Charlottetown vit au ralenti

Rues quasi désertes, restaurants fermés, écoles silencieuses ; depuis quelques jours, la capitale de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É) est plongée dans l’inconnu.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

À Charlottetown, depuis le dimanche 15 mars, chaque jour parait durer des semaines. Alors que le printemps arrive doucement, le temps semble suspendu dans la capitale de l’Île-du-Prince-Édouard.

Dans les rues, le plus frappant, c’est le silence, si ce n’est le bruit de quelques voitures de passage. Le centre-ville est vide. Le jeudi 19 mars, la trentaine de personnes que l’on croise sur les principales artères s’évitent. On ne se regroupe plus, on ne se serre plus la main.

Aucune obligation de confinement n’a été décrétée, mais la grande majorité des habitants s’abstiennent de sortir de chez eux. C’est le cas d’Emma Billaux, qui vit au cœur de Charlottetown depuis trois ans et demi. «Heureusement, j’ai un jardin où je peux sortir quand j’en ai envie», nuance-t-elle.

La médecin-hygiéniste en chef de la province, Heather Morrison, appelle en effet à limiter les déplacements à l’essentiel sur une base volontaire. Une nouvelle normalité s’est installée, le sentiment d’être dans le tort dès qu’on quitte son domicile.

«C’est vraiment bizarre, je n’ai jamais vu ça»

Chaque jour apporte sa nouvelle limitation aux contours pas toujours clairs. Depuis le mardi 17 mars, les restaurants et cafés sont fermés et proposent uniquement de la vente à emporter ou à livrer. Les magasins de vêtements, de décorations, les librairies, les salons de beauté, les coiffeurs, les théâtres, les cinémas, les parcs, les salles de sport, etc. ont également baissé leurs rideaux.

Chaque boutique a son panonceau. Sur la vitrine d’un comptable : «Stop!!! Nous rencontrons uniquement les clients sur rendez-vous, absolument aucune exception». Sur celle d’un libraire : «Fermé jusqu’à nouvel ordre».

Seuls les commerces de première nécessité comme les supermarchés, stations-service et pharmacies peuvent ouvrir. «C’est vraiment bizarre, je n’ai jamais vu ça, “personne dans les rues”, réagit Raeanne Buckland, installée à Charlottetown depuis huit ans. Même pendant les grosses tempêtes, il y a toujours des restaurants ouverts.»

Le mercredi 18 mars, lorsque la fermeture des magasins d’alcool et de cannabis est annoncée, c’est la ruée. Dans les files d’attente qui se prolongent parfois jusque dans la rue, les clients ne se tiennent pas à deux mètres de distance les uns des autres.

Le jour même, Heather Morrison se déclare «déçue» par le comportement des Insulaires. Le lendemain, elle s’excuse : «Ce n’était pas clair, on va trouver une solution pour vendre de l’alcool autrement».

Rythme plus lent

Les habitants vivent désormais au rythme des conversations sur les réseaux sociaux, dans une atmosphère irréelle. Le réel, lui, se manifeste deux fois par jour à chaque conférence de presse organisée par le gouvernement provincial.

Le jeudi 19 mars, Heather Morrison évoque le chiffre de 3000 morts si les mesures de confinement volontaire ne sont pas respectées. Les habitants sont sidérés par ce chiffre-choc.

Peu à peu, Raeanne intériorise les contraintes, s’habitue à ne plus croiser grand monde. Pour l’instant, elle assure ne pas souffrir de l’enfermement. «Je lis, joue de la guitare ou cuisine, explique-t-elle. Mais j’ai beaucoup de stress supplémentaire avec tous ces changements.» L’étudiante s’est accordé une seule balade en voiture, «pour faire quelque chose». Ses cours à l’Université de l’Î.-P.-É., suspendus, doivent reprendre en ligne lundi prochain.

Pour Emma, les journées se ressemblent aussi. La trentenaire, confinée chez elle avec ses trois colocataires, a installé un bureau dans sa chambre pour télétravailler. «Ça va, mais le rythme est plus lent», confie-t-elle. Les habitants de Charlottetown semblent embarqués pour un long voyage immobile.

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Légendes : (Crédits : Marine Ernoult)

Ch’ town-1 : Queen Street, l’artère centrale du centre-ville de Charlottetown, est déserte jeudi 19 mars après-midi.

Ch’ town-2 : Queen Street, l’artère centrale du centre-ville de Charlottetown, est déserte jeudi 19 mars après-midi.

Ch’ town-3 : Sur Queen Street, les magasins affichent portes closes.

Ch’ town-4 : Sur Victoria Row, la rue historique de Charlottetown, cafés et restaurants, généralement achalandés, sont fermés.

Ch’ town-5 : Les rues sont quasi-désertes. Quelques bus circulent encore avec des horaires réduits.

Ch’ town-6 : Les rues vides du centre-ville de Charlottetown.

Ch’ town-7 : Sur la vitrine d’un comptable, on peut lire le panonceau «Stop!!! Nous rencontrons uniquement les clients sur rendez-vous, absolument aucune exception».

Ch’ town-8 : Les bâtiments du gouvernement provincial (à gauche) sont fermés. L’ensemble du personnel non-essentiel fait du télétravail.

Ch’ town-9 : Les rues vides du centre-ville de Charlottetown.

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  • Date de création 20 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 20 mars, 2020
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