Cornwall se penche sur la santé mentale au travail

Pour résoudre le problème de rétention qui afflige plusieurs entreprises locales, la ville de Cornwall a tenu, en décembre dernier, un déjeuner d’information sur le thème de la santé mentale. Les quelque 60 employeurs y ayant assisté sont repartis mieux informés sur les enjeux réels, et sur les manières de les gérer. 

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Ericka Muzzo — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Le Conseil de développement social de Cornwall lançait en début 2019 une série d’ateliers intitulée «Main d’œuvre inexploitée» (Untapped Workforce). Les deux premiers ont exploré les sujets des antécédents criminels et des handicaps en milieu de travail. Pour le troisième, les employeurs participants ont été pratiquement unanimes dans le choix de la santé mentale.

«Ça fait des années qu’on en parle, on voit qu’on ne peut vraiment plus ignorer le sujet. Il y a là une réelle occasion d’améliorer la productivité des entreprises», constate la directrice du Conseil de développement social de Cornwall, Carilyne Hébert.

Appuyée de son équipe, elle a mis sur pied les déjeuners «Main d’œuvre inexploitée» en constatant que les besoins de la communauté avaient changé. «Les postes disponibles sont différents, le taux de chômage a baissé. Les employeurs cherchent beaucoup hors région, et beaucoup de gens veulent travailler, mais ne sont pas les premiers considérés», remarque Carilyne Hébert.

C’est donc pour faciliter l’embauche de cette frange de la population, qui peine à se trouver un emploi pour toutes sortes de considérations, que les déjeuners-ateliers ont vu le jour.

Combattre le présentéisme

Lauren Dewar, de l’Association canadienne pour la santé mentale, était à l’événement de décembre pour offrir aux participants une présentation sur les enjeux de la santé mentale au travail. «Ça a une énorme influence sur le travail des employés, mais c’est assez récent qu’on en parle. Dans les dernières années, la thématique a vraiment été mise en lumière, mais souvent les employeurs ne savent toujours pas comment gérer ça», constate-t-elle.

Le tabou, surtout, est encore très présent. Pourtant, les problèmes de santé mentale font partie des cinq principales causes d’invalidité au travail, partout dans le monde. «On va manquer une journée de travail pour un rhume, mais pour des problèmes de santé mentale, c’est encore difficile à faire», déplore Lauren Dewar.

L’une des principales conséquences qui en découlent est le «présentéisme», soit le fait d’être physiquement présent au travail, mais de ne pas être mentalement apte à accomplir ses tâches. Cela a pour effet de faire traîner le problème en longueur, alors que le fait de manquer une journée (absentéisme) permet de se remettre sur pied plus rapidement, aussi bien physiquement que mentalement.

Un deuxième volet à prévoir

Avec la plus haute participation depuis la création des déjeuners «Main d’œuvre inexploitée», il apparaît évident pour Carilyne Hébert que le thème de la santé mentale est encore incompris chez plusieurs employeurs.

«Après le déjeuner, on a fait un sondage pour savoir si les employeurs participants seraient prêts à adopter des recommandations formulées dans les présentations. Certains ont dit oui, d’autres non, mais dans tous les cas on espère que ça ouvre les esprits à l’embauche de gens qui ont des problématiques de santé mentale», formule la directrice du Conseil de développement social de Cornwall.

Créer un environnement de travail plus sain pour ces employés, comme pour tous les autres, passe notamment par davantage de flexibilité au niveau des horaires. «La manière de commenter le travail de la personne peut aussi être adaptée, tout comme des accommodations peuvent être disponibles. Au final, la productivité augmentera avec l’amélioration des conditions de travail», prévoit Lauren Dewar, agente de l’Association canadienne pour la santé mentale.

Le prochain déjeuner «Main d’œuvre inexploitée» aura lieu au mois de février et portera sur un tout autre sujet, à déterminer. Carilyne Hébert prévoit toutefois que la santé mentale sera de nouveau abordée, de manière plus approfondie, lors d’un déjeuner subséquent.

Un guide est également en développement au Conseil de développement social de Cornwall, et comprendra plusieurs pistes de solutions pour mieux accueillir les employés aux prises avec des problématiques de santé mentale. À terme, l’objectif de Cornwall est de mieux retenir ses travailleurs, notamment en leur offrant des milieux de vie plus sains et plus adaptés à leurs besoins.

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  • Date de création 7 janvier, 2020
  • Dernière mise à jour 7 janvier, 2020
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