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Colombie-Britannique: les défis de l’éducation en français dépassent les murs de l’école

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique se montre plus directif envers ses huit écoles secondaires dans le dossier de la transition vers la structure homogène, et ce, depuis l’embauche d’un responsable du projet. Malgré tout, les défis sont complexes et engendrent une insécurité généralisée dans l’ensemble des communautés-école impliquées.

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Marie-Paule Berthiaume

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

 

La liste des défis à relever par le Conseil scolaire francophone (CSF) de la Colombie-Britannique dans sa transition vers la structure homogène est longue et diversifiée. Outre des considérations logistiques complexes liées à la création de nouvelles écoles, les spécificités de chacune des huit communautés-école représentent un casse-tête non négligeable.

Bris de confiance

«The trust is gone. Il faut rétablir la confiance entre le CSF et ses associations de parents d’école (APÉ)», indique la présidente de l’APÉ de Sechelt, Ione Smith. Elle déplore que le conseil d’administration (CA) du CSF ait décidé de l’avenir de ses élèves sans nommer de responsable pour cette transition d’envergure et sans consulter les communautés-école  directement touchées par la transition.

«Mais on accepte l’état des choses actuel et on va tenter de travailler avec le CSF. Je suis satisfaite que le CA ait donné plus de flexibilité au directeur général. L’année prochaine, on est sauvé par le statu quo et on verra pour 2022-2023», concède-t-elle. Ione Smith attend patiemment la visite «en personne» du CSF pour exposer les préoccupations de sa communauté-école et les défis géographiques uniques à sa région, une étape qu’elle juge «nécessaire et appropriée».

Vision à long terme

Selon le directeur de l’Élargissement de l’espace francophone par intérim, Éric Leclerc, un défi de taille pour le CSF sera de faire accepter le travail à long terme requis par les communautés-école pour assurer la transition, en adoptant «la théorie des petits pas».

Selon lui, l’enjeu principal se trouve au niveau de la création d’une communauté francophone outillée pour accompagner ses jeunes. «Qu’est-ce qu’on fait pour faire vivre la francité de l’élève? Est-ce qu’on amène des animateurs culturels? Est-ce qu’on fait des activités culturelles? Est-ce qu’on crée des lieux de rencontre où l’on développe la culture? Comment collaborer avec les centres communautaires et autres partenaires francophones?»

Pénurie d’enseignants

Pour Ione Smith, le plus gros défi reste l’embauche d’enseignants. Elle montre du doigt la rareté des logements dans sa petite communauté rurale basée sur le tourisme, où la location à court terme domine et le marché de l’immobilier surchauffe. L’absence d’un système de transport public adéquat s’ajoute à sa liste de défis. «Aussi, même si on réussit à attirer des enseignants, ils ne restent pas longtemps parce que c’est difficile pour leur conjoint de trouver du travail», ajoute-t-elle.

Sechelt est la plus grande communauté de la Sunshine Coast, une région isolée à 40 km au nord-ouest de Vancouver et accessible par traversier. On y dénombre 10 000 résidents, soit le tiers de la population de la Sunshine Coast. «Ce n’est pas comme si des ayants droit vont apparaître par magie», explique Ione Smith qui rappelle que les prédictions provinciales quant à l’accroissement du nombre d’élèves au CSF d’ici 2029 est en deçà de 0,5%.

Même son de cloche chez Éric Leclerc, qui a déjà été directeur d’école et qui rappelle que la pénurie d’enseignants est généralisée à travers le Canada. «Tu engages un professeur qui gagne 42 000$ en partant. Tu le mets à Vancouver, où je suis, avec des logements mensuels à 4 500$. Le jeune vient me voir au mois de novembre pour me dire: l’année prochaine je ne reviendrai pas, je ne suis pas capable de vivre ça.»

Un objectif commun, une approche différente

Malgré toutes les embûches mises en lumière par la transition, Ione Smith appuie le CSF dans sa démarche vers une éducation équivalente. Elle se montre toutefois en désaccord à l’idée d’imposer l’école homogène comme seule solution. «Dans nos petites communautés, il va falloir plus que quelques cours supplémentaires en français pour avoir une éducation équivalente.»

 

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Photos :

Eric Leclerc : directeur de l’Élargissement de l’espace francophone par intérim

 

Ione Smith : présidente de l’APÉ de Sechelt

 

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 8 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 9 mars, 2021
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