IJL - Ouest

Changements climatiques : la faune et la flore se déplacent vers le nord

Des instabilités migratoires ont été observées partout en Amérique du Nord en raison des changements climatiques. La planète se réchauffe et les espèces se déplacent plus au nord pour survivre. Cette expansion du territoire n’est pas sans effet sur le reste de l’écosystème.

Alyson Roussel

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Des changements dans les comportements

Les vagues de chaleur, les précipitations changeantes, le gel et le dégel poussent certaines espèces à se déplacer à la recherche de nourriture et de températures plus adéquates pour leur métabolisme.

En réponse aux changements climatiques, plusieurs phénomènes se produisent, dit la professeure en sciences environnementales à l’Université de l’Alberta, Glynnis Hood. Des espèces étendent leur territoire et se déplacent plus au nord, tandis que certaines autres, codépendantes, se contentent d’un territoire réduit. Comme l’explique la professeure, «en écologie, tout est connecté».

Par conséquent, si le déplacement en terrain plus froid peut être relativement facile pour les animaux, il ne l’est pas nécessairement pour les plantes révèle un autre spécialiste, Quinn Barber, analyste en science du feu au Service canadien des forêts. Selon lui, si la situation est inquiétante pour la faune, elle l’est encore plus pour la flore.

La flore, principal facteur

«Si un orignal peut facilement se déplacer de 5 km chaque année, on ne peut pas dire la même chose d’une plante », rapporte M. Barber.

Les animaux se déplacent vers le Nord, explique-t-il, parce que les plantes dont ils se nourrissent sont elles aussi affectées par les températures changeantes. Dans les plaines canadiennes, on voit plus facilement un impact sur la flore. «Dans les Rocheuses, si une plante est trop exposée à la chaleur, elle peut monter en altitude, affirme M. Barber. Dans les plaines, ces plantes fragiles vont disparaître sans une intervention humaine».

Les effets de ces déplacements

En Alberta, on remarque depuis quelques années que les tendances migratoires des oiseaux sont décalées. «Ils arrivent souvent trop tôt lorsqu’il y a encore du gel ou au bon moment, mais la saison de certains invertébrés dont ils se nourrissent est déjà terminée», souligne Glynnis Hood.

Pour ces espèces d’oiseaux, un emplacement qui diffère sur une carte n’entraîne pas toujours un effet négatif. En 2016, une étude menée par des chercheurs finlandais du Finnish Museum of Natural History, publiée dans le journal scientifique Global Change Biology, expliquait qu’entre 1970 et 1989, puis 2000 et 2012, 128 espèces d’oiseaux avaient changé leurs trajectoires vers le nord-est de la Finlande. Ils avaient ainsi augmenté la densité de leurs volées de 37 km plus au nord.

Castors synonymes de danger

À une plus grande échelle, les populations de castors de l’Amérique de Nord et de l’Arctique étendent leurs territoires et elles le font rapidement, ajoute Glynnis Hood. Les castors changent radicalement les habitats en créant des barrages et des étendues d’eau. Les ruisseaux arctiques deviennent alors des milieux humides. Selon elle, ils affectent aussi le pergélisol et la pousse d’arbustes.

Un dilemme complexe

Les chercheurs comme Glynnis Hood ou les analystes comme Quinn Barber ne peuvent pas déterminer avec précision les effets à long terme de ces migrations sur de la faune et la flore. Par exemple, les castors peuvent avoir un impact autant négatif que positif avec la création de nouveaux habitats. D’après Mme Hood, les chercheurs commencent tout juste à prédire les effets des actions des castors sur le pergélisol, mais ils ignorent leurs effets sur la biodiversité.

«Le fait que les castors peuvent augmenter la biodiversité dans le Nord, ça ne signifie pas que c’est nécessairement mauvais», affirme-t-elle.

Actions humaines

Des recherches sont déjà entreprises dans l’Ouest canadien sur l’adaptation de certaines espaces végétales, notamment des arbres et des arbustes, sous différents climats. En Colombie-Britannique, par exemple, l’expérience Assisted Migration Adaptation Trial est en cours. La province plante approximativement 240 millions de semences chaque année pour soutenir le déplacement de ces espèces vers le nord. Mme Hood nous rappelle que la recherche est essentielle pour comprendre les phénomènes migratoires. «Sans savoir ce à quoi l’on fait face, précise-t-elle, il est difficile de dire ce qui va se passer».

-30-

Bas de vignette :

L’analyste en science du feu au Service canadien des forêts, Quinn Barber.

Photo : Quinn Barber

 

Bas de vignette :

La professeure en sciences environnementales de l’Université de l’Alberta, Glynnis Hood.

Photo : Université de l'Alberta

 

Bas de vignette :

Un castor est passé par ici.

Photo : Alyson Roussel

-30-

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 18 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 24 septembre, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article