Chacun est responsable d’agir contre la violence familiale

Des cris dans l’appartement d’à côté. Vous entendez des coups, des objets qui tombent. Dans la rue, un couple se dispute. Il lui prend le bras et semble lui faire mal. Combien de fois ces situations arrivent-elles? Chaque jour, partout.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

À l’occasion de la Semaine de la prévention de la violence familiale, une discussion était organisée, le mercredi 12 février, à la bibliothèque du Centre des arts de la confédération, à Charlottetown. Les intervenants ont insisté sur la responsabilité et le rôle des hommes pour que la violence cesse.

Les violences familiales, que ce soit celles faites aux femmes, aux enfants ou aux hommes, sont omniprésentes et l’Île-du-Prince-Édouard ne fait pas exception à la règle. En 2019, la Gendarmerie royale du Canada a rapporté 183 cas de violence familiale à l’Île. La police municipale de Charlottetown en a noté 162. À l’échelle de la province, en 2018, il y a eu 392 victimes de violences commises par le ou la partenaire, soit 30 % de plus que l’année précédente.

«Malgré cette hausse, l’Île a le troisième taux le plus bas de violences conjugales par habitant au Canada», rassure Jordan Gallant, qui travaille au sein du Comité d’action du premier ministre contre la violence familiale. La hausse des cas peut aussi s’expliquer par une libération de la parole à la suite du mouvement #moiaussi.

«C’est un problème d’hommes!»

Danya O’Malley, directrice générale du Service de prévention de la violence familiale (SPVF) à l’Î.-P.-É., anime la discussion du jour, qui débute par la projection d’une vidéo de vingt minutes. Il s’agit d’une conférence de Jackson Katz sur les violences faites aux femmes.

«Ce n’est pas un problème de femmes, assène l’éducateur américain. C’est un problème d’hommes!» Selon lui, la manière dont nous présentons les choses permet à ces derniers de systématiquement sortir de l’équation. On se concentre plutôt sur la victime. Quels sont ses choix? Pourquoi est-elle habillée comme cela? Peut-être qu’elle ment? Autant de questions qui «tuent le messager» selon lui.

Jackson Katz insiste sur les «spectateurs» et sur leur rôle. Le conférencier affirme avec force que la responsabilité est du côté des autres hommes. Ces «spectateurs» doivent cesser de l’être et agir pour protéger les victimes et briser le silence complice. «Se sentir concerné n’est pas suffisant», lance-t-il dans sa vidéo.

La discussion qui suit se concentre sur ce rôle des pairs. Gord McNeilly, député de Charlottetown-West Royalty, évoque sa participation à un groupe appelé «Man up», regroupant une douzaine d’hommes «de tous horizons». Ils s’engagent à «faire la différence» en participant activement à la prise de conscience aux côtés d’autres organisations, comme le Réseau des femmes.

La prévention mise de l’avant

La vingtaine de personnes présentes à la bibliothèque, dont douze hommes, posent de nombreuses questions. Sur les programmes de sensibilisation à l’école, qui commencent dès la 7e année. Une jeune femme évoque son cas personnel et son amertume lorsqu’elle repense aux lacunes du service d’assistance aux victimes.

«C’est un travail terrible d’écouter les histoires de violences. Pas à cause des histoires, note Danya O’Malley. Mais à cause du système qui broie les victimes.» Gord McNeilly poursuit : «Ce ne sont pas des choses auxquelles on pense en tant que député. C’est important de nous le rappeler.»

À l’Île, le fait que la communauté soit petite n’aide pas. La ligne d’urgence du SPVF reçoit une centaine d’appels par mois, mais combien n’arrivent pas jusque-là? «On ne sait pas ce qui se passe, surtout dans les zones rurales», reconnaît Gord McNeilly. La peur d’être reconnue et mise au ban peut pousser certaines victimes à garder le silence. D’où le rôle des proches, de la famille ou des amis.

Le SPVF distribue ce soir-là une nouvelle brochure dédiée à l’implication des hommes et des garçons. Elle sera prochainement disponible en français, promet-on. Une nouvelle ligne d’aide est aussi sur le point de naître, le mois prochain : le 211, qui sera disponible en 150 langues, aidera et orientera les Insulaires, quelle que soit leur question.

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Légende : Le panel de la discussion, avec de g. à d., Gord McNeilly, MLA pour Charlottetown-West Royalty, Jordan Gallant du Comité d'action du premier ministre contre la violence familiale, et Danya O’Malley, directrice exécutive du Service de prévention de la violence familiale de l'Î-P-É. La nouvelle brochure éditée en anglais et bientôt en français appelle les hommes à s'engager. (Crédit : Laurent Rigaux)

 

 

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  • Date de création 14 février, 2020
  • Dernière mise à jour 14 février, 2020
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