Coronavirus : comment l’expliquer aux jeunes ?

Interdiction de se rassembler avec les copains, de voir ses grands-parents, fermeture des écoles, arrêt des activités sportives. À mesure que de nouvelles restrictions apparaissent à l’Île-du-Prince-Édouard, les questions des plus jeunes s’accumulent. Le coronavirus est présent dans toutes leurs conversations. Comment les parents peuvent-ils trouver les bons mots pour en parler?

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

 

À Saint-Timothée, Karine Gallant et son conjoint ont choisi d’inclure leurs trois aînés, âgés de 9 à 15 ans, «dans les discussions autour du coronavirus». Lorsqu’un membre de la famille éloigné, revenu d’un voyage hors de la province, «n’a pas pris les précautions nécessaires», ils en ont parlé en famille. «Ils comprennent la situation, les consignes d’hygiène et de distanciation sociale imposées pour ne pas tomber malade», assure la mère de famille, dont le fils de 9 ans est particulièrement curieux : «Il veut tout savoir, tout comprendre, il demande tout le temps ‘pourquoi?’».

Répondre simplement

Stéphanie Gallant n’a pas non plus attendu pour parler du coronavirus à ses trois enfants, âgés de 8 à 13 ans. «On essaye de ne pas leur causer d’anxiété, mais ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes qu’on ne doit pas leur dire complètement les choses, raconte-t-elle. On adapte l’information à chaque âge.» Le plus important «est de répondre simplement et sereinement à toutes leurs interrogations, explique Mylène Lachance-Grzela, professeure à l’École de psychologie de l’Université de Moncton. Les parents doivent composer avec leur propre incertitude, ne surtout pas paniquer ni transmettre leur stress».

Certaines questions peuvent laisser les parents désemparés. Lorsque l’angoisse des jeunes se concentre autour de la mort de leurs grands-parents, «c’est difficile de répondre honnêtement sans les inquiéter, reconnaît la psychologue. Il faut leur rappeler que toutes les mesures sont prises pour protéger les plus fragiles et que la grande majorité des patients guérit de la maladie».

Être à l’écoute, se montrer rassurant, admettre qu’on ne sait pas tout, «et ne pas mentir sur la réalité de la situation sous peine d’aggraver l’angoisse des enfants», souligne Mylène Lachance-Grzela. Afin de ne pas projeter sur eux des idées qu’ils n’ont pas, «les parents peuvent leur demander ce qu’ils savent déjà du coronavirus, ce qu’ils en ont compris, ce qu’ils en pensent», poursuit-elle. Pour parler aux plus jeunes, elle conseille également d’utiliser des jeux. «Les parents peuvent dessiner le virus, des vaccins et des bataillons de médecins venus défendre le corps, détaille-t-elle. Mais s’ils n’évoquent pas le sujet, inutile d’en parler tous les jours.»

Décrypter les nouvelles avec les enfants

Chez certains adolescents, il existe une forme d’insouciance, voire d’inconscience face au danger que représente le virus. «Ils se sentent moins vulnérables et sont susceptibles de développer des comportements à risque», analyse Mylène Lachance-Grzela qui recommande de les responsabiliser. Autrement dit, «leur expliquer que leur comportement a un impact sur la communauté, qu’ils ont un rôle à jouer pour protéger les autres», détaille la psychologue. Avec le risque d’augmenter leur stress alors qu’ils sont souvent présentés comme des vecteurs de l’épidémie? «On peut leur dire que s’ils respectent le confinement, l’éloignement social, ils ne représentent pas un danger pour la société», réagit la spécialiste. Avant de préciser : «Ce genre de discours ne vaut évidemment pas pour des adolescents enclins à l’anxiété.»

Pour Mylène Lachance-Grzela, les parents doivent savoir stopper le flot continu d’informations, ne pas se retrouver pris au piège des écrans. «Regarder les nouvelles en boucle à longueur de journée nourrit l’anxiété, développe-t-elle. Les plus jeunes n’ont pas forcément la capacité de contextualiser les informations qu’ils reçoivent, de faire la différence entre ce qui se passe en Europe et ici.» La psychologue insiste : il est important que les parents prennent le temps de décrypter les nouvelles avec leurs enfants. Un avis partagé par Karine Gallant dont les enfants grandissent sans la télévision. «Ils sont moins inquiets, dramatisent moins, témoigne-t-elle. Si de notre côté, on voit une information intéressante, on la partage naturellement avec eux, on ne leur cache rien.»

Mais l’exercice est compliqué à l’heure où les fausses nouvelles se propagent plus rapidement que la COVID-19. Aux yeux de Mylène Lachance-Grzela, les parents doivent «donner l’exemple», montrer à leurs enfants comment vérifier la fiabilité et la source des informations, «contribuant ainsi à développer leur esprit critique».

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PHOTOS : Pour Mylène Lachance-Grzela, professeure à l’École de psychologie de l’Université de Moncton, le plus important «est de répondre simplement et sereinement à toutes les interrogations des enfants». (Courtoisie)

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  • Date de création 6 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 6 avril, 2020
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