Des légumes frais en hiver produits ici

Si plusieurs producteurs locaux permettent à tous de s’alimenter en légumes divers et variés en période estivale, il est plus difficile de s’approvisionner en denrées fraîchement récoltées l’hiver venu. ColdAcre Food Systems l’a bien compris et exploite désormais le filon.
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Kelly Tabuteau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Produire des végétaux à longueur d’année au Yukon n’est pas chose facile, surtout en hiver. Entre un sol peu fertile et gelé, des températures glaciales et un ensoleillement minimum, autant dire que cela relève presque de la mission impossible. Pour contrer ce problème, un nouveau système de production alimentaire existe maintenant au territoire depuis l’été 2019 : le jardinage hydroponique.

ColdAcre Food Systems fait partie d’une longue liste d’entreprises qui mettent à profit cette nouvelle forme d’agriculture. Basée à Whitehorse, la compagnie convertit des conteneurs d’expédition de 40 pieds de long en jardins hydroponiques à haute productivité, qu’elle distribue par la suite à travers le Yukon et le Canada. Baptisés Cropbox, les conteneurs permettent la culture de salades, choux de Chine et herbes aromatiques en tout genre pour alimenter la population yukonnaise en légumes frais.

Une production locale annuelle

Le gouvernement du Yukon (GY) développe déjà depuis plusieurs années des stratégies pour l’alimentation locale. En 2015, le secteur agricole du GY affirmait d’ailleurs que 95% de la nourriture consommée par les Yukonnais était importée. ColdAcre Food Systems n’est pas la seule entreprise qui permet la production locale d’aliments au territoire. L’objectif premier de ces compagnies : améliorer la sécurité alimentaire dans le nord du pays. En effet, selon le Bureau des statistiques du Yukon, le territoire a vu une augmentation de 4,5% du prix des légumes entre 2017 et 2018.

L’installation Cropbox permet une grande flexibilité, une planification des récoltes en fonction des besoins des clients et une haute productivité : les plants poussent tous les jours et peuvent être récoltés chaque semaine. Pour fonctionner, ce système ne demande que de l’eau à laquelle est ajouté un engrais liquide qui apporte la concentration en azote, phosphore, potassium, sels minéraux et oligo-éléments nécessaire à la pousse des plantes. Les semis sont alors plongés dans un substrat inerte, lui-même irrigué par cette solution nutritive, ce qui permet de cultiver des fruits et légumes 365 jours par année. La distribution du produit final est simple, car producteurs et consommateurs sont proches géographiquement l’un de l’autre.

Un partage local des compétences

« Whitehorse est un grand marché alimentaire. Il y a beaucoup de producteurs fantastiques sur le territoire, mais tous les aliments produits localement ne représentent même pas 1 % de ce qui est consommé », explique Carl Burgess, président-directeur général de l’entreprise, en faisant allusion au haut taux d’importation d’aliments du territoire. La solution selon lui : former la communauté sur les bienfaits et les dessous de la production locale. « Nous serons tout aussi heureux d’aider les gens à cultiver leur propre nourriture que de vendre celle que nous produisons », précise-t-il.

À ce titre, une installation de jardin hydroponique a été faite au sein de l’école secondaire de Porter Creek, des visites scolaires sont régulièrement organisées dans les locaux de ColdAcre Food Systems et des partenariats sont en discussion avec des universités pour de la recherche complémentaire. Des ateliers pourraient également voir le jour pour partager le savoir à la communauté.

En huit mois de fonctionnement, ColdAcre Food Systems, qui fournit certains supermarchés du centre-ville de Whitehorse, des restaurants et des particuliers, a réussi à s’imposer sur le marché alimentaire du Yukon et connaît déjà un franc succès, selon Carl Burgess. Les carnets de commandes ne désemplissent pas et des tests sont menés pour proposer de nouveaux produits très prochainement.

Et l’impact environnemental?

À l’aide d’un fonctionnement en circuit fermé, l’eau recyclée en permanence permettrait, selon Carl Burgess, une économie d’utilisation de l’ordre de 90 % par rapport à une culture traditionnelle. « On rejette une centaine de litres d’eau par mois, soit l’équivalent de 10 chasses d’eau », ajoute-t-il.

Cela dit, il existe quelques inconvénients à ce type d’agriculture. Le plus grand défi est de maintenir l’environnement aux conditions optimales pour la croissance. De nombreux capteurs, rapportant leurs mesures directement dans des applications sur téléphone intelligent, sont installés dans les conteneurs pour relever le taux de dioxyde de carbone, la température, l’humidité et la circulation d’air.

Si aujourd’hui ColdAcre Food Systems n’utilise pas d’énergies renouvelables pour sa production, la conception d’un modèle 100 % hors réseau est déjà faite et sera mis en œuvre dans les mois ou années à venir.

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Des photos sont disponibles sur demande : ijlterritoires@gmail.com

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  • Date de création 13 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 13 mars, 2020
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