COVID-19 : retour sur une semaine folle à l’Île-du-Prince-Édouard

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Dennis King, a décrété le 16 mars en fin d’après-midi, l’«état d’urgence de sanitaire» à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) au regard de la progression de la maladie COVID-19 au Canada. Une décision prise lors de la sixième conférence de presse en quatre jours.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Lundi 9 mars, la médecin-hygiéniste en chef de l’Île-du-Prince-Édouard, Heather Morrison, fait un point-presse lors duquel elle invite les Insulaires à surveiller leur état de santé s’ils reviennent de l’étranger en raison de la progression de la COVID-19 au Canada. Une semaine plus tard, le Canada a fermé ses frontières aux étrangers, plus de 120 tests de dépistage ont été effectués à l’Île, un cas a été confirmé et une batterie de mesures ont été prises pour éviter que les Insulaires ne transmettent la maladie.

Restrictions en éducation et petite-enfance

L’une des mesures les plus importantes est sans aucun doute la fermeture des garderies à partir du 17 mars, et ce jusqu’à nouvel ordre, annoncée le 15 mars en soirée, pendant le deuxième point-presse de la journée. Lors du premier, Heather Morrison demandait aux parents revenant de l’étranger de ne pas amener leurs enfants en garderie, une décision qui n’a donc tenu que quelques heures. Les écoles, elles, resteront fermées après le congé de mars pendant au moins deux semaines supplémentaires. Aucune indication du côté du ministère de l’Éducation et du Bureau de la médecin-hygiéniste en chef sur le report de la fin de l’année scolaire.

De son côté, l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a annoncé la suspension immédiate de tous les cours à compter du 16 mars. «Pour être tout à fait clair, les classes, les laboratoires et les examens en présentiel ne reprendront pas ce semestre», a indiqué l’établissement par voie de communiqué. Le Holland College et le Collège de l’Île ont suspendu aussi leurs cours.

Tous les établissements de soins communautaires et de soins de longue durée, publics et privés, restreignent désormais les visites. Santé Î.-P.-É. n’assure plus que les services essentiels afin de soulager le personnel. Les interventions ou les rendez-vous non urgents sont reportés.

La province demande la collaboration de tous

Les autorités demandent également aux Insulaires revenant d'un voyage à l'étranger de s’isoler volontairement pendant 14 jours. Les bibliothèques annulent tous leurs évènements et certaines d’entre elles ferment complètement leurs portes jusqu’à nouvel ordre.

La médecin-hygiéniste en chef se dit «consciente» que toutes les mesures mises en place sont contraignantes. «Les semaines, voire les mois à venir, vont être difficiles pour les communautés et les familles, affirme-t-elle. Il s’agit de trouver un équilibre avec la protection de la population.»

«La COVID-19 a des impacts sur le monde, et l’Île n’est pas immunisée», ajoute Dennis King. Le premier ministre de la province, isolé chez lui, car de retour d’un séjour aux États-Unis, est intervenu lundi par téléphone lors de la conférence de presse. Le cas confirmé à l’Île est une femme dans la cinquantaine revenue d’une croisière Celebrity Summit le 7 mars. Elle a subi un test de dépistage le 11 mars et diagnostiquée le 14. Elle est toujours en isolement et «va bien», selon la médecin-hygiéniste en chef. Les personnes en contact avec la femme ont été appelées à s’auto-isoler. Trois autres Prince-Édouardiens, qui étaient à bord du même navire, sont également en isolement.

Alors que de nombreuses entreprises commencent à ressentir les effets de la crise, le ministre de la Croissance économique, du Tourisme et de la Culture, Matthew MacKay, annonce plusieurs mesures pour les aider à faire face à la crise. Un fonds d’urgence de 25 millions de dollars est notamment mis à la disposition des entreprises, des employés et des travailleurs autonomes en difficulté : «Ce n’est pas de l’argent pour plus tard, c’est de l’argent pour maintenant», insiste-t-il. Les critères permettant de toucher cet argent sont en train d’être élaborés.

À ses côtés, le ministre de la Sécurité publique, Bloyce Thompson, tient à rassurer les Insulaires : «La chaîne d’approvisionnement n’est pas touchée pour le moment.» Aucune décision de restriction de circulation sur le pont de la Confédération n’est prise à l’heure actuelle et les magasins sont réapprovisionnés, bien que pris d’assaut comme partout au pays.

«Je demande aux habitants, aux entreprises de réfléchir à ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas, et d'agir en conséquence», supplie Heather Morrison. La médecin-hygiéniste en chef est en première ligne dans la gestion de cette crise depuis maintenant sept jours. Son objectif est clair : «aplanir la courbe» de progression de la maladie et faire en sorte que le nombre de cas à l’Île reste bas. Interrogée sur la cohérence de toutes ces décisions au regard du seul cas confirmé à l’Île, elle affirme : «Je préfère aller vite en avance plutôt que de devoir prendre des décisions trop tard.»

L’état d’urgence de santé publique lui confie plus de pouvoirs pour prendre des mesures complémentaires, telles que la fermeture des lieux publics, l’interdiction de rassemblement ou l’obligation de confinement, si les circonstances l’exigent. Pour le moment, les autorités provinciales misent sur la collaboration de la population. Interrogée sur les célébrations de la Saint-Patrick qui doivent avoir lieu mardi soir et sur l’opportunité de fermer les bars, Heather Morrison renvoie la balle : «Posez-vous la question : est-ce que c’est essentiel d’y aller?»

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  • Date de création 17 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 17 mars, 2020
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