COVID-19 : les craintes des acteurs économiques à l’Île-du-Prince-Édouard

De l’argent pour les travailleurs autonomes, des prêts à taux fixe pour les entreprises, des reports d’échéances pour les prêts : le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) annonce quasi quotidiennement des mesures pour aider le secteur économique local à faire face à la crise de la COVID-19.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Les restaurants sont fermés, les librairies affichent portes closes et même des frontières sont barrées. À l’image du pays, l’Î.-P.-É. vit au ralenti depuis une semaine. Heather Morrison, la médecin-hygiéniste en chef de la province, prend depuis le 13 mars de plus en plus de mesures pour freiner l’épidémie de la COVID-19. Alors que l’Île ne compte que deux cas depuis le 19 mars, elle tient à éviter une «situation à l’italienne».

Les fermiers affectés

Certains en ressentent déjà les impacts, dont les fermiers. «Le prix du bœuf a diminué de 5 cents la livre», s’inquiète Robert Godfrey, président de la Fédération agricole de l’Î.-P.-É. Ce qui le rassure, c’est la demande élevée pour d’autres produits. Dès les premières annonces du gouvernement, les Insulaires «ont fait le plein de leur cellier». Comprendre : se sont rués dans les supermarchés.

Les produits de l’Île traversent encore la frontière avec les États-Unis. Les travailleurs saisonniers temporaires, eux, ne peuvent pas faire le chemin inverse pour le moment.

«Quelque 300 à 400 travailleurs viennent chaque printemps du Mexique et des Caraïbes, explique Robert Godfrey. Nous faisons face à la possibilité que des centaines de travailleurs manquent pour la saison, ça aurait des conséquences catastrophiques.» Il faut selon lui régler ce problème sans attendre.

«Normalement, ils sont dans les champs dès la troisième semaine d’avril. S’ils doivent être en quarantaine deux semaines en arrivant, ça signifie qu’ils doivent venir aussitôt que possible». Il refuse d’envisager un décalage du début de la saison : «Notre fenêtre de beau temps est courte, et la production doit continuer pour nourrir les gens».

Fermeture des restaurants

Le propriétaire Steve Murphy a pris la décision de fermer son hôtel-restaurant Slaymaker & Nichols «le matin même» de l’annonce du gouvernement. Revenant d’un voyage au Mexique, il est, au moment de notre discussion, en auto-isolement depuis plusieurs jours.

«Nous avons décidé de proposer un service de commandes à chercher en voiture, sans contact. Le paiement se fait à distance et nous déposons le paquet sur le siège arrière de l’auto», explique-t-il. L’établissement, qui emploie en temps normal une vingtaine de personnes, n’en a gardé que quatre.

Les mesures annoncées par le gouvernement rassurent un peu le restaurateur, mais la viabilité économique du lieu, lancé fin 2019, va dépendre «de combien de temps ça dure». «Pour le moment, on a besoin de liquide. Si ça continue, peut-être qu’on utilisera le prêt de soutien.»

La province promet 500 dollars par semaine aux travailleurs autonomes en difficulté et 100 000 dollars à 4 % d’intérêts pour les petites entreprises faisant face à des difficultés.

Le City Cinema en péril?

La présidente de la Charlottetown Film Society, Carol Horn, espère que le City Cinema survivra à cette crise. La petite salle existe depuis 25 ans, «il faut que ça continue, on était sur un bon chemin». Pour l’instant, elle se satisfait du décalage de trois mois des remboursements à Finance PEI. «On a un prêt chez eux», explique Mme Horn.

Le City Cinema vient tout juste d’embaucher une directrice, dont l’entrée en fonction est prévue le 23 mars. Les quatre employés qui travaillent habituellement trois à six heures par semaine ont d’ores et déjà été mis à pied. Le gouvernement provincial garantit une aide de 200 dollars par semaine pour celles et ceux qui perdent des heures de travail.

«Tout ça arrive à un mauvais moment dans l’année, poursuit Steve Murphy, avec sa casquette de président de l’Association touristique Cavendish Beach. Nous avons déjà eu une saison estivale courte en 2019 à cause de Dorian, avec beaucoup de pertes et de dommages. Maintenant ça…»

Habituellement, les entreprises sont sur le pont dès mi-avril pour une réouverture en mai. «C’est dans un mois, s’inquiète-t-il. Mais c’est jouable.» Steve Murphy espère que les Canadiens seront au rendez-vous : «Le démarrage sera peut-être lent, mais ils voudront profiter de l’été et peut-être rester au pays.»

«La COVID-19 a et va continuer à avoir des impacts dévastateurs sur l’économie et le bien-être social des Insulaires», a déclaré le premier ministre de l’Î.-P.-É., Dennis King, le 18 mars.

Ce même jour, le gouvernement fédéral venait d’annoncer 27 milliards de dollars d’aides directes pour les Canadiens et les entreprises. Une partie de cet argent «arrivera dans la poche des Insulaires», assure Dennis King.

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  • Date de création 20 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 20 mars, 2020
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