Chanter les retours : une chorale terre-neuvienne aspire à une vie musicale normale

Chaque automne, CBC Music lance un concours à toutes les classes de musique du Canada, le CBC Canadian Music Class Challenge (le Défi des classes de musique). En décembre dernier, la chorale de l'école secondaire Holy Heart of Mary, basée à St. John's, a remporté un des premiers prix de ce concours. Comment la chorale continue-t-elle à chanter malgré la pandémie? Robert Colbourne, directeur du choeur et professeur de musique, raconte l'expérience de la Holy Heart Chamber Choir.

____________________

Coline Tisserand

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

La lumière baisse tranquillement. Sur les marches de l'édifice du Colonial Building de la ville de St. John's, une soixantaine de jeunes, habillés en noir, interprètent la chanson Sing you home («Chanter vos retours»), du groupe The Ennis Sisters.

Depuis sa publication en novembre dernier, cette vidéo de la Holy Heart Chamber Choir a été vue plus de 50 000 fois. Elle a aussi valu à la chorale  le premier prix du concours de CBC Music, dans la catégorie «Audition» (Auditioned Music Class).

Chaque année, tout professeur de musique du Canada qui veut participer au défi avec ses étudiants doit choisir une oeuvre musicale parmi une vingtaine de chansons canadiennes proposées par CBC Music. Il y en a pour tous les âges, tous les niveaux, ainsi que pour les différentes formations, orchestres ou chorales.

Partager la musique

Pandémie oblige, l'événement a dû s'adapter à la situation pour que «ceux qui étudient depuis chez eux puissent aussi participer au défi», souligne CBC Music sur son site Web. Les vidéos soumises devaient être tournées en respectant les mesures de sécurité et de distanciation physique propres à chaque province.

Partout au Canada, la situation n'a pas freiné les professeurs de musique. Parmi les centaines de vidéos soumises, on peut voir des performances simultanées des jeunes chanteurs et musiciens sur Zoom, ou encore des élèves chantant ensemble, masqués ou sans masque, mais à l'extérieur et avec au moins deux mètres de distance.

Dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, Robert Colbourne, professeur de musique à l’école Holy Heart of Mary High School, a lui aussi choisi de relever le défi avec les jeunes chanteurs de la Holy Heart Chamber Choir. «Participer à ce projet permet de partager notre expérience musicale avec d'autres écoles de tout le pays. On peut découvrir d'autres expériences en visionnant leurs vidéos. Ce partage est d'autant plus important, parce qu'ici à Terre-Neuve, on est isolé du reste du pays», explique le professeur.

Chanter éloigné(e)s

La pandémie a-t-elle été un frein pour le travail de la chorale? «C'est certain que c'est un défi de fonctionner pour une chorale en temps de pandémie, admet-il. Quand on a repris en septembre 2020, on n'avait pas encore reçu l'autorisation provinciale de chanter. On pensait qu'on ne pourrait pas chanter. L'autorisation est arrivée un peu plus tard, et avec des directives. Oui, c'est un défi et il faut s'adapter, mais ça ne veut pas dire qu'il faut baisser les bras.»

Recevoir l'autorisation de chanter a été un véritable soulagement pour Robert Colbourne et les étudiants au programme de musique, qui compte environ 120 inscrits répartis dans 4 chorales différentes, dont la Holy Heart Chamber Choir. Il a tout de même fallu apprendre de nouvelles façons de créer de la musique, apprendre à chanter avec un masque à l'intérieur, ou encore passer au virtuel pour les concerts. «Tout est différent par rapport à ce qu’on faisait, mais au bout du compte, c'est vraiment gratifiant de voir ce que la chorale a déjà accompli», ajoute le professeur.

Pourquoi chantez-vous?

La crise sanitaire mondiale a également amené les jeunes choristes à réfléchir sur ce que la musique et le chant représentaient pour eux. «En septembre, on avait tous peur, on se sentait perdu, indique Robert Colbourne. Avec la chorale, on a commencé à se demander: pourquoi chante-t-on? Pourquoi est-ce important pour nous? Ces questions sont venues naturellement, et les étudiants ont progressivement construit leur propre réponse.»

Le fruit de ces réflexions est partagé dans la vidéo qu'ils ont soumise au concours. On peut y voir plusieurs étudiants brandir des pancartes qui commencent toutes par : «I sing because...». «Je chante parce que ça me réconforte/ parce que je peux apprendre de nouvelles langues/ parce que ça raconte notre histoire» sont quelques exemples.

La pandémie a aussi poussé la chorale à sortir de sa zone de confort : il a fallu chanter à l'extérieur, en plein mois de novembre. «Pourquoi choisir de tourner dans des températures vraiment froides? Contrairement à l'intérieur, on a le droit de chanter sans masque dehors si on respecte la distanciation. Pour le tournage de cette vidéo, c'était important que les étudiants soient sans masque afin de voir leurs magnifiques visages pendant qu'ils chantaient Sing you home», explique Robert Colbourne.

Chanter en trois langues

Choisir de travailler sur cette chanson est rapidement apparu comme une évidence. «Sing you home est une chanson terre-neuvienne, composée par The Ennies Sister. Ces trois soeurs sont elles-mêmes d’anciennes étudiantes de Holy Heart. On sentait que c'était le bon choix pour mettre en valeur notre province», explique le professeur.

Le concours laissant libre court à la créativité des participants pour l'arrangement, la Holy Heart Chamber choir a choisi de créer une version trilingue de la chanson. Les étudiants chantent donc en anglais, en français et en langue des signes américaine (ASL). «Ce concours s'étend à tout le Canada, c'est un pays bilingue, d'où le choix du français. En plus, il y a beaucoup d'étudiants en immersion française dans notre école.» Pour ce qui est de la langue des signes, la chorale voulait inclure et rendre leur performance accessible à la communauté sourde du pays.

C'est à travers des ateliers avec la NL Deaf Choir que les jeunes chanteurs ont pu en apprendre plus sur la langue des signes américaine et son utilisation, mais aussi sur la culture sourde. «La connexion avec cette chorale a été très instructive pour les étudiants. Quand on chante dans une autre langue que l'anglais, j'essaie de faire appel à des experts», souligne  Robert Colbourne. «L'important étant d'être le plus authentique possible quand la chorale chante dans une autre langue.»

Chanter sans frontières

C'est peut-être cette authenticité qui leur a valu un premier prix de 1 000 dollars pour la deuxième année consécutive. Pour Robert Colbourne, gagner n'était pas le but ultime : «Pour moi, la victoire a eu lieu bien avant d'apprendre la nouvelle, quand j'ai vu les visages des jeunes pendant le tournage. Ils étaient vraiment investis et heureux de chanter. Plus de 50 000 vues, ça a largement été au-delà de nos attentes et nos intentions.

Et leur musique dépasse les frontières. Le professeur a reçu des demandes de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis pour obtenir et utiliser l'arrangement de Sing you home.

Pour visionner la vidéo de leur prestation : https://www.youtube.com/watch?v=CEIFBbHN0PY

-30-

_______________

Photos au choix

Photo Robert Colbourne : Le chef d'orchestre et professeur de musique, Robert Colbourne, accompagné de Shannon Woodrow, professeur stagiaire. (Capture d'écran-Coline Tisserand)

Photo chorale : Les jeunes chanteurs de la Holy Heat Chamber Choir en pleine interprétation de Sing you home, devant l'édifice du Colonial Building. (Capture d'écran-Coline Tisserand)

Photo ASL : La chorale chante une partie de Sing you home en langue des signes. Au premier plan, la soliste Ava Gogal, étudiante en immersion française. (Capture d'écran-Coline Tisserand)

Photo I sing because nl : Dans la vidéo de leur prestation, les chanteurs ont brandi des pancartes pour parler de leur passion pour le chant. Ici : «Je chante, car ça me permet d'apprendre de nouvelles langues.» (Capture d'écran-Coline Tisserand)

 

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 13 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 13 janvier, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article