De l’Alsace à l’Î.-P.-É. : histoires de vies

Trois Français d’Alsace, installés à l’Île-du-Prince-Édouard, témoignent de leurs parcours d’intégration dans la communauté prince-édouardienne. Ils ont traversé l’Atlantique par amour ou pour changer de vie, mais n’ont jamais oublié leur terre natale.

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Marine ERNOULT

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Liliane Gaudet a foulé pour la première fois la terre de l’Île-du-Prince-Édouard il y a 58 ans. En 1961, l’Alsacienne quitte la France pour le Nouveau Monde. Elle traverse l’Atlantique aux côtés de son mari Armand, un militaire acadien originaire de Miscouche, et de leur fille de sept semaines. Le couple s’est rencontré un an plus tôt dans l’est de la France.

Cap vers l’Amérique. Liliane Gaudet s’imagine déjà au milieu des gratte-ciels qui chatouillent les nuages. Quand elle débarque à Miscouche, le rêve américain n’est pas au rendez-vous.  «Il n’y avait pas de toilette et pas d’eau chaude dans la maison», se souvient la Canadienne d’origine française qui emménage chez ses beaux-parents.

«Celle qui vient d’ailleurs»

En 2001, la fièvre du hockey pousse deux autres Alsaciens à s’installer dans la province. Hubert et Michele Lihrmann accompagnent depuis plusieurs années déjà leurs enfants à des stages de hockey à Summerside. Tombé amoureux de l’Île, le couple décide d’ouvrir un gîte à Alberton : La Petite France.  C’est un changement de vie radical pour une ancienne institutrice et un spécialiste en logistique.  «À cinquante ans, ce n’est pas facile de s’installer au Canada, reconnaît Hubert Lihrmann. Mais on s’est dit “pourquoi pas?”, c’est le moment, nos enfants sont grands.»

 

L’intégration dans la communauté n’est pas toujours évidente pour les trois Alsaciens.  À son arrivée, Liliane Gaudet est «la Française», «celle qui vient d’ailleurs».  Elle devient «la femme à Armand» que l’on montre quand il y a des visiteurs. «Ça me remuait», dit-elle pudiquement, avant d’ajouter : «J’ai aussi eu la chance de rencontrer des gens très gentils pour m’accueillir».

À Alberton, les Lihrmann tissent des liens» avec les insulaires d’origine. «C’est difficile, car les familles d’ici sont liées depuis des générations», réagit Michele Lihrmann.

Le coeur balance

Au fil du temps, Liliane Gaudet réussit à se faire une place dans la communauté acadienne.  La femme de caractère s’implique notamment dans la Société Saint-Thomas-d'Aquin.  À partir de 1976, elle travaille pour La Voix acadienne.  Malgré son divorce, la Canadienne d’origine française n’a jamais voulu quitter l’Île. «J’appartiens aux champs de patates», plaisante-t-elle.

À la recherche d’un rythme de vie moins stressant, les Lihrmann ne regrettent pas non plus d’avoir posé leurs bagages à Alberton. Hors de question de rentrer en France.  Ils s’accrochent à leur rêve : «On est tellement libre ici, si on a la volonté, on peut tout faire».

Mais le coeur des expatriés balance toujours des deux côtés de l’Atlantique. Dans la maison de Liliane Gaudet, les meubles de famille ramenés de France et les tableaux de Strasbourg la transportent tous les jours dans son Alsace natale. À La Petite France, les Lihrmann ont également emporté avec eux la terre de leurs ancêtres. «On a planté nos racines ici alors on a fait venir tous nos souvenirs», confie Michele Lihrmann.

 

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  • Date de création 6 décembre, 2019
  • Dernière mise à jour 9 décembre, 2019
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