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Déconfinement en Alberta : du bonheur sous caution

L’Alberta est en phase 2 du déconfinement amorcé à la mi-juin. Les commerçants et les restaurateurs comptent bien sur l’été pour faire oublier la dure période de confinement à leurs clients.

Inès Lombardo

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Seules les zones de Mackenzie County, de Willow Creek et de Warner sont sous surveillance plus étroite du gouvernement. Le reste de l’Alberta ne nécessite pas de nouvelles mesures, si l’on en croit la carte du plan de relance du gouvernement albertain.

C’est visible à la terrasse de Chez François, restaurant français bien coté de Canmore, à une heure à l’Ouest de Calgary. Le patio ne désemplit pas. Et pour cause : depuis le 5 juin, le lieu de 150 couverts a rouvert ses portes. Au départ, c’était à 50% de sa capacité, mais depuis la deuxième phase du déconfinement, il n’a pas fallu bien longtemps pour que les 75% soient atteints dans les deux salles et le patio que compte le restaurant.

« Nos clients sont tellement contents ! Ils nous remercient d’avoir rouvert, observe la propriétaire des lieux, Sylvie Grégoire. Du coup ils sont aussi plus patients. » Il est vrai que ce sera l’une des vertus sur laquelle les commerçants, entrepreneurs et restaurateurs devront compter cet été.

Vers la normalité

Le temps que les tables sèchent de leur lavage effectué immédiatement après le départ des gourmets précédents, la file d’attente qui se forme parfois aux portes, la limite de six personnes par table, le lavage obligatoire des mains… C’est du temps en plus pour les clients et du boulot pour les employés. « Malgré cela, et le fait que le staff porte des masques ou des visières, on garde une impression de normalité », assure Sylvie. À l’en croire, c’est un sentiment que partagent les clients.

Les plus craintifs par rapport au virus ont même leur propre section de tables que Sylvie ouvre sur demande. C’est un peu à part du va-et-vient constant pour qu’ils se sentent encore plus en sécurité.

Quinze personnes travaillent au restaurant au total. Tous respectent les mesures de distanciation. Le travail n’a pas trop changé pour eux, mis à part l’inconfort du masque.

« Certains voudraient que l’on en fasse plus »

Même ressenti à La Poutine à Edmonton, sauf qu’ici, les serveurs ne sont pas obligés de porter le masque. « Nous pourrions faire comme le Québec, le masque obligatoire dans les espaces publics fermés, souligne la copropriétaire du restaurant, Lindsey Robbins. Nous serions heureux de nous ajuster, mais pour l’instant, nous laissons cela à la libre appréciation du staff ».

Le restaurant ne compte que 22 places (intérieur et extérieur), mais il a tenu bon et n’a pas fermé. Une fierté pour ses patrons. Pendant le confinement, Lindsey confirme qu’ils ont toutefois fait attention à n’ouvrir qu’à 50%. « Nous nous sommes adaptés, nous ne faisions que des plats à emporter et pas plus de trois clients dans le magasin, avec distanciation. Là, rien n’a réellement changé, à part le fait que les clients peuvent aller en terrasse », dit-elle.

Pour rappeler aux clients qu’ils sont ouverts peut-être, le restaurant a publié un cliché sur sa page Instagram avec une file d’attente devant ses portes. La légende indique avec humour :       « Cela vaut le coup de faire la queue ».

Les mesures de distanciation sont respectées à tous les niveaux. Les propriétaires en ont ajouté une : les clients ne peuvent pas se servir en épices eux-mêmes ou alors c’est un petit sachet à emporter. « Certains souhaiteraient que l’on en fasse plus, indique Lindsey. Nous n’avons, par exemple, pas mis de plexiglas, mais cela ne nous empêche pas d’être dans un respect des  règles. »

Épée de Damoclès

Un commerçant francophone d’Edmonton abonde dans le même sens : « Nous voyons certains clients dans un respect très rigoureux des mesures, raconte-t-il. Parfois, cela va jusqu’à l’agressivité. Nous comprenons que le déconfinement en effraie certains, mais cela ne doit pas nous nuire, à nous commerçants, qui avons essuyé une période très dure. Surtout si on respecte les règles énoncées par le gouvernement ».

Pour un client de La Poutine, ces comportements lui échappent. « Dans ce cas, ne venez pas si vous n’êtes pas contents !, fulmine-t-il. Je compte bien en profiter. Rester enfermé trois mois était déjà long. Alors pourquoi se priver, surtout si tous les commerçants sont soumis à des règles strictes ? »

Plus réservé, à l’affût du nombre de cas (230 au total pour les 10, 11 et 12 juillet derniers), l’un de ses amis nuance. « C’est certain que même si c’est le fun de nous retrouver autour d’une table, je trouve ces règles parasitaires, affirme-t-il. Ce sont des situations étranges qui me rappellent qu’on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, surtout quand on parle de deuxième vague ».

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Les photos :

Déconfinement_AB 1 et 2 : la propriétaire de La Poutine, Lindsey (en gris, 2e en partant de la gauche) et son personnel. Photos : La Poutine.

Deconfinement_AB 3 à 5 : le restaurant Chez François. Gracieuseté de la propriétaire, Sylvie Grégoire.

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  • Date de création 15 juillet, 2020
  • Dernière mise à jour 15 juillet, 2020
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