familles démunies.

« Ce matin, nous avons rendu le sourire à 13 foyers francophones d'Edmonton en leur livrant plus de 600 kilos de nourriture », explique-t-il , enthousiaste et survolté. Affublés de tee-shirts jaunes à l'effigie du CANAVUA, impossible de les manquer ! « En livraison, notre priorité, c'est l'hygiène avec les moyens du bord ! », ajoute-t-il. Gants, moufles, gel hydroalcoolique, savon, masques, la sélection est complète.

Dicky ne le sait que trop bien, « les temps sont difficiles », mais il garde espoir et se convainc que son équipe pourra faire encore plus. « Depuis 2011, nous sommes partenaire avec la Banque alimentaire d'Edmonton. Chaque mercredi, la distribution se faisait à la Cité francophone. Pendant la COVID-19, on espère dépanner au moins 20 familles. »

À Calgary, le PIA s'engage dans la pérennité

Valerie Jamga a délaissé les écoles temporairement. Elle récupère des denrées dans les locaux de la Fondation Leftovers, vouée à la réduction du gaspillage alimentaire. « Pendant la COVID-19, je les livre à l'église Deerpark United Church, un centre resté ouvert pour la distribution aux familles », explique-t-elle. Lancée en mars, elle espère rapidement pérenniser cette collaboration et « se rapprocher de la paroisse Sainte-Famille après la pandémie. »

Un enthousiasme partagé par l’instigatrice de la Fondation Leftovers, Lourdes Juan, qui ne cache pas sa satisfaction de collaborer avec le PIA. « Le besoin de nourriture n'a pas de religion, de langue, de nationalité et aujourd'hui de classe sociale. Je suis très fière que nous servions aussi la communauté francophone », indique-t-elle, tout en s'excusant de ne pas parler français à l'inverse de son époux.

Elle rappelle le rôle essentiel de sa fondation dans la communauté albertaine qui offre aussi des produits de qualité à ceux qui en ont besoin. Elle souligne la diversité des donateurs, ce qui lui permet de profiter aujourd'hui d’une augmentation des dons malgré la fermeture des restaurants.

« Certaines familles se sont retrouvées dans le besoin du jour ou lendemain. J'espère sincèrement que la population réalise combien il est important d'être solidaire avec les Albertains qui ont faim », dit-elle, en espérant secrètement un changement sociétal.

Un simple maillon dans une chaîne de solidarité

S'il y a un trait de caractère qui unit les bénévoles durant cette pandémie, c'est bien l'humilité. Valérie Jamga ne fait pas exception. « J'ai à la maison de quoi manger, d'autres n'ont rien. J'ai la santé, quoi de plus logique pour moi que de rendre à la société, c'est un juste retour des choses. Je ne suis qu'un maillon de plus dans la chaîne de solidarité », affirme-t-elle.

Elle mentionne le facteur risque, mais n'en fait pas un élément insurmontable. « Je prends mes précautions. J'ai fabriqué mon masque, mon gel désinfectant et nous respectons les distanciations physiques », explique-t-elle. « Notre communauté a besoin de nous de toute façon ! »

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Photo 1 : Une équipe de bénévoles déterminés à aider les familles francophones dans le besoin. De gauche à droite : Dicky Dikamba, Jean Paul Matuk Munan et Koffi Serge Allangba. Crédit: courtoisie CANAVUA

Photo 2 : Livraison chez Éric Namien, nouvel arrivant (début 2020). Il est bénéficiaire du programme, mais aussi bénévole depuis plus d'un an. Crédit: courtoisie CANAVUA

Photo 3 : Le Pasteur Michel Shako, de la Redeemed Christian Church of God, charge les voitures. Il est bénévole depuis sept ans. Crédit: courtoisie CANAVUA

Photo 4 : Koffi Serge Allangba n'oublie pas de se nettoyer les mains avant et après chaque livraison. Arrivé d'Abidjan (Côte d’Ivoire) en 2016, il ne cesse de redonner à la communauté. Crédit: courtoisie CANAVUA

Photo 5 : Valérie Jamga, du PIA, est très fière de pouvoir rendre à sa communauté dans ces moments particuliers. Crédit: courtoisie PIA

Photo 6 : La fondation Leftovers a vu ses demandes augmenter, mais peut compter sur une logistique de tous les instants. Crédit: courtoisie Leftovers

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Pour tous les services de CANAVUA : http://www.canavua.org/nos_services/

Pour en savoir plus sur le PIA : https://www.pia-calgary.ca

Pour devenir bénévole chez Leftovers : https://rescuefood.ca

  • Nombre de fichiers 7
  • Date de création 15 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 15 mai, 2020
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