COVID-19 : avis de gros temps pour l’immigration en Atlantique

L’immigration internationale ralentit au Canada et en Atlantique à cause de la COVID-19. À l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), c’est une véritable menace pour la croissance économique de la province, fortement liée à l’arrivée de nouveaux immigrants. L'Île reste malgré tout attractive, surtout grâce à sa gestion de la pandémie.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

En quelques jours à la mi-mars, la liberté de circulation s’est envolée alors que la COVID-19 commençait à se propager. L’Île-du-Prince-Édouard a fermé ses frontières et les frontières extérieures du pays se sont closes aussi vite. L’impact sur l’immigration s’est fait ressentir dès le mois d’avril. «Il y a eu définitivement un ralentissement jusqu’à fin juin», constate Jamie Aiken, directeur général du Bureau de l’immigration de la province.

Avec les restrictions de voyage mises en place au printemps, l’immigration internationale a ainsi reculé de 52,4 % à l’Île, par rapport à la même période en 2019. Entre avril et juin 2020, seulement 387 nouveaux arrivants se sont installés dans la province. À cette époque, le gouvernement provincial traitait uniquement les demandes des travailleurs essentiels, notamment dans le domaine de la santé, du camionnage et pour certaines industries qui souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre. Si on regarde sur une plus grande période, entre juillet 2019 et juin 2020, la baisse est moins prononcée : 2839 immigrants sont arrivés à l’Île, soit 13,6 % de moins comparé à l’année précédente.

Inquiétude pour la croissance économique

«Depuis juillet, les chiffres sont remontés. Au niveau de la province, on traite à nouveau toutes les candidatures et les délais sont revenus à ce qu’ils étaient avant la pandémie», assure Jamie Aiken. «Beaucoup de nos demandeurs sont déjà ici avec des permis de travail temporaires. On les aide à obtenir leur résidence permanente», ajoute Angie Cormier, directrice de la Coopérative d’Intégration francophone (CIF). Mais la crise sanitaire ralentit le traitement des demandes par le ministère fédéral de l’Immigration. «Ça peut prendre jusqu’à dix mois», selon Jamie Aiken qui reste confiant pour 2020. «À l’Île, on va vraisemblablement atteindre nos objectifs d’immigration. En revanche, pour l’année prochaine, c’est difficile de savoir», reconnaît-il.

Avec son impact sur l’immigration, la pandémie menace de faire dérailler l’un des principaux moteurs de la croissance économique de l’Île. «L’un des facteurs clés de notre récente prospérité, c’est notre croissance démographique liée à l’arrivée de nombreux immigrants», explique George Jia, professeur d’économie à l’Université de l’Î.-P.-É. Au 1er juillet 2020, la croissance démographique de la province était toujours la plus rapide au pays avec une hausse de 1,5 % pour atteindre 159 625 habitants. Mais l’universitaire est inquiet pour les années à venir : «Ça va être vraiment difficile de maintenir les niveaux qu’on a connus, une reprise à court terme de l’immigration étant peu probable».

Plus d’arrivées interprovinciales

Du côté des acteurs économiques, on reste pour le moment optimiste. «Nous surveillons la situation, mais ce n’est pas temps de tirer la sonnette d’alarme», observe Penny Walsh-Maguire. La directrice de la Chambre de commerce du Grand Charlottetown assure que ses membres n’ont pas changé leurs pratiques de recrutement et continuent de recevoir des candidatures de l’étranger. Elle note même une légère augmentation des candidatures provenant d’autres provinces canadiennes, en particulier de l’Ontario et de l’Alberta : «C’est encore anecdotique, mais ça montre à quel point l’Île est vue comme un endroit sûr, à l’abri de la COVID-19».

À la CIF, Angie Cormier confirme l’intérêt accru pour la province. «Les demandes de gens qui veulent s’installer ici augmentent. Ils ont assisté à des sessions d’informations et des forums virtuels et ne sont pas découragés par les restrictions; au contraire, ils veulent venir», affirme la directrice.

Mais Penny Walsh-Maguire prévient : la reprise économique pourrait être mise en péril si une chute durable de l’immigration se confirme en région Atlantique. «Ce serait vraiment néfaste pour tous les secteurs, car plus on avance, plus notre population vieillit et plus on a besoin d'immigrants pour accroître notre main-d’œuvre», développe-t-elle.

Un avis partagé par  George Jia. «Le gouvernement fédéral doit trouver de nouvelles façons d’attirer un plus grand nombre d’immigrants pour qu’ils s’installent de manière permanente», insiste le professeur d’économie. Tous les interlocuteurs rencontrés sont unanimes : l’immigration devra faire partie du plan de relance post-COVID-19. Le gouvernement fédéral vient d'ailleurs d'annoncer de nouvelles cibles en forte hausse pour les années à venir : Ottawa souhaite accueillir 1,2 million d'immigrants de 2021 à 2023, soit plus de 400 000 chaque année. En comparaison, l'objectif n'était que de 341 000 pour 2020.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Penny Walsh-Maguire : Penny Walsh-Maguire, directrice de la Chambre de commerce du Grand Charlottetown, note une légère augmentation des candidatures provenant d’autres provinces canadiennes, en particulier de l’Ontario et de l’Alberta. Courtoisie.

George Jia: «Le gouvernement fédéral doit trouver de nouvelles façons d’attirer un plus grand nombre d’immigrants pour qu’ils s’installent de manière permanente», insiste George Jia, professeur d’économie à l’Université de l’Î.-P.-É. Courtoisie

 

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  • Date de création 2 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 2 novembre, 2020
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