IJL - Ouest

Une recherche sur l’état de santé des immigrants francophones

Une recherche multiprovinciale/territoriale vise à connaitre l’état de santé des immigrants francophones. Piloté par le Réseau santé albertain et lancé le 5 novembre dans le cadre de la Semaine nationale de l’immigration francophone, le projet visera, outre les immigrants de l’Alberta, ceux de la Saskatchewan, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut et de Terre-Neuve-et-Labrador.

André Magny

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Entre 2001 et 2016, selon des chiffres de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, « on a vu une augmentation de 84% au Yukon, 49% pour le Nunavut et 28% pour les Territoires du Nord-Ouest, en termes d’immigration francophone », explique le directeur général du Réseau Santé en français au Nunavut (RÉSEFAN), Jérémie Roberge. Un pourcentage beaucoup plus élevé que dans n’importe quelle autre province canadienne. Il devenait donc essentiel d’avoir un portrait.

Le projet est financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), par l’entremise du réseau Société Santé en français (SSF), et plus particulièrement par le Réseau Santé albertain.

Son directeur, Paul Denis, explique qu’il y aura deux phases au projet. La première, de 2020 à 2023, permettra d’avoir un portrait global de l’état de santé des immigrants. La deuxième, de 2023 à 2025, tentera d’apporter des pistes de solution aux problèmes soulevés lors de la première phase. « On s’aperçoit qu’il y a un besoin au niveau de la santé mentale », précise M. Denis, faisant notamment allusion aux diverses difficultés engendrées par la vie d’un immigrant, que ce soit au niveau culturel, du monde du travail ou dans le quotidien comme avec quelque chose d’aussi simple que la nourriture. La recherche devrait aussi livrer des données sur les traumatismes, les impacts relationnels, l’abus de substance et le suicide, ainsi que sur diverses maladies chroniques vécues par ces nouveaux Canadiens. Le budget total de cette étude, selon M. Denis, sera de l’ordre de 295 000$.

Le Campus Saint-Jean y participle

Pour mener à bien la première phase, un appel à propositions est lancé par Réseau Santé albertain auprès de la communauté universitaire du Campus Saint-Jean, à Edmonton. Cette recherche de trois ans permettra d’y voir plus clair et de faire des liens entre santé, langue et immigration.

La personne choisie sera de la Faculté Saint-Jean. Elle devra toutefois recruter un assistant ou une assistante provenant d’une université d’une province ou d’un territoire partenaire au sein de la recherche. Des collaborations interprovinciales et territoriales seront aussi mises de l’avant tout au long du processus de la recherche. Les candidats auront jusqu’au 6 décembre prochain pour déposer leur proposition auprès du bureau de la recherche de la Faculté Saint-Jean.

La vice-doyenne de la recherche et innovation, au sein de cette Faculté de l’Université de l’Alberta, Martine Pellerin, se réjouit de la tenue d’un tel projet. « Depuis les 10 dernières années, les trois territoires voient leurs communautés immigrantes francophones s’agrandir de manière significative, dit-elle. Or, nous n’avons que très peu de données probantes pour documenter cette nouvelle réalité démographique et l’état de santé des immigrants francophones en régions éloignées. Voilà une opportunité nécessaire pour nous outiller à répondre plus justement aux besoins de ces derniers! »

Au-delà des tabous

À Iqaluit, la capitale du Nunavut, sur les 4% d’immigrants francophones, Jérémie Roberge estime qu’on retrouve non seulement des gens provenant du Québec ou de diverses communautés franco-canadiennes, mais aussi, par exemple, des Camerounais, des Togolais, des Maliens, des Sénégalais ou encore des Ivoiriens. Jérémie Roberge se dit « préoccupé par le fait de savoir » comment vont réellement toutes ces personnes. L’étude permettra sans doute d’offrir des services mieux adaptés culturellement. « Déjà, il y a des tabous au sein de la société canadienne quand on parle de maladie mentale, indique-t-il. Le fossé est encore plus grand du côté africain, quand il est question, par exemple, de dépression. »

À tout cela s’ajoute également le besoin de bien savoir comment intervenir efficacement en cas de maladie demandant une intervention spécialisée. « Parce que nous, il faut aussi penser à l’évacuation d’un patient pour l’envoyer dans le Sud », enchaîne-t-il. Pas à Miami. À Ottawa.

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Bas de vignettes

Le directeur général du Réseau Santé albertain, Paul Denis, estime que 25 % de la population francophone de l’Alberta est composée d’immigrants.

Gracieuseté : RSA

Le directeur général du Réseau Santé en français au Nunavut (RÉSEFAN), Jérémie Roberge.

Gracieuseté : RÉSEFAN

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  • Date de création 19 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 26 novembre, 2020
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